Les autorités de santé publique n’en sont pas au point de fermer l’accès à l’île de Montréal, mais la région du Québec la plus touchée par la COVID-19 est maintenant devenue un « hotspot », estime le directeur national de santé publique, qui n’écarte pas la possibilité de restreindre la circulation dans la métropole.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

« Dans la région de Montréal, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de cas », a reconnu le Dr Horacio Arruda lors de sa conférence de presse quotidienne au côté du premier ministre François Legault, jeudi.

De fait, on dénombrait jeudi 782 cas de COVID-19 à Montréal, soit 48 % de tous les diagnostics positifs dans la province. Douze de ces cas concernaient des résidants du CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci.

Questionné sur la possibilité de boucler l’île de Montréal ou certains de ses quartiers, à l’image de ce qui s’est fait dans la province chinoise de Hubei, en Chine, où a pris naissance la pandémie de COVID-19, le Dr Arruda a expliqué être « en train d’analyser toutes sortes de scénarios ».

« On n’est pas la Chine, on n’a pas la même culture que la Chine, puis il faut faire une analyse de ce qui se passe », a-t-il dit. « Mais, s’il faut prendre certaines mesures en lien avec le transport en commun, avec certains quartiers, etc., là, on va voir ce qu’on peut faire. »

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique

Montréal entre dans la phase 3

La région de Montréal a amorcé jeudi la phase « 3A » de son plan d’urgence pour faire face à la crise de la COVID-19. C’est donc dire que les hôpitaux en périphérie de la métropole devront maintenant soigner les patients de leur territoire plutôt que de les envoyer à Montréal. De fait, pratiquement tous les lits de l’unité des soins intensifs de l’Hôpital général juif de Montréal sont occupés par des patients atteints de la COVID-19.

« [Passer à la phase 3A] signifie qu’il y a de la transmission communautaire, et que des centres hospitaliers en périphérie sont désignés pour prendre en charge les patients de leur région, et ainsi limiter les transferts vers Montréal », a expliqué brièvement le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), jeudi soir.

En prévision de la pandémie de COVID-19, le MSSS a mis en place un plan d’urgence. Ce plan établit quatre niveaux d’alerte et vise à « déployer l’utilisation optimale des lits de soins intensifs pour tout le Québec », peut-on lire sur le site du Ministère.

> Consultez le « Plan de contingence soin critiques COVID-19 »

En fonction du nombre de cas de COVID-19 nécessitant des soins critiques dans les hôpitaux, différentes phases du plan d’urgence sont activées. La phase 2 a été activée la semaine dernière dans certaines régions du Québec, dont Montréal. Pour l’instant, les régions périphériques de la métropole sont toujours en phase 2 et le reste du Québec est toujours en phase 1, tout comme les hôpitaux pédiatriques, indique le MSSS.

Coup de main pour les soins critiques

Au début de l’épidémie de COVID-19, l’Hôpital général juif a été le premier centre hospitalier désigné pour le Grand Montréal, c’est-à-dire que c’est le premier endroit où les cas nécessitant des soins spécifiques à la COVID-19 étaient envoyés.

Jeudi après-midi, son personnel soignait 37 patients « gravement atteints » de la COVID-19, dont 14 aux soins intensifs qui occupaient la presque totalité des lits de l’unité. Une dizaine de personnes faisaient l’objet d’une investigation.

« C’est nous qui avons commencé, donc c’est sûr que c’est nous qui avons la charge la plus lourde à assumer », dit Francine Dupuis, présidente-directrice générale adjointe du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, duquel relève l’Hôpital général juif.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Au début de l’épidémie de COVID-19, l’Hôpital général juif a été le premier centre hospitalier désigné pour le Grand Montréal, c’est-à-dire que c’est le premier endroit où les cas nécessitant des soins spécifiques à la COVID-19 étaient envoyés.

« On est capables de jouer avec les paramètres pour augmenter le nombre de lits aux soins intensifs. Les cliniciens se parlent entre eux, on adapte nos étages, nos lits, en fonction du volume de la demande. Quand on en a trop, on passe à la phase 2 », explique Mme Dupuis.

La métropole et sa périphérie sont passées en phase 2, la semaine dernière. C’est ainsi que d’autres hôpitaux se sont ajoutés dans l’offre de soins critiques : l’hôpital du Sacré-Cœur, l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, l’hôpital Charles-Le Moyne et l’hôpital Pierre-Boucher.

« Mais là, avec le tsunami, les hôpitaux de la phase 2 sont mis à contribution. Des patients sont envoyés à Sacré-Cœur et à Maisonneuve-Rosemont. Et la phase 3 s’en vient. Ça change de minute en minute », a dit Mme Dupuis, en début d’après-midi, jeudi.

La phase 3A a effectivement été amorcée. Grâce à cette phase du plan d’urgence, le CHUM, le CUSM, la Cité de la santé à Laval, l’hôpital Pierre-Le Gardeur à Terrebonne et l’hôpital de Saint-Jérôme seront appelés à prêter main-forte.

La gestion des lits de soins intensifs au Québec relève du COOLSI (Centre d’optimisation – Occupation des lits de soins intensifs). Il s’agit d’un « centre d’appel disponible 24 heures par jour, 7 jours par semaine, composé d’infirmières réseau formées pour la prise en charge des demandes de transfert de patients nécessitant des soins intensifs », est-il écrit sur le site du MSSS.

« Ce sont eux qui font la répartition régionale des cas. C’est centralisé par le Ministère et ce sont eux qui décident quel cas ils envoient où. Entre les hôpitaux des différentes phases, ça fonctionne avec un effet de cascade. Il y a nous, quand on est pleins, ça va à Sacré-Cœur et à Rosemont, et ainsi de suite », résume Mme Dupuis.

À partir de maintenant, quand le COOLSI indique que les centres désignés des phases 1 et 2 sont au maximum de leur capacité, les hôpitaux de la phase 3 doivent « commencer à accepter des transferts », peut-on lire dans le plan d’urgence du MSSS.

Pour l’instant, l’hôpital du Sacré-Cœur et l’hôpital Maisonneuve-Rosemont ne semblent pas encore fonctionner au maximum de leur capacité aux soins intensifs. Le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, duquel relève l’hôpital du Sacré-Cœur, a affirmé jeudi soir qu’il y avait 11 patients atteints de la COVID-19 hospitalisés sur un total de 100 lits. Il a été impossible de savoir combien d’entre eux étaient aux « soins critiques ».

Au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, il a été impossible jeudi soir d’obtenir le nombre de lits de soins critiques occupés. Le CIUSSS a toutefois indiqué recevoir son lot de patients et pouvoir pour l’instant s’occuper de tous ceux qui sont acheminés vers l’hôpital.