(Montréal) Alors que les maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence rapportent de premiers cas de contamination à la COVID-19, l’aide d’urgence de 2,5 millions qui a été octroyée vendredi par le gouvernement du Québec tombe à point.

Stéphanie Marin
La Presse canadienne

Car cet argent pourrait notamment servir à offrir aux femmes infectées un logement alternatif, hors des murs des maisons d’hébergement, et aider avec la hausse des demandes d’aide.

Vendredi matin, Québec a dit avoir débloqué cet argent « pour combler les besoins accrus des organismes d’aide et d’hébergement pour femmes victimes de violence ».

Car des organisations qui travaillent auprès de ces femmes ont mis en lumière de nombreuses situations pénibles vécues par ces dernières en raison des mesures prises pour combattre la pandémie de la COVID-19.

Par exemple, l’obligation pour les citoyens de rester confinés à la maison augmente le stress de tous, et les femmes vivant déjà dans des milieux violents risquent encore plus d’en subir les contrecoups — sans possibilité d’en sortir s’il n’y a pas de place en refuge.

Beaucoup de maisons d’hébergement sont à 100 % de leur capacité en temps ordinaire, a rappelé en entrevue téléphonique Manon Monastesse, la directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, qui représente 36 de ces refuges.

La crise qui sévit met encore plus de pression sur leurs services — et sur leurs ressources financières, dit-elle.

De premiers cas de contamination ont été rapportés dans les maisons d’hébergement. Une poignée seulement, dit-elle, mais « ça commence ».

« On a donc besoin de lieux alternatifs d’hébergement où ces femmes seraient isolées. »

Mais il y a aussi un besoin de places supplémentaires pour les femmes qui doivent fuir, dans les secteurs où les refuges sont pleins. Elle rapporte que selon « SOS violence conjugale », les demandes d’hébergement ont bondi depuis le début de la crise de la COVID-19.

Et ces maisons doivent aussi assurer la sécurité sanitaire des autres femmes hébergées et de leurs enfants, ainsi que celles des intervenantes qui offrent de l’aide et du soutien psychologique.

Des mesures ont déjà été prises pour éviter la propagation, mais les maisons n’ont pas accès aux produits sanitaires et aux équipements de protection, indique la directrice de la Fédération.

Le gouvernement a indiqué que les 2,5 millions peuvent servir notamment à couvrir les frais d’hébergement et de transport ou encore les heures supplémentaires réalisées par les employés. Mais l’argent pourra aussi servir à trouver des places d’hébergement alternatif, a confirmé le bureau de la ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest.

Consciente des difficultés vécues par beaucoup de Québécoises, la ministre Charest avait ce message pour elles : « l’isolement n’interdit pas de fuir. N’hésitez pas à recourir aux services spécialisés des organismes et des maisons d’hébergement. Votre santé et votre sécurité sont plus importantes que tout », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Car c’est loin d’être drôle pour certaines femmes : « passer la journée enfermée dans une petite chambre avec trois enfants, en raison des mesures de confinement, c’est difficile », a commenté Mme Monastesse.

Sans oublier que les finances des maisons d’hébergement sont étirées au maximum, a-t-elle expliqué. Par exemple, la nourriture est un casse-tête : beaucoup de maisons comptent normalement sur des banques alimentaires, qui sont actuellement débordées de demandes et ne peuvent les aider.

Et puis, elle donne cet exemple : une femme atteinte de la COVID-19 a dû être déplacée dans une chambre d’hôtel, la nourriture devait lui être livrée à cet endroit et toute sa chambre au refuge a dû être désinfectée. « Cela a entraîné beaucoup de coûts. »

L’argent octroyé vendredi est « un bon début », juge Mme Monastesse, mais elle signale que cette somme doit être divisée entre les 17 régions du Québec, et entre quelque 100 maisons d’hébergement.

En situation de crise ou d’urgence, Québec rappelle aux femmes d’appeler la police en composant le 911.

Les femmes peuvent aussi obtenir un soutien au service « SOS violence conjugale » en appelant sans frais le 1-800-363-9010.

> Des informations sont disponibles en ligne

Cette aide d’urgence octroyée vendredi — « pour protéger la santé de la population dans le contexte de la pandémie causée par la COVID-19 » — s’ajoute aux 181 millions sur cinq ans déjà annoncés lors du dernier budget du gouvernement québécois.