Ils sont partout, mais on prend rarement le temps de souligner leur apport. Aujourd’hui, les dizaines de milliers de travailleurs d’entretien ménager à travers le Québec sont au front pour freiner la propagation du virus. Dans les lieux publics, ils mettent les bouchées doubles et frottent littéralement comme si des vies en dépendaient. Parce que c’est le cas, et ils le savent.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

« C’est le moment de remercier les gens qui font le ménage. Ce n’est pas toujours un travail qui est mis en vedette, mais avec la COVID-19, nous sommes en première ligne pour combattre la pandémie », souligne Pablo Cesar Montes Anyaipoma.

M. Montes Anyaipoma travaillait comme aide-comptable dans son Pérou natal. Après avoir immigré au Québec il y a une dizaine d’années, il est devenu préposé à l’entretien ménager pour GSF, multinationale québécoise du nettoyage. À lui seul, pendant son quart de travail, il s’occupe d’un immeuble de sept étages à Pointe-Claire qui abrite des bureaux, un restaurant et des commerces. Il peut repasser une dizaine de fois sur la même poignée de porte avec son chiffon pendant la journée.

Pablo Cesar Montes Anyaipoma est aussi président du syndicat local représentant 500 employés de GSF dans la région. Il est inondé d’appels de collègues qui s’inquiètent et se demandent s’ils doivent continuer à faire un travail exigeant qui les place en contact avec des surfaces souillées.

« J’ai reçu beaucoup d’appels. La peur commence à croître », dit-il. Lui les rassure en leur rappelant les consignes de sécurité usuelles et l’importance de leur rôle.

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Pablo Cesar Montes Anyaipoma

Des bureaux, des usines, des édifices gouvernementaux, des commerces, toutes sortes de lieux publics demeurent ouverts et doivent être nettoyés particulièrement souvent. « Le gouvernement a dit que les écoles devaient fermer, mais il n’a pas dit que le ménage devait s’arrêter. Nous sommes là ! », martèle-t-il.

« Il y a du monde qui commence à remarquer »

Sa collègue Maria Merino, mère de famille de 59 ans originaire du Chili, a immigré au Québec en 1991 pour rejoindre son mari, réfugié politique. Elle travaille dans l’entretien ménager depuis 25 ans. Pendant la crise du verglas, elle était affectée au siège social d’Hydro-Québec. « C’était une des seules bâtisses qui était ouverte », se souvient-elle.

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Maria Merino

Encore aujourd’hui, pas question de prendre congé. Elle fait partie d’une équipe de 11 personnes qui fait l’entretien d’un siège social de presque 20 étages au centre de Montréal, de 17 h à minuit.

« Il y a une équipe d’appoint qui vient nous aider pour qu’on puisse continuer l’entretien régulier, mais aussi porter une attention pour désinfecter toutes les surfaces que les gens vont toucher : les robinets, toutes les surfaces dans la cafétéria, les poignées, le frigo, le micro-ondes. Tout ça doit être fait au quotidien. Tu ne peux pas dire : “Ah, ça, je vais le faire demain” », dit-elle.

« Il y a du monde qui commence à remarquer le travail qu’on fait. Ils nous disent que c’est important, l’hygiène, la propreté », ajoute la mère de famille.

Son travail la garde en forme, mais peut être dur sur le corps, dit-elle. « C’est un travail qui te fait bouger beaucoup. On a un bon cardio, mais on a d’autres bobos. »

Priorité désinfection

Chez Groupe For-Net, un acteur de l’industrie qui compte 900 employés, c’est le branle-bas de combat. « Nos employés sont sur la ligne de front. On est un peu impressionnés par la situation, on n’a jamais vécu ça », souligne la présidente de l’entreprise, Annie Fortin. Les tâches ont été réorganisées au sein des équipes.

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Annie Fortin, présidente de Groupe For-Net

« Si on a un plancher à faire, on peut prioriser une surface qui est à portée de la main à la place. La priorité est vraiment à la désinfection de tout ce qui est à portée de la main », dit Mme Fortin. Autour d’elle, son personnel s’active sans relâche pendant l’entrevue.

Alors que plusieurs employeurs ont réduit les heures d’ouverture en raison de la crise, For-Net suggère à ses clients qui demeurent ouverts de plutôt les étendre, lorsque c’est possible.

« Espacer les heures d’arrivée et de départ ainsi que les pauses-repas permet de diminuer les regroupements », dit Mme Fortin.

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Lucie Thériault travaille chez Groupe For-Net, un acteur de l’industrie qui compte 900 employés. 

Par ailleurs, les employeurs peuvent demander à chaque employé de faire ce qu’il peut pendant que le personnel d’entretien ménager s’occupe des zones d’affluence.

« Si chacun prend en charge son poste de travail et nettoie son cellulaire, sa tablette, son clavier d’ordinateur, sa souris, c’est déjà beaucoup », ajoute la présidente.

Pour pallier le manque de gel désinfectant, For-Net a développé un produit maison pour ses clients. « Comme on en a moins que d’habitude, la recommandation, c’est de l’installer à l’entrée, pour les visiteurs », dit Mme Fortin.

« Ils savent quoi faire »

La crise va probablement faire ressortir l’importance des travailleurs d’entretien ménager, croit Raymond Larcher, président de l’Union des employés et employées de services section locale 800, un syndicat qui représente 10 000 employés de grandes entreprises d’entretien ménager.

« Ces gens sont sur le champ de bataille contre le COVID-19, ça nous prend ces gens-là », dit-il.

« Ils ont l’habitude et sont équipés, ils savent quoi faire, ajoute M. Larcher. Nettoyer une cuvette, COVID pas COVID, il faut faire ça comme il faut. Ils ont de l’équipement, des gants, des produits appropriés. »

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Chez Groupe For-Net, c’est le branle-bas de combat. Sur la photo, Martin-Pierre Renaud.

À Montréal, le salaire pour l’entretien des édifices publics est fixé par décret. Il se situe entre 18 et 19 $ l’heure. « C’est un emploi négligé, peu valorisé, c’est un peu ingrat », dit-il.

De 40 % à 45 % de ses membres sont issus de l’immigration. Le syndicat offre d’ailleurs des cours de francisation. « Tu n’as pas besoin de diplôme pour faire ce travail. C’est de l’huile à coude que ça prend », raconte le syndicaliste.

Il souligne qu’en dehors des périodes de crise, le ménage est souvent l’un des premiers postes de dépense où les entreprises coupent pour économiser. « C’est pelleter les problèmes en avant. On ne le voit pas, mais c’est vraiment un travail important. Les poignées de porte de centres d’achats, il y a du monde qui passe leur temps à frotter ça. Si tu enlèves ça, tu t’exposes à des problèmes. Mais c’est difficile de faire réaliser ça quand il n’y a pas de crise », déplore-t-il.

Surfaces à désinfecter fréquemment 

– Poignées de porte
– Téléphones
– Commutateurs
– Boutons d’ascenseurs
– Comptoir de la réception
– Fours à micro-ondes
– Dossiers de chaises, tables et comptoirs de cafétéria
– Robinets
– Fontaines
– Toilettes
Source : Service d’entretien ménager For-Net