Cinq travailleurs français installés à Montréal depuis plusieurs années ont évité in extremis leur expulsion vers la France, samedi soir, après s’être fait refuser l’entrée au Canada en revenant de vacances au Costa Rica.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Soulagés, après deux jours d’incertitude et d’inquiétude, ils dénoncent tout de même le manque de clarté des directives données aux employés de l’immigration, pour la lutte à la propagation de la COVID-19.

C’est l’intervention d’un consultant en immigration qui leur a permis de rester chez eux, à Montréal, où ils se sont mis en quarantaine à la suite de leur voyage.

Ils ont eu la bonne nouvelle quelques minutes avant de prendre un taxi pour l’aéroport.

« Nous sommes heureux de ce dénouement, mais notre mésaventure démontre que les agents frontaliers ne sont pas vraiment au courant de toutes les directives », souligne Jérémy Thoma, l’un des cinq voyageurs.

Jeremy Thoma voyageait avec sa conjointe. Un autre couple dans la même situation qu’eux est rentré en même temps, ainsi qu’un compatriote rencontré au Costa Rica. Ils vivent et travaillent tous à Montréal depuis quatre ou cinq ans, avec des permis de travail, en attente de leur résidence permanente.

Mais étant donné la directive gouvernementale de « fermer les frontières aux ressortissants étrangers », leur statut semblait causer problème : même si les personnes avec un permis de travail sont exemptées de restrictions de voyage, Air Canada leur a refusé l’embarquement sur leur vol de retour, le 19 mars.

Après s’être débrouillés pour trouver un autre vol, le lendemain, via les États-Unis, ils ont été interceptés par les agents des services frontaliers à l’aéroport Montréal-Trudeau. « Ils ont confisqué nos passeports, en nous disant qu’ils nous refusaient l’accès au territoire pour des raisons de sécurité, mais ils nous ont quand même renvoyés chez nous, dans notre appartement montréalais, en attendant notre expulsion vers la France », raconte Jérémy Thoma.

Il estimait qu’il était « aberrant » de les obliger à se rendre en France, où ils ne vivent plus depuis longtemps. « Chez nous, c’est ici, au Québec ! On a nos appartements, notre travail, on paie nos impôts, on est couverts par la Régie de l’assurance-maladie du Québec. »

L’intervention du consultant en immigration Tim Morson a permis de dénouer l’impasse. « Dans une situation de crise, ce n’est pas inhabituel que des directives soient mal interprétées par les agents, qui sont bombardés de nouvelles consignes », explique M.  Morson.

Selon ses informations, les agents ont reçu de nouvelles consignes pour clarifier les précédentes, après l’arrivée du groupe de M.  Thoma, ce qui explique la décision des agents de lever l’avis d’expulsion d’abord émis contre eux.