Il y a un peu plus d’une semaine, Pierrette Dion, 75 ans, s’est présentée aux urgences de l’hôpital Jean-Talon pour des problèmes respiratoires n’ayant rien à avoir avec la COVID-19. Et pourtant, c’est précisément ce qu’elle a attrapé à l’hôpital quelques jours après avoir été forcée de partager sa chambre avec un homme ayant des symptômes associés au coronavirus.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

C’est avec un mélange de colère et de peur que la petite-fille de Pierrette Dion, Vicky Rossi, a raconté l’histoire à La Presse. Elle est convaincue que sa grand-mère a contracté la COVID-19 à l’hôpital, car il s’agit d’une femme très solitaire qui ne sortait pratiquement pas depuis que Québec avait déclaré l’état d’urgence sanitaire.

Plus encore, elle s’est présentée aux urgences le 21 mars dernier sans les symptômes de la COVID-19. Elle sentait plutôt qu’elle avait à nouveau « de l’eau dans ses poumons », ce qui l’a incitée à se rendre à l’hôpital Jean-Talon, malgré ses inquiétudes. « Elle ne voulait pas, elle avait une peur au ventre d’y aller à cause de la COVID-19 », raconte sa petite-fille.

Vicky Rossi a convaincu sa grand-mère de s’y rendre malgré tout, en la rassurant : les hôpitaux avaient pris les mesures nécessaires pour que les patients et le personnel ne contractent pas le virus. Et de toute manière, l’hôpital de Pierrette Dion ne traitait pas les cas confirmés de la COVID-19, lui a-t-elle expliqué.

Puisque son hospitalisation devait durer quelques jours, la dame de 75 ans a été placée dans une chambre avec un homme âgé. Mais ce dernier avait pourtant des symptômes associés à la COVID-19, selon Vicky Rossi. « À l’hôpital, ils disaient qu’il avait l’influenza… mais finalement, il était infecté de la COVID-19 ! Ce n’est pas de la faute du monsieur, mais combien de gens du personnel et de patients ont été infectés à cause de lui ? »

Incompréhension

Alors que le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, répète sans cesse qu’il faut s’isoler au moindre symptôme, Vicky Rossi ne comprend pas pourquoi le message ne s’est pas rendu dans cet hôpital. Comment se fait-il qu’une femme âgée avec des problèmes pulmonaires se soit retrouvée dans la même chambre qu’un homme qui avait « peut-être le virus » ? demande-t-elle, complètement abasourdie.

« Je me demande même pourquoi on jumelle encore des gens dans des chambres ? Ce n’est pas normal qu’on ne prenne pas toutes les précautions nécessaires dans le contexte actuel », lance avec colère cette Montréalaise qui a travaillé plusieurs années dans le milieu hospitalier.

Je ne blâme pas le personnel qui se dévoue corps et âme. Ce n’est pas de leur faute. Mais c’est tout croche ! Legault nous dit qu’ils sont prêts, mais ce n’est pas vrai !

Vicky Rossi

Parce qu’elle était dans la même chambre que l’homme âgé, Pierrette Dion a été placée en quarantaine préventive à l’hôpital Jean-Talon en attendant le résultat du test à la COVID-19. D’après Vicky Rossi, elle recevait ses repas dans un sac de poubelle en raison du confinement. « Elle faisait plein de crises d’angoisse. Elle pleurait tellement. Elle nous appelait en pleurant, parce qu’elle était certaine qu’elle allait mourir, seule, de la COVID-19 », confie avec émotion la petite-fille de Mme Dion.

« C’est terrible ! Si son état s’était détérioré, elle serait morte seule. Ce n’est pas humain ! J’avais le cœur brisé, brisé », ajoute Vicky Rossi, qui ne pouvait voir sa grand-mère, puisque les visites ne sont plus autorisées dans les hôpitaux.

Un test négatif, puis un positif

L’histoire de Pierrette Dion aurait pu bien se terminer. Le test du coronavirus s’est en effet avéré négatif, ce qui a permis à l’hôpital de la transférer dans un autre département où les membres du personnel ne la traitaient plus comme une personne à risque.

Or, le jour suivant, un deuxième test de dépistage s’est toutefois révélé positif. Pierrette Dion a appris la nouvelle vendredi dernier. De nouveau isolée, elle devait être transférée samedi à l’hôpital du Sacré-Cœur, qui traite des patients infectés par la COVID-19.

Elle a attendu dans un fauteuil roulant de 14 h à 22 h 30, seule, dans une chambre sans télévision. Dans quel monde on vit pour laisser une dame de 75 ans dans une chaise pendant huit heures. Ça n’a aucun bon sens !

Vicky Rossi

Finalement, ce n’est que dimanche après-midi qu’elle a été transférée d’hôpital. Son état serait aujourd’hui stable.

L’hôpital Jean-Talon n’a pas voulu commenter. « Toutefois, sachez que dès qu’un usager est déclaré positif, il est placé en isolement. De plus, toutes les mesures nécessaires sont mises en place afin d’éviter la propagation du virus, notamment auprès du personnel soignant et des autres patients », a répondu par courriel Émilie Jacob, porte-parole du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal.

« Vingt membres du personnel du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal ont été déclarés positifs à la COVID-19 », a ajouté Émilie Jacob.

Vicky Rossi se demande combien de patients vivent la même chose que sa grand-mère. Elle espère surtout que des procédures et politiques soient « établies » rapidement pour mieux protéger les patients et le personnel. « Ce n’est pas normal, ce que ma grand-mère a vécu. Dans un hôpital, en plus ! Là où nous sommes censés être en sécurité », conclut la Montréalaise.