(Ottawa) À compter de lundi, il sera interdit pour les Canadiens qui ont des symptômes de la COVID-19 de monter à bord d’un vol intérieur ou d’un train.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« On s’attend à ce que les consignes soient suivies. Ça va être la responsabilité des compagnies de s’assurer que les gens qui présentent des symptômes de COVID-19 ne pourront pas monter à bord », a déclaré le premier ministre lors de son point de presse quotidien à sa demeure de Rideau Cottage, samedi.

À compter de midi, lundi, il reviendra ainsi aux travailleurs des compagnies aériennes et ferroviaires de filtrer les passagers et d’interdire d’entrée ceux qui affichent des symptômes du nouveau coronavirus. « On ne fait que [leur] donner de nouveaux outils », a argué Justin Trudeau.

Un communiqué de Transports Canada précise qu’« il s’agirait notamment pour l’exploitant de poser des questions sur la santé, de rechercher des signes visibles de maladie avant l’embarquement et de recommander au voyageur de suivre les conseils des autorités sanitaires locales ».

La mesure ne concerne pas les trains de banlieue, précise-t-on dans la même déclaration.

Les déplacements interprovinciaux par autocar ne sont pas visés par la mesure, car ces entreprises ne sont pas sous juridiction fédérale, a spécifié Justin Trudeau, réitérant que de toute manière, les Canadiens devraient continuer à éviter tout voyage non essentiel et rester à la maison pour éviter que le virus ne se propage davantage.

Le sous-administrateur en chef de la santé publique, le Dr Howard Njoo, a plus tard fait écho à ces propos en conférence de presse au parlement en soulignant que certains pourraient passer entre les mailles du filet. « On sait que les gens peuvent masquer les symptômes en prenant du Tylenol », a-t-il exposé.

Mais il ne revient pas exclusivement aux gouvernements ou aux compagnies aériennes et ferroviaires de faire leur part : il s’agit aussi d’un devoir citoyen, a-t-il plaidé.

À ses côtés, la Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, a dévoilé qu’en date de samedi, on recensait 5153 cas de la COVID-19 au pays, dont 55 décès. Plus de 184 000 tests ont été menés au total, dont 84 000 depuis lundi seulement, a-t-elle aussi signalé.

La patronne des autorités sanitaires canadiennes a spécifié que 8 % des cas avaient nécessité une hospitalisation, que 3 % des personnes atteintes l’ont été grièvement, et que 1 % des cas ont résulté en des décès. La Dre Tam a également précisé que 30 % des personnes atteintes ont moins de 40 ans.

Il ne faut donc pas prendre la COVID-19 à la légère et sous-estimer sa sévérité, a-t-elle lancé.

« Ça commence à fonctionner »

Le premier ministre a nié que les mesures qui entreront en vigueur lundi étaient un prélude à une fermeture des frontières interprovinciales, il a affirmé qu’on n’en était pas encore là. « On ne voudrait pas franchir des étapes qu’on n’a pas absolument besoin de franchir », a-t-il soutenu. Aucun scénario n’est cependant écarté, a rappelé le premier ministre.

Justin Trudeau a donné le coup d’envoi sa conférence de presse en affichant un optimisme prudent.

« Ça commence à fonctionner », a-t-il dit au sujet des mesures de confinement, évoquant des signaux encourageants du côté de la Colombie-Britannique. Il a cependant prévenu qu’on ne peut pas encore crier victoire. « Il faut continuer », a-t-il plaidé.

Les autorités sanitaires de la province de l’Ouest ont affirmé vendredi que les mesures de distanciation sociale ont fait diminuer le nombre de cas et contribué à « aplatir la courbe ». Le taux de propagation a diminué de près de la moitié, ont indiqué les responsables.

« Je ne veux pas trop m’enthousiasmer, mais je suis d’avis que la courbe s’aplatit, qu’elle tombe un peu, s’est avancé la Dre Bonnie Henry en conférence de presse, vendredi. Je pense que ça fonctionne, et je veux dire aux gens : " Ce que vous faites a un impact, et nous devons continuer dans les semaines à venir ". »

La Colombie-Britannique, dont la frontière est limitrophe à celle de l’État de Washington, où de nombreux cas avaient été recensés, a été au départ la province la plus touchée par la pandémie mondiale. Celle-ci a jusqu’à présent infecté plus de 620 000 personnes à travers le monde, dont quelque 105 000 aux États-Unis, qui est devenu le pays comptant le plus grand nombre de cas.

Du matériel chinois en route

L'ambassade de Pékin à Ottawa a annoncé samedi via son compte Twitter que la Banque de Chine viendrait en aide au Canada dans sa lutte contre le coronavirus.

« Le 27 mars, la Banque de Chine fait don de fournitures médicales (incluant 30 000 masques, 10 000 ensembles de vêtements de protection, 10 000 lunettes protectrices et 50 000 paires de gants, puis des masques N95 au Canada. Nous sommes unis ! », lit-on sur le réseau social.

Au début du mois de février, alors que la Chine était aux prises avec l'éclosion de la COVID-19, le Canada avait envoyé 16 tonnes d’équipement de protection individuelle, comme des vêtements, des écrans faciaux, des masques, des lunettes de sécurité et des gants.

L'équipement était fourni en collaboration avec la Croix-Rouge canadienne et la Société de la Croix-Rouge de Chine, était-il précisé dans le communiqué gouvernemental canadien daté du 9 février dernier.

Traiter la COVID-19 avec la chloroquine ?

Le président des États-Unis, Donald Trump, a présenté la chloroquine, un antipaludéen, et l’un de ses dérivés, l’hydroxychloroquine, comme des armes potentiellement très efficaces pour gagner la guerre contre la COVID-19. En France, un test clinique conduit à Marseille avec un nombre limité d’individus fait l’objet d’une controverse depuis plusieurs jours.

Mais au Canada, on juge n’avoir pas assez de preuves que ces molécules, qui sont par ailleurs utilisées pour le traitement d’autres maladies comme le lupus et l’arthrite rhumatoïde, enrayent le virus chez les personnes qui en sont atteintes. Et il ne faudrait pas qu’une soudaine ruée vers ces médicaments en prive ceux qui en ont besoin, a expliqué samedi le DNoo.

« À date, il n’y a aucune évidence que c’est un traitement efficace, a-t-il dit. Je veux dire que c’est important que les gens reconnaissent que c’est un médicament important pour traiter d’autres conditions. On ne veut pas avoir une pénurie parce que les gens pensent que c’est peut-être un traitement pour la COVID-19. »

Dans un avis publié le 24 mars dernier, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) fait un constat similaire. « Malgré certains résultats encourageants d’essais cliniques portant sur de petites cohortes de patients, les données disponibles n’appuient pas un usage généralisé de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine chez les patients souffrant de la COVID-19 », y lit-on.

N’empêche, « tous les efforts devraient être déployés pour intégrer dans des protocoles de recherche les patients ayant un diagnostic confirmé qui recevront ces médicaments », considère l’INESSS.

– Avec La Presse canadienne