L’annonce samedi du décès de quatre autres personnes mortes de la COVID-19 dans une même résidence pour personnes âgées doit nous faire prendre conscience de l’importance des mesures de confinement. Quand les autorités disent que les personnes à risque (ou infectées) doivent éviter les contacts, il faut les écouter. Point final.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Lors de leur conférence de presse quotidienne, le premier ministre François Legault, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, et la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, l’ont répété samedi : il faut absolument éviter les rencontres avec nos proches. C’est l’une des armes qui va nous permettre de gagner.

Mais voilà, ce n’est pas facile de respecter cela. Les gens dont un parent vit dans une résidence souffrent de voir la solitude dans laquelle est plongé cet être cher. Certains trouvent donc des moyens originaux d’exprimer leur amour.

La vidéo que Benoit Nadeau, un résidant de Laval, a publiée sur Facebook a fait chavirer le cœur de beaucoup de gens au cours des derniers jours. L’homme, qui reconnaît avoir un « côté cowboy », a posé un geste remarquable à l’égard de sa mère, Marthe Giguère, 90 ans, qui est atteinte de la maladie de Parkinson depuis 25 ans et qui vit dans un CHSLD.

« Quand je lui ai parlé au téléphone au début de la semaine, elle m’a dit qu’on ne pourrait plus se voir à cause des règles de confinement, m’a-t-il raconté au téléphone. Ma mère a été un ange dans ma vie. J’ai été très chanceux de l’avoir. Comme je lui avais déjà dit un jour que jamais je ne la laisserais tomber, j’ai réfléchi à un scénario. »

Ne reculant devant rien, Benoit Nadeau s’est rendu mardi matin avec sa camionnette devant la résidence où vit sa mère. Il a grimpé sur le toit de son véhicule pour atteindre la fenêtre de la chambre de sa mère. Et là, à travers la vitre, il a exprimé son amour à celle qui lui a donné la vie.

Comment vous décrire la réaction de Marthe Giguère ? Résumons cela en disant que c’était du bonheur à l’état pur.

La chanteuse Florence K a aussi chanté son amour à sa grand-mère à travers une vitre. Elle l’a fait avec des membres de sa famille (avant que des mesures de distanciation ne soient annoncées). Le joyeux groupe a offert à la matriarche un extrait de The Sound of Music afin qu’elle puisse « voir la vie en rose » quelques instants.

Hier midi, j’ai échangé avec Rose-Marie Parent, une Montréalaise de 76 ans qui est un véritable rayon de soleil ambulant. « J’attends que Justin Trudeau fasse son discours et je jette un coup d’œil dehors, m’a-t-elle raconté sur le trottoir. Si tout le monde est occupé à regarder cela, j’en profite pour faire ma marche quotidienne. Quand j’aperçois quelqu’un que je connais, on se jase des deux côtés de la rue. »

Rose-Marie n’est pas du genre à attendre les appels téléphoniques. Cette ancienne enseignante qui n’a pas d’enfants est plutôt celle qui s’occupe des autres autour d’elle. « J’appelle deux amis par jour. On se donne les nouvelles des autres. Mes voisines et moi faisons partie de la même chorale. On attend le beau temps pour organiser des trucs comme le font les Italiens. »

Rose-Marie refuse de se laisser abattre par le climat morose des derniers jours. 

On s’en va vers quelque chose de beau. J’en suis sûre. Je remarque plus de créativité depuis quelques jours. Et plus de bonté.

Rose-Marie Parent, 76 ans

J’ai demandé à mes amis des réseaux sociaux de me dire comment ils gardaient le contact avec leurs proches. Évidemment, le coup de téléphone demeure un classique. Mais disons que les moyens numériques sont très populaires en ce moment.

Brigitte, Marie-Soleil, Geneviève, Marie-Reine, Catherine, Robert, Isabelle, Marie-Charlotte, Miriel, Audrey, Annie, Pierre-Olivier… Tout ce beau monde « skype », « facetime » ou textent leurs parents ou leurs grands-parents pour empêcher que la solitude fasse son œuvre.

On se parle. On s’encourage. On se dit qu’on s’aime. Que peut-on faire de mieux ?

Rose-Marie Parent a raison. Les liens se sont resserrés depuis quelques jours, avec les proches comme avec les inconnus. Chacun prend soin des plus jeunes, des plus vieux, des plus fragiles, des plus isolés, des plus vulnérables.

De mon côté, quand j’appelle ma mère, j’adore dire, lorsqu’elle décroche : « Bonjour, ici Bernard Derome… » Je rigole. Elle rigole. Mon gag marche à tout coup !

« Mon maudit fou, toi », qu’elle me dit.

J’avoue que se faire traiter de « maudit fou » par sa mère en cette période de crise fait beaucoup de bien.

Les tartelettes d’Horacio

J’ai commencé la journée de samedi par une balade dans le quartier portugais de Montréal. Au café Central, rue Saint-Dominique, quelques clients discutaient en maintenant une distance raisonnable.

Le patron de la place n’était pas peu fier de me parler des origines portugaises d’Horacio Arruda, le nouveau héros des Québécois. « Déjà, on a eu Carlos Leitão. Et là, Horacio Arruda. On devrait les envoyer les deux au Portugal, ça irait tellement mieux là-bas. »

Dans la communauté portugaise de Montréal, Horacio Arruda est une grande fierté. « Je vais vous dire son secret, m’a dit le patron du Central. Ce sont les tartelettes », m’a-t-il confié à voix basse en me montrant un plateau rempli de ces pâtisseries.

Justement, au sujet de ces fameuses tartelettes qu’Horacio Arruda nous a recommandé de préparer ce week-end, je me suis rendu à la pâtisserie Notre Maison, boulevard Saint-Laurent. J’ai demandé aux deux employées de me donner des trucs.

« Il ne faut pas les faire à la maison, m’ont-elles dit en chœur. Il faut un four puissant comme le nôtre. La pâte sera plus feuilletée. » Elles m’ont convaincu. Je suis ressorti avec un sac rempli de tartelettes. Les snoraudes, elles avaient raison, c’était bon à se rouler par terre.

En hommage à la ministre de la Santé, Danielle McCann, dont le nom est d’origine irlandaise, je me suis ensuite enfilé une Guinness.

Faut se laver

Le compositeur François Dompierre, sitôt rentré de voyage, a pris son piano et a revisité l’une de ses célèbres ritournelles (« On est six millions, faut se parler », composée pour la Labatt 50, en 1975). Anne-Marie Dussault m’a envoyé ça hier soir. Tous les moyens sont bons pour aller au combat !