Tandis que le gouvernement du Québec se demande si ses commandes arriveront à temps, de plus en plus de médecins redoutent une éventuelle pénurie de masques.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
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Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
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« Il y a de la peur sur le terrain », reconnaît le Dr Mauril Gaudreault, président du Collège des médecins. Au cours des derniers jours, quelques médecins ont communiqué avec leur ordre professionnel pour connaître leurs obligations déontologiques s’ils sont appelés à traiter un patient suspecté d’avoir la COVID-19, mais qu’il n’y a aucun masque. 

« Il n’y a pas de réponse unique », répond le Dr Gaudreault, qui explique que « tout dépend de l’état du patient » et des traitements à lui prodiguer.

Selon le Dr Gaudreault, pour un simple examen physique de patients avec des symptômes de la COVID-19, un masque traditionnel suffit. Mais si un médecin doit accomplir des tâches comme intuber un patient ou l’opérer, « ça prend un masque N95 et tout l’équipement de protection ». Quant à savoir si un médecin peut refuser de soigner un patient sous prétexte qu’il n’a pas l’équipement de protection nécessaire, le Dr Gaudreault affirme que « l’intérêt du patient doit être au cœur des décisions ».

Oui, il faut bien se protéger. Mais il y a un travail à faire.

Le Dr Mauril Gaudreault, président du Collège des médecins

Selon le Dr Gaudreault, « certains médecins ont plus de difficultés que d’autres » à gérer la pandémie actuelle et les risques qui en découlent. Mais ces cas sont rares, selon le président du Collège qui juge les médecins « courageux ».

« À ma connaissance, aucun médecin à date ne refuse de travailler car il ne s’estime pas assez protégé », conclut-il.

« Corrects à court terme »

Il y a une course mondiale pour mettre la main sur des masques N95. Le Québec en fait partie et a commandé une grande quantité, comme plusieurs autres États, mais il n’est pas certain de tous les recevoir, a reconnu François Legault, lundi.

« On suit les commandes, quelles sont les commandes qui sont confirmées, quelles sont les commandes qui ne sont pas confirmées », a poursuivi le premier ministre.

« Il y a des livraisons qui sont prévues pour entrer dans les prochains jours » et « on est corrects à court terme », « mais il faut être certains d’en avoir pour quand on va atteindre le pic dans quelques semaines », a-t-il ajouté. 

Dans ce contexte, le gouvernement « prépare un plan B ». Il a sollicité des entreprises pour qu’elles se mettent à fabriquer exceptionnellement des masques, mais aussi des blouses et des gants. Il a réitéré son appel à utiliser les masques et les équipements de protection seulement si c’est nécessaire, pour ne pas les « gaspiller ». 

« Je ne pense pas que c’est normal qu’un gardien de sécurité porte un N95, vous comprenez ? a lancé la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann. Je sais que les gens qui sont dans le maintien à domicile, les CHSLD, la protection de la jeunesse sont préoccupés. Ils vont avoir, ils ont ce qu’il faut, mais il faut absolument qu’ils les utilisent dans les bonnes circonstances. » 

Québec, comme d’autres territoires, veut déployer des moyens pour laver les masques, les désinfecter et, ainsi, les réutiliser plusieurs fois.