(Montréal) L’inquiétude demeure chez les familles d’accueil des enfants de la DPJ : alors que les directives ne sont pas claires sur les contacts permis entre les enfants et leurs parents, elles ne veulent pas que leurs maisons deviennent des foyers de contagion de la COVID-19.

Stéphanie Marin
La Presse canadienne

Le nœud du problème est là : les parents peuvent visiter les enfants, et ces derniers peuvent effectuer des sorties, pour le week-end par exemple, chez leurs proches.

Or, après tous ces contacts, les enfants retournent dans leur famille d’accueil, où se trouvent d’autres personnes dont des enfants également placés — qui sont peut-être sortis eux aussi — ce qui multiplie les contacts.

La situation semblait avoir été clarifiée mardi, relate la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), qui représente de nombreuses familles d’accueil au Québec.

Une directive transmise aux CIUSSS et CISSS par le gouvernement — dont le syndicat dit avoir obtenu copie — indiquait que les visites et les sorties étaient proscrites, vu l’urgence sanitaire décrétée au Québec. Elle visait les enfants placés par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), mais aussi ceux ayant des déficiences intellectuelles qui vivent en foyer d’accueil.

Mais tout s’est compliqué mercredi, alors que la confusion demeure sur le terrain entre ce qui est permis ou non, a indiqué en entrevue Éric Perreault, conseiller syndical auprès de la CSD.

Il rapporte que certains de ses membres, soit des familles d’accueil, se sont fait dire que si elles interdisaient les visites, il s’agirait d’un outrage au tribunal. Car c’est souvent la Cour qui détermine quels contacts sont possibles entre enfants et parents.

« Il y a beaucoup d’inquiétude car les directives changent tout le temps », a déclaré en entrevue téléphonique Diane Thomas, qui, en plus d’être elle-même une famille d’accueil, est aussi présidente de l’Association démocratique des ressources à l’enfance du Québec (ADREQ) pour la région de Chaudière-Appalaches et aussi pour le Québec.

Selon ce qui lui a été rapporté par des familles d’accueil, les intervenantes de la protection de la jeunesse insistent pour maintenir les contacts en personne entre les enfants et leurs parents et proches.

« Celles (les familles d’accueil) qui ont des enfants malades sont en panique », dit-elle, soulignant que de nombreux petits en foyer sont vulnérables car ils sont gavés ou ont de graves problèmes respiratoires.

Dans un foyer de cinq enfants, deux peuvent être en bonne santé et sortir, mais lorsqu’ils reviennent, ils peuvent infecter ceux qui sont restés à la maison et qui sont malades, explique-t-elle.

Elle souligne aussi que certaines personnes agissant comme familles d’accueil ont plus de 70 ans, et sont plus à risque d’être infectées par le nouveau coronavirus. On veut protéger tout le monde, dit-elle, « mais les directives sont contradictoires ».

Le syndicat demande donc au gouvernement québécois de clarifier les règles.

Il souhaite que les visites et les sorties des enfants soient interdites pour le moment, afin d’empêcher la contamination des petits, mais aussi des familles d’accueil, a dit M. Perreault.

Il suggère que pour le moment, les contacts entre les enfants et leurs parents soient maintenus, mais par téléphone ou de façon virtuelle, par « Skype », entre autres moyens technologiques.