La Ligue des droits et libertés (LDL) et des avocats, en particulier ceux de l’Association des avocats et avocates en droit carcéral du Québec, demandent à ce que certaines catégories de détenus ou de prévenus soient libérées dans les prisons provinciales et dans les pénitenciers au Québec, pour réduire les risques de contamination à la COVID-19.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

La LDL et les avocats visent notamment :

– Les personnes purgeant une peine pour délit non violent

– Celles purgeant une peine discontinue

– Celles purgeant une peine de moins de six mois ou dont la libération est prévue dans moins de six mois

– Une personne sous la juridiction fédérale éligible à une procédure d’examen expéditif

– Les détenus âgés de plus de 60 ans

– Les détenus atteints d’une maladie chronique ou malade

– Les femmes enceintes

– Les personnes en attente de procès, car elles n’ont pas d’argent pour payer leur cautionnement

« Le virus pourrait se propager comme un incendie de forêt en raison de la surpopulation, de l’exiguïté et de la configuration architecturale des lieux. Le nombre de personnes infectées sera possiblement très élevé et les équipes de soins de santé de ces établissements ne sont pas outillées pour y faire face », a déclaré, par voie de communiqué, Lucie Lemonde, porte-parole de la Ligue des droits et libertés.

« À la Montée Saint-François à Laval, il y a une aile où les détenus sont plus âgés. À partir du moment où il y aura un premier cas, ça va devenir une épidémie. On croit qu’il y a certaines catégories de personnes qui pourraient être envoyées à la maison sans danger pour la population », renchérit Me Sylvie Bordelais, dont l’Association des avocats et avocates en droit carcéral du Québec a interpellé, par lettre, les premiers ministres François Legault et Justin Trudeau, les ministres provincial et fédéral de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault et Ralph Goodale, et le responsable de la santé publique au Québec, le docteur Horacio Arruda.

« On ne peut pas être d’accord avec ça. Nous sommes là pour protéger la population. On ne peut pas commencer à ouvrir les portes comme si c’était des moulins à vent », leur répond Mathieu Lavoie, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec.

18 cas suspects

Jeudi, le ministère de la Sécurité publique du Québec a indiqué que 18 détenus ou prévenus dans quatre des 17 prisons provinciales ont été placés en isolements préventifs, parce qu’ils répondaient à l’un des trois critères : toux, fièvre ou retour de voyage. Mais attention, il s’agit de cas suspectés et non confirmés par des tests de dépistage.

M. Lavoie déplore que les infirmières des prisons – qui sont également des agentes correctionnelles – ne soient toujours pas autorisées à effectuer des tests de dépistage. Il ne sait pas même si les prisons sont équipées pour effectuer ces tests. Il demande au gouvernement que cela puisse se faire.

« Pour prévenir la maladie, éviter la propagation et protéger nos membres, il faut que le gouvernement nous donne les outils », affirme le chef syndical.

La criminaliste Me Danièle Roy a discuté avec trois clients actuellement détenus à l’Établissement de détention de Montréal (Bordeaux) et à la prison de Rivière-des-Prairies jeudi. Elle a senti beaucoup d’inquiétudes chez ceux-ci.

« Ils m’expliquent que les gardiens leur disent de se laver les mains plus souvent, mais ils n’ont pas de savon. Ils veulent nettoyer leur cellule avec de l’eau de javel, mais ils n’ont pas accès aux produits. Les gardiens ne se protègent pas. Des détenus et des gardiens arrivent à tout moment de l’extérieur. Ils peuvent bien mettre les cas suspects en isolement, mais ils ont de la place pour combien de personnes ? », demande l’avocate.

Jeudi, à la cour municipale de Montréal, la présence dans une salle d’audience d’un détenu suspecté d’avoir contracté le coronavirus a provoqué tout un émoi.

« Ça viendrait calmer l’anxiété que des tests de dépistage puissent être faits dans les prisons », conclut Mathieu Lavoie.

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