Les médecins québécois peuvent facturer leurs consultations par télémédecine depuis lundi tandis que les services privés sont inondés de demandes. Et dans le New England Journal of Medicine, un médecin explique comment son hôpital à Philadelphie a activé son logiciel de télémédecine pour éviter les visites inutiles à l’hôpital de patients potentiellement infectés et de patients âgés qui pourraient être infectés.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Feu vert de la RAMQ

Depuis lundi, les médecins peuvent voir leurs patients virtuellement. « On peut le faire par téléphone ou par un service vidéo sécurisé », explique Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ). L’Ontario, qui faisait depuis l’an dernier un projet pilote avec des tarifs inférieurs aux consultations en personne, a aussi annoncé la possibilité « temporaire » de voir des patients par télémédecine au même tarif que les consultations en chair et en os. « Nous avons 10 fois plus de nouvelles inscriptions de praticiens (médecins, infirmières et autres) qu’avant le mois de mars », explique Gillian Wansbrough, porte-parole de l’Ontario Telemedicine Network, un réseau public de télémédecine qui gérait le projet pilote.

Ruée vers le privé

Au Québec, les services de télémédecine privés tels que Dialogue et VirtualMED rapportent un grand achalandage. « On a deux fois plus de consultations qu’avant », dit la vice-présidente de VirtualMED, Patricia Côté. « Beaucoup de gens nous appellent pour une téléconsultation [au coût de 69 $] pour savoir s’ils ont besoin de se faire tester pour la COVID-19, probablement parce qu’ils ne parviennent pas à joindre le 811. » VirtualMED a surtout des médecins ne participant pas au service public, parce qu’ils offrent des consultations en personne privées, mais aussi deux médecins du système public qui ne font que de la télémédecine privée. « On ne sait pas s’ils peuvent continuer à passer par nous pour offrir le service assuré par la RAMQ, dit la Dre Côté. J’ai demandé à la RAMQ, mais n’ai pas eu de réponse. » Le Dr Godin, de la FMOQ, affirme qu’il n’a « pas du tout été question » d’utiliser les plateformes privées, qui devraient être compensées par un « loyer » pour leur clinique virtuelle. « On va annoncer d’ici quelques heures une plateforme publique », a dit le Dr Godin, en entrevue mardi midi. Mercredi, au point de presse du gouvernement québécois, seules les consultations téléphoniques ont été abordées, pas celles par vidéo. Selon les informations recueillies par La Presse, une des solutions envisagées est d’étendre à la province le réseau de télémédecine qui couvre le Grand Nord depuis l'Université McGill.

L’exemple américain

L’hôpital Jefferson Memorial, à Philadelphie, préparait depuis un an un projet pilote de télémédecine. L’urgence de la COVID-19 a précipité sa mise en service. « Ça permet de continuer la plupart des soins sans risque d’infecter les patients et les médecins », explique Judd Hollander, responsable de la télémédecine à Jefferson Memorial, qui a écrit un commentaire sur l’importance de la télémédecine pour lutter contre la pandémie dans le New England Journal of Medicine. « Idéalement, on devrait même miser sur la télémédecine pour faire les tests diagnostiques de la COVID-19 à la maison, sans que les gens sortent au risque d’infecter d’autres gens », ajoute le Dr Hollander.

Les pharmaciens aussi

Le site de téléconsultations Question pour un pharmacien a aussi mis sur pied un service de réponse aux questions sur la COVID-19. Mais les patients se font répondre par des pharmaciens plutôt que d’avoir seulement des informations. « On a lancé une fonctionnalité qui permet aux pharmaciens de faire des recommandations en phase avec les dernières informations de la santé publique et du MSSS », dit Alexandre Chagnon, le fondateur du service. Plus de 215 pharmacies participent au service Question pour un pharmacien.

20 000 : Nombre de personnes qui ont appelé le service gratuit d’informations sur la COVID-19 Chloé, mis sur pied par la compagnie de télémédecine privée Dialogue. Source : Dialogue.