À la suite de l’apparition de cas de COVID-19, dont quatre morts, dans des résidences pour aînés de Lanaudière, de Montréal et de l’Estrie, le premier ministre François Legault a demandé aux personnes habitant dans ce type d’établissement partout au Québec « de ne plus sortir, sauf avec supervision ».

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

« Je sais que c’est une mesure qui est dure. Mais c’est nécessaire. La dernière chose qu’on veut, c’est que le virus entre dans une résidence pour personnes âgées », a dit M. Legault lors de son point de presse quotidien, lundi.

La présidente de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées (AQDR), Judith Gagnon, dit « comprendre » la décision du gouvernement : « Quand je regarde Sherbrooke et Lavaltrie… toute la contagion dans les résidences pour aînés… je comprends. C’est plate. Mais il fallait faire quelque chose. Sinon, il y aurait eu trop d’impact. »

50 cas dans Lanaudière

La semaine dernière, la résidence EVA à Lavaltrie a fait la manchette après qu’un premier mort lié au COVID-19 y eut été recensé. Trois autres se sont ensuite ajoutés dans cette résidence.

Alors que la région de Lanaudière comptait 15 cas confirmés de COVID-19 dimanche, ce nombre est monté à 50 lundi, dont une majorité de personnes âgées.

En conférence de presse lundi après-midi, le PDG du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière, Daniel Castonguay, a refusé de dire combien de ces cas touchaient des aînés habitant la résidence EVA de Lavaltrie. « Nos équipes suivent l’ensemble des résidants », a assuré M. Castonguay.

« Même si je vous disais le nombre de cas aujourd’hui, ce n’est pas ça qui va rassurer les résidants », a dit la Dre Joane Désilet, adjointe médicale en maladies infectieuses au CISSS de Lanaudière. Celle-ci a assuré que « beaucoup de ressources sont déployées » pour identifier les gens atteints à la résidence EVA et les hospitaliser au besoin.

Toutes les mesures sont en place pour éviter qu’il y ait propagation.

La Dre Joane Désilet, adjointe médicale en maladies infectieuses au CISSS de Lanaudière

Intervention à Sherbrooke

La Direction de santé publique de l’Estrie a quant à elle confirmé 48 cas de COVID-19 sur son territoire lundi. En fin de soirée, le CISSS de l’Estrie n’avait pas encore confirmé combien de ces cas touchaient les Résidences Soleil Manoir Sherbrooke.

Dimanche, le directeur régional de santé publique de l’Estrie, le Dr Alain Poirier, avait confirmé que huit résidants du Manoir Sherbrooke étaient hospitalisés et suspectés d’avoir la COVID-19. Ceux-ci reçoivent « des soins pas tous critiques », mais ils ont tout de même besoin de soins, a dit le Dr Poirier. Deux cas étaient confirmés dimanche et six étaient suspectés.

Depuis la fin de semaine, différentes mesures ont été prises au Manoir Sherbrooke pour sécuriser la résidence qui accueille plus de 340 résidants, dont environ 200 ont plus de 85 ans.

Le Service de police de la Ville de Sherbrooke est entre autres intervenu pour éviter que les résidants ne sortent de leurs chambres. Les Résidences Soleil n’ont pas voulu commenter les événements, lundi.

Gilles Gagné, responsable du secteur des centres d’hébergement privés pour la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), a dit lundi qu’aucun travailleur de l’établissement n’avait reçu de résultat positif jusqu’à maintenant. « Tous les résidants sont confinés à leur appartement », dit-il. Ceux-ci se font livrer des repas dans leur chambre.

Un nouveau cas à Côte-Saint-Luc

À Côte-Saint-Luc, la résidence pour personnes âgées Le King David, située sur l’avenue Trent, a confirmé en fin de journée lundi un deuxième cas d’infection parmi ses résidants.

La centaine de résidants du centre sont confinés à leurs chambres depuis le matin du 19 mars, date à laquelle un premier cas suspect a été découvert et transporté à l’Hôpital général juif de Montréal, où son infection a été confirmée.

Ce second cas est un homme qui a fait une chute dans sa chambre et qui a dû être transporté dans la nuit de vendredi à samedi à l’hôpital de Verdun à cause d’un mal de dos. « À ce moment-là, il arrivait à marcher et n’avait pas de symptômes de la COVID-19 », a indiqué le porte-parole de la résidence, Jean Maurice Duddin. 

M. Duddin ne sait pas à quel moment l’homme aurait été infecté et n’a pas été en mesure de dire si des tests sont menés auprès des autres résidants. Ces derniers ne peuvent pas sortir de leurs chambres, où leurs repas leur sont servis.

« On nous a dit que ça durerait au moins dix jours et que ça pourrait s’étendre encore au moins deux semaines », a indiqué le résidant Maurice Steinberg, 92 ans, qui habite l’endroit depuis environ cinq ans.

« Avant, on avait du bingo, des gens venaient jouer de l’orgue et on avait des séances d’exercice quatre ou cinq fois par jour. Maintenant, il n’y a plus rien. On s’ennuie, on n’a que la télévision pour se divertir, mais que voulez-vous que je fasse ? Que je sorte dehors pour jouer au football ? », a ajouté avec humour M. Steinberg.

M. Steinberg dit avoir reçu il y a quelques jours un coup de fil d’un employé qui s’est identifié comme un employé du gouvernement provincial « qui voulait s’assurer que les gens sont confortables et comprennent ce qui se passe. Ils m’ont donné un numéro de téléphone où appeler », a expliqué M. Steinberg, mais il n’a pas gardé le numéro. « Quatre ou cinq jours plus tard, j’ai aussi eu un appel enregistré du maire de Côte-Saint-Luc qui disait de les appeler s’il y avait un problème. »