En plaçant les déménageurs sur la liste des services essentiels, en fin de journée lundi, le gouvernement a dissipé en partie l’incertitude qui angoissait bien des gens ayant un déménagement prévu dans les prochains jours ou les prochaines semaines.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Déménager en période de pandémie ne sera pas une sinécure, étant donné toutes les mesures sanitaires à prendre en arrivant dans un nouveau logement. Mais au moins, l’exemption permettant aux déménageurs de continuer leurs opérations évite les réactions en chaîne que certains craignaient.

« Si on avait dû fermer, ça aurait empêché les déménagements, ce qui aurait voulu dire un gel de tout ce qui touche à l’immobilier et au logement au Québec », évoque Pierre-Olivier Cyr, propriétaire de l’entreprise de déménagement Le Clan Panneton.

Avant que Québec ne publie la liste des entreprises autorisées à rester ouvertes, malgré l’avis de fermeture de tous les commerces et entreprises, La Presse a reçu une avalanche de questions de locataires et propriétaires se demandant s’ils devaient annuler leur déménagement imminent, et quelles seraient les conséquences.

Craintes de se retrouver à la rue

« Nous devons quitter notre logement à la fin du mois, d’autres locataires doivent en prendre possession au même moment. Nous sommes très inquiets, nous ne savons pas si nous allons nous retrouver à la rue », confiait un fonctionnaire provincial, qui déménage de Québec à Montréal samedi prochain pour occuper un nouvel emploi.

Pour Joanie Robert, c’est la date du 3 avril qui arrive à grand pas : les acheteurs de son condo de Montréal doivent emménager, alors qu’elle-même doit quitter pour prendre possession de sa nouvelle maison à Québec. « On ne sait pas si les bureaux de notaires seront ouverts pour finaliser la transaction, soulignait-elle. On ne sait pas si on aura notre maison ou non. »

Les notaires ne se retrouvent pas sur la liste des services essentiels, et il a été impossible de vérifier auprès de la Chambre des notaires si certains services pourraient être maintenus.

Un déménagement est un jeu de chaises musicales, observe Hans Brouillette, directeur des affaires publiques de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ).

« Dans une période de crise comme celle qu’on vit, si des gens n’avaient pas pu déménager, certains se seraient retrouvés sans logement, ce qui aurait accentué la crise encore plus », note-t-il.

Un locataire qui ne quitterait pas son appartement au moment prévu contreviendrait à son bail et devrait en assumer les conséquences, rappelle M. Brouillette. Son propriétaire aurait le droit de le faire expulser pour que le nouveau locataire ayant signé un bail puisse prendre possession des lieux.

« Même si c’est un cas de force majeure, même si le locataire est victime des circonstances et que ce n’est pas sa faute, il est tout de même responsable », dit-il.

Mesures exceptionnelles pour les déménageurs

Toucher à tous les effets personnels d’un ménage pose un risque pour les déménageurs, qui doivent prendre des mesures exceptionnelles pour faire leur travail.

Les déménagements se font dorénavant avec des gants jetables, après que les clients aient eu à répondre à des questions sur leurs symptômes et leurs déplacements, indique Pierre-Olivier Cyr.

Les camions sont nettoyés entre chaque transport, et les équipes de déménageurs ne se côtoient plus dans les installations de l’entreprise, ajoute-t-il, pour éviter les risques de contamination.

Aide financière pour le loyer

Au-delà des conséquences de la pandémie sur les déménagements, les propriétaires s’inquiètent des conséquences financières de la crise : des milliers de personnes qui se retrouvent sans emploi n’auront pas les moyens de payer leur loyer, appréhende Hans Brouillette.

« Les propriétaires de logements n’ont pas les moyens d’assumer des loyers impayés, qui risquent de s’accumuler pendant des mois », dit-il, évoquant les remboursements hypothécaires et les taxes municipales à payer.

C’est pourquoi la CORPIQ demande au gouvernement d’étendre le programme de supplément au loyer à l’ensemble des locataires qui ne peuvent pas payer leur logement en raison d’une perte d’emploi. Ce programme, administré par la Société d’habitation du Québec, prévoit que les fonds sont versés directement aux propriétaires, pour les locataires à faible revenu.

« C’est important qu’il y ait une décision rapide à ce sujet, il faut que ça se règle maintenant », demande M. Brouillette.