Les résidants du Bas-Saint-Laurent en ont eu la confirmation jeudi : leur région n’est pas épargnée par la COVID-19. Un premier cas a été détecté à Rivière-du-Loup, ont annoncé les autorités en début d’après-midi. Un développement qui pourrait contribuer à conscientiser la population.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

« J’aimerais commencer par un appel au calme », a déclaré le Dr Sylvain Leduc, directeur de santé publique, en conférence téléphonique. « Il est normal qu’il y ait des cas de COVID-19 un peu partout. »

Jusqu’ici, la santé publique était plutôt aux prises avec le problème inverse : la région n’ayant pas de cas confirmé, les mesures de prévention n’étaient pas assez prises au sérieux.

« C’est comme un faux sentiment d’immunité, ça fait depuis hier [mercredi] qu’on fait des séries d’entrevues », témoignait, un peu plus tôt dans la journée, la responsable des communications au Centre intégré de santé et de services sociaux [CISSS] du Bas-Saint-Laurent, Ariane Doucet-Michaud.

Voyant qu’il y avait encore « des enfants qui se promenaient [aux] étages et des personnes qui [s’y] rendaient alors qu’elles n’avaient pas de rendez-vous », le CISSS a mis des agents de sécurité dans tous les centres hospitaliers, CLSC et CHSLD de son territoire la fin de semaine dernière.

Et mardi soir, la Santé publique est allée à l’aéroport de Mont-Joli pour rappeler les directives d’isolement et de prudence à chacun des 106 passagers qui arrivaient de Cuba. Mais de nombreuses personnes de 70 ans et plus vont encore faire leurs courses elles-mêmes pour « faire leur social ».

Jeudi matin, la Dre Josée Bouchard a téléphoné à un patient de 72 ans pour lui éviter de se présenter à sa clinique de Pohénégamook, mais il était absent. « Sa conjointe m’a dit qu’il était allé à l’épicerie », raconte-t-elle.

À Québec, le premier ministre François Legault a redemandé aux personnes âgées de 70 ans ou plus, qui constituent le groupe le plus à risque, de rester autant que possible chez elles. « Évitez les rassemblements dans les centres d’achats et les restaurants », a-t-il conseillé jeudi.

Pas seulement les personnes âgées

Les aînés ne sont pas les seuls à prendre les consignes à la légère. « Même des gens qui travaillent dans le réseau et qui reviennent de voyage, on en a vu prendre un verre dans un bar », souligne la Dre Bouchard, qui est également présidente de l’Association des médecins omnipraticiens du Bas-Saint-Laurent.

« On en a encore beaucoup, des gens qui reviennent de voyage. Et des gens qui ont des symptômes de rhume et de grippe, ou de fièvre, de diarrhée, de maux étranges », témoigne Kathy Gauthier-Pelletier, copropriétaire de deux pharmacies dans la région. Elle a donc instauré un système de triage à l’entrée de sa pharmacie de Sainte-Luce. Seules les personnes qui ne présentent aucun symptôme de rhume ou de grippe, ne reviennent pas de voyage et sont âgées de moins de 70 ans peuvent entrer – et seulement trois à la fois à cause de la taille limitée de la salle d’attente.

Elle a doublé son personnel de livraison et suggère fortement aux clients de téléphoner plutôt que de se présenter en pharmacie, afin de limiter la contagion.

Nous sommes là pour vous, soyez là pour nous.

Kathy Gauthier-Pelletier, copropriétaire de deux pharmacies

Le directeur de santé publique a profité de l’annonce de son premier cas pour rappeler que la région avait connu une année de grippe record. « On voit que l’application des recommandations est variable », a commenté le Dr Leduc.

Par contre, le premier patient diagnostiqué « a eu une conduite exemplaire », a-t-il souligné. Le test a été effectué la fin de semaine dernière et une trentaine de personnes de son entourage ont été contactées. Le patient « va bien, on suit ses symptômes chaque jour à plusieurs reprises » a indiqué le Dr Leduc, sans vouloir en dire davantage. Ni le sexe ni l’âge n’ont été dévoilés, ni même si la personne est allée à l’étranger, ou a seulement été en contact avec une personne qui en revenait.

Le site Info-Dimanche, de Rivière-du-Loup, a relié ce patient à l’entreprise Premier Tech, en citant une note interne aux employés qui faisait état d’un premier cas « parmi nos équipiers à Rivière-du-Loup ». La Presse n’a pas eu de réponse aux messages laissés chez Premier Tech jeudi après-midi.

La Dre Bouchard espère que l’annonce de ce premier cas dans la région « va faire tache d’huile » et contribuer à sensibiliser la population. « Si tout le monde respectait toutes les consignes, dans un mois, ce serait fini », dit l’omnipraticienne.