Quels lieux les citoyens infectés à la COVID-19 ont-ils fréquentés avant de se savoir positifs ?

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

On l’ignore : le volet « surveillance ciblée » du site de la Santé publique est peu publicisé et n’a pas été mis à jour depuis le 13 mars, alors que l’on comptait moins de 30 cas d’infection au Québec, contre 628 actuellement.

« Faire le suivi des lieux et des contacts, c’est la clé pour tenter de stopper la pandémie, et on est malheureusement dans le noir au Québec », explique Félix-Antoine Véronneau, conseiller sénior dans une agence des Nations unies et ancien délégué régional en Afrique de l’Ouest pour la réponse à l’épidémie d’Ebola de la Tony Blair Africa Governance Initiative.

PHOTO FOURNIE PAR FÉLIX-ANTOINE VÉRONNEAU

Félix-Antoine Véronneau

M. Véronneau note qu’en Estrie, où un virulent foyer de transmission a été détecté, la Direction de santé publique ne diffuse pas la liste des lieux publics ayant été fréquentés par des personnes atteintes de la COVID-19, affirmant que le public devait éviter l’ensemble des lieux de Bromont et Granby.

« C’est infantilisant, c’est un dangereux manque de transparence, dit-il. Le gouvernement a le devoir de nous dire où les cas ont circulé. »

Des pays et territoires comme Hong Kong, Singapour ou la Corée du Sud ont placé au sommet de leurs priorités la communication rapide avec les contacts des personnes potentiellement exposées. En Corée du Sud, les données de géolocalisation des téléphones cellulaires sont utilisées pour avertir les gens qu’une personne infectée était près d’eux à une certaine date, et qu’un test pour le nouveau coronavirus est requis.

« La Chine a embauché une armée de bénévoles pour faire le suivi des contacts des personnes infectées. Au Québec, combien de gens à la Santé publique font des appels de suivi dans chaque région ? Une agence de santé publique professionnelle devrait contacter au bas mot des dizaines de personnes pour chaque cas avéré. Alors, pour chaque cas, est-ce qu’ils parlent à 20 personnes ? À 50 personnes ? Davantage ? Le gouvernement Legault parle du nombre de tests, du nombre de lits, mais on ne met pas l’accent sur la surveillance. »

« Problème majeur »

Durant l’épidémie d’Ebola, note-t-il, le suivi des contacts était une arme importante. « Cela nous permettait de rapidement remonter à la source. Tant en Sierra Leone qu’au Liberia et qu’en Guinée, on savait où allaient éclore les prochains foyers. »

La COVID-19 est beaucoup plus contagieuse que l’Ebola, donc la question de l’historique des contacts et des lieux prend une importance plus grande encore.

 Félix-Antoine Véronneau

Plus les jours passent, plus il est difficile pour les gens de savoir où ils sont allés, qui ils ont vu. Et avec des délais pour recevoir les résultats des tests, le nombre de jours et de contacts se multiplient, tout comme les risques de transmission du virus.

« C’est un problème majeur. En Corée du Sud, on sait qu’une personne qui est allée à l’église en a éventuellement infecté des centaines d’autres. Donc, à Côte-Saint-Luc, il devrait y avoir un travail monumental de retraçage qui devrait être en train de se faire. Est-ce que ça se fait ? Parle-t-on aux contacts des contacts si ceux-ci mentionnent avoir des symptômes quand on les appelle ? On ne le sait pas. »

Frustrations en région

Au Québec, plusieurs maires ont dénoncé le manque de partage d’information sur les cas d’infection de la part de la Direction de santé publique.

En entrevue avec La Presse le week-end dernier, le maire de Lavaltrie, Christian Goulet, a déploré le manque d’information dévoilé par la Santé publique de sa région.

« On entend des bribes sur les réseaux sociaux. C’est difficile pour la Ville de confirmer ou d’infirmer des choses. Il faudrait que le Centre intégré de santé et de services sociaux de Lanaudière prenne son rôle et rassure la population », a dit le maire de Lavaltrie, où quatre personnes âgées sont mortes des suites d’une propagation de la COVID-19 à la résidence EVA.

La Santé publique de Lanaudière refuse toujours de dévoiler le nombre de cas suspects et de cas confirmés de la maladie parmi les résidants des 156 unités de la résidence EVA, citant des raisons de confidentialité.

En Estrie, les villes de Bromont et de Granby sont considérées comme des foyers de contagion du coronavirus, mais les maires de ces deux municipalités ne savent toujours pas combien de cas ont été recensés sur leurs territoires, rapportait lundi Le Devoir.

« Évidemment, j’aimerais savoir le nombre de cas que nous avons, a lancé Louis Villeneuve, maire de Bromont. Et j’aimerais aussi pouvoir m’assurer que la consigne de demeurer en isolement est respectée [par les personnes infectées]. »