La situation tant redoutée s’est produite. Le premier ministre François Legault a annoncé hier que quatre des cinq décès liés à la COVID-19 étaient survenus dans la même résidence pour personnes âgées de Lanaudière. Comment éviter que l’éclosion ne se propage ? Doit-on revoir les consignes afin de mieux protéger les résidants ? Doit-on tous les tester ?

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Quatre des cinq personnes mortes des suites de la COVID-19 habitaient la Résidence EVA de Lavaltrie, qui accueille des personnes âgées. C’est dans cet établissement que Mariette Tremblay, première personne dans la province à avoir succombé à la COVID-19, menait une vie paisible.

>>> Appel à tous: vous avez un proche à la résidence EVA de Lavaltrie?

Selon les informations fournies en point de presse samedi par le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, l’autre décès est « de nature communautaire ». Il s’agit donc de quelqu’un « qui n’était pas dans cette résidence-là, […] qui n’était pas nécessairement en résidence, mais qui était chez elle ».

La direction de la santé publique de Lanaudière est sur un pied d’alerte et guette l’apparition du moindre symptôme de la COVID-19 chez les résidants. Puisque l’établissement est maintenant un foyer d’éclosion, ses occupants sont actuellement isolés dans leurs appartements. Ceux qui présentent des symptômes seront testés, confirme la Dre Joane Désilets, de la direction de la santé publique de Lanaudière. Samedi soir, il n’y avait aucun autre cas sous investigation pour l’établissement visé.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Les ambulanciers ont été appelés à la Résidence EVA plus d’une fois la semaine dernière. 

La résidence a revu ses mesures pour éviter la propagation et prévenir de nouveaux cas. «  […] On appelle les résidants, il y a un suivi quotidien très strict. Des mesures de confinement écrites ont été émises pour chacun des occupants », explique la Dre Désilets. Un agent de sécurité se trouve sur place afin de faire respecter la mesure.

Inquiétude généralisée

La situation sème néanmoins l’inquiétude. En début d’après-midi samedi, un résidant de l’établissement de Lavaltrie n’avait toujours pas reçu d’information au sujet des cas suspects.

Une citoyenne de Lanaudière a confié à La Presse avoir peur pour son père qui habite la résidence EVA. Il connaissait la première victime, Mariette Tremblay, depuis de nombreuses années. « Ça fait vraiment peur. On dirait que cet endroit est devenu un nid à virus », a-t-elle dit.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE BIBIANNE LAVALLÉE

Mariette Tremblay, 82 ans, est décédée des suites de la COVID-19.

Le duo discute au téléphone environ cinq fois par jour. Le père et la fille ne peuvent se voir et l’homme peine à cacher sa crainte de contracter le virus. Ce stress s’ajoute à celui d’être confiné entre les quatre murs de son petit appartement.

« Maintenant qu’on sait qu’il y a quatre morts, ils devraient faire passer le test à tout le monde pour qu’on sache qui l’a, qui ne l’a pas. Ceux qui sont vraiment malades, ils pourraient les isoler », pense la fille du résidant.

Normand Godcharles, président du groupe Edifiom, propriétaire de la résidence EVA, n’a pas voulu commenter cette possibilité ni les annonces de samedi. « Nous travaillons tous ardemment à gérer cette crise majeure de façon responsable et proactive et nos efforts se concentrent en ce sens », a-t-il indiqué dans un communiqué.

Il avait confirmé vendredi à La Presse que certaines personnes pouvaient encore sortir de l’établissement malgré la consigne de rester en quarantaine. « Le contrôle est difficile, car les autorités et encore moins mon personnel ne peuvent empêcher physiquement un résidant de sortir de son logement. La grande majorité respecte la directive », avait-il écrit dans un courriel. Des gardiens de sécurité ont ensuite été embauchés par la résidence pour faire respecter la directive.

Une femme qui a requis l’anonymat s’est rendue à la résidence EVA il y a 10 jours pour visiter ses beaux-parents. La mort de Mariette Tremblay a ébranlé sa famille. Elle se retrouve d’ailleurs en quarantaine, au cas où elle présenterait des symptômes du coronavirus « Pour l’instant, on est corrects, mais ça cause beaucoup de stress à notre famille », a-t-elle dit quelques heures avant d’apprendre que d’autres résidants avaient perdu la vie.

Si vous êtes de Lavaltrie, faites attention. Malheureusement, beaucoup de personnes de la résidence se sont promenées dans les dernières semaines dans les commerces avoisinants.

Une femme dont les beaux-parents habitent à la Résidence EVA

« La résidence qu’on investigue actuellement, on s’organise pour qu’elle ne devienne pas… pour que ça ne sorte pas dans la communauté », a toutefois expliqué le Dr Horacio Arruda samedi après-midi.

État des lieux dans les résidences

« Il faut garder un équilibre pour ne pas inquiéter les résidants. Avec ce qui est arrivé [samedi], certains se mettent à faire de l’anxiété », a plaidé Yann Costello, directeur de la résidence Rouville d’Ange-Gardien. Dans cet établissement de l’Estrie, 28 personnes, certaines âgées de 70 ans et plus, sont privées de visites.

« Les visites sont interdites chez nous et on va avoir dorénavant deux services pour les repas, pour limiter le nombre de gens réunis. » M. Costello ne pense pas que cloîtrer chacun dans sa chambre soit bénéfique. « Si on enferme tout le monde entre quatre murs, on va créer d’autres problèmes en détériorant la santé mentale des résidants. » Pour le moment, la soirée cinéma a toujours lieu, ce qui remonte le moral des aînés. On s’assure qu’ils soient à bonne distance les uns des autres.

Nul besoin de consignes plus sévères, pense également Yves Desjardins, président du Regroupement québécois des résidences pour aînés. Celles déjà énoncées suffisent. Il faut les rappeler chaque jour et veiller à ce qu’elles soient appliquées. Au lieu de serrer la vis, il faut taper sur le clou. Il y a 1750 résidences pour personnes âgées au Québec, avec des clientèles très différentes et il y a un travail énorme qui se fait de la part des propriétaires, selon lui.

Est-ce que ça va rondement partout ? Non », a-t-il répondu sans tergiverser à La Presse samedi soir.

Dépister la maladie chez chacun des occupants d’une résidence s’avérerait inutile, croit-il. Selon les directives de la Santé publique, il n’est pas nécessaire d’être testé si on ne présente pas de symptômes ou si on ne revient pas de voyage. Il faut se fier à l’honnêteté des gens et des employés. « Le beau-frère qui arrive de Floride et que vous avez rencontré, il faut le dire », ajoute M. Desjardins.

Des discussions sont en cours avec Québec concernant la santé mentale des aînés, mentionne M. Desjardins. L’isolement préventif s’ajoute à la solitude déjà présente bien avant la pandémie. « On parle de détresse psychologique tant pour les employés que pour les résidants. Quand ça va faire trois semaines d’isolement, il va falloir y penser. »

Directives du Ministère 

Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux, les personnes de 70 ans et plus devraient prendre leurs repas dans leur appartement ou dans leur chambre. Pour les autres résidants, les repas peuvent être pris dans des lieux communs. Toutefois, il est important de réunir le moins de personnes possible dans un même lieu en étalant les heures de service des repas et en laissant des tables libres entre chaque table occupée.