Alors que les médecins en oto-rhino-laryngologie sont parmi les spécialistes les plus touchés par la COVID-19 dans le monde, leur association québécoise déplore le fait de ne pas avoir accès à une protection optimale en salle d’opération.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

« On ne nous protège pas correctement. On oublie des anges gardiens », déplore le président de l’Association d’oto-rhino-laryngologie et de chirurgie cervico-faciale du Québec, le Dr Luc Monette.

Depuis un mois, le Dr Monette demande au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) que ses membres, qui opèrent notamment les patients dans le nez et la gorge, puissent porter des masques N95 et des visières en salle d’opération. « Mais on me dit tout le temps non », déplore le Dr Monette, qui a reçu une nouvelle fin de non-recevoir lundi après-midi.

Profession à risque

La COVID-19 est une maladie qui touche surtout les voies respiratoires, le nez et le nasopharynx. Or, les ORL opèrent régulièrement leurs patients dans le nez et la gorge, souligne le Dr Monette. « On est directement collés sur les voies respiratoires, dit-il. Mais même si on est très exposés, on a peu de masques. Peu de visières. »

Les ORL n’interviennent pas nécessairement dans le traitement direct de patients atteints de la COVID-19. Mais dans leur pratique quotidienne en chirurgie, ils opèrent des patients près des voies respiratoires.

Depuis le début de l’épidémie de COVID-19, les ORL ont l’autorisation de porter des protections pour faire certains actes, comme des laryngoscopies. « Mais pas pour toutes les opérations qu’on fait dans le nez et la gorge. Par exemple, pour un saignement de nez chez une personne âgée, je n’aurai pas d’équipement de protection optimal […]. On ne veut pas reconnaître notre niveau de danger », dit le Dr Monette.

Celui-ci souligne que les premières données provenant de la Chine, de l’Italie, de la France et de l’Espagne démontrent que les ORL sont les médecins les plus touchés par la COVID-19. 

Actuellement, deux ORL sont aux soins intensifs en Angleterre après avoir contracté la maladie, a appris lundi soir le Dr Monette. « On est exposés. Mais on se fait refuser une protection optimale en chirurgie », déplore-t-il. 

Le Dr Monette ajoute que par le fait même, les infirmières, les inhalothérapeutes et les anesthésistes qui se trouvent dans les mêmes salles d’opération que les ORL se trouvent aussi exposés.

Perte d’odorat constatée chez de nombreux patients

Par ailleurs, la perte de l’odorat est de plus en plus considérée dans le milieu médical comme étant l’un des symptômes pouvant être liés à la COVID-19. « On est en contact avec la Chine, l’Italie, la France… Et on voit beaucoup de patients qui présentent une perte d’odorat sans autre symptôme », affirme le Dr Monette.

« Il faut que ça se sache. Ça pourrait devenir important pour le dépistage », affirme le Dr Sam Daniel, oto-rhino-laryngologiste (ORL) et chirurgien cervico-facial à l’Hôpital de Montréal pour enfants.

Aucune recherche officielle n’a encore été menée sur le sujet. Mais les anecdotes provenant de différents pays sont si nombreuses qu’elles attirent l’attention des spécialistes.

Deux importantes associations d’ORL ont récemment publié des avis sur la question et suggéré que l’anosmie (perte d’odorat) soit ajoutée à la liste des symptômes de la COVID-19. « Toute personne qui subit ces jours-ci une perte ou une diminution de l’odorat et qui a juste ça comme symptôme ne doit pas se ruer à l’hôpital. Mais elle devrait s’isoler. Parce qu’on voit de plus en plus que ça pourrait être un symptôme de la COVID-19 », dit le Dr Daniel.

Des données partout dans le monde

Dans une déclaration produite le 22 mars, l’Association américaine d’oto-rhino-laryngologie indique qu’un nombre croissant d’anecdotes provenant du monde entier lient l’anosmie à la COVID-19. 

La perte ou la diminution de l’odorat, et parfois du goût, a été confirmée « chez des patients déclarés positifs à la COVID-19, mais ne présentant aucun autre symptôme », écrit l’Association.

Elle propose « que ces symptômes soient ajoutés à la liste des symptômes possibles pour la COVID-19 ».

Dans une déclaration publiée conjointement en fin de semaine, les présidents de la Société britannique de rhinologie et de l’Association des ORL britanniques écrivent que les données recueillies jusqu’à maintenant en Corée du Sud, en Chine et en Italie montrent qu’un « nombre important de patients atteints de la COVID-19 ont développé de l’anosmie ». 

« En Allemagne, on rapporte que plus des deux tiers des cas confirmés de COVID-19 ont subi une perte d’odorat. En Corée du Sud, où le dépistage a été plus étendu, 30 % des patients déclarés positifs ont eu de l’anosmie comme symptôme majeur dans leur cas qui était autrement plutôt bénin », peut-on lire dans le document britannique.

Le Québec aussi

Au Québec, « on constate la présence de ce symptôme [perte d’odorat] chez des patients atteints de la COVID-19 », affirme le Dr Daniel. Le Dr Monette a demandé lundi aux médecins de première ligne et aux urgences d’être « à l’affût de ce symptôme ».

Plusieurs virus associés à des infections respiratoires, et certains semblables au nouveau coronavirus, peuvent causer une perte d’odorat, dit le Dr Daniel. Généralement, l’odorat revient quand l’infection se termine. Dans de rares cas, la perte d’odorat est permanente.

Mais même si on ne sait pas à coup sûr si les pertes d’odorat rapportées actuellement sont liées à la COVID-19, les personnes qui ressentent ce symptôme devraient s’isoler, selon le Dr Daniel. « Ça ne coûte rien de s’isoler préventivement, dit-il. Au pire, on se sera isolé pour rien. »