L’épidémie de la COVID-19 entraîne une série de changements dans les pharmacies. Pour éviter les pénuries, les pharmaciens ont reçu la consigne de fournir les médicaments d’ordonnance que 30 jours à la fois. En parallèle, l’Assemblée nationale vient d’adopter un projet de loi qui accroît leur pouvoir de prescription. À compter d’aujourd’hui, ils pourront prescrire des médicaments en vente libre et administrer des vaccins.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

Ce changement pourrait s’avérer fort utile pour inoculer la population si un vaccin contre la COVID-19 était inventé. « Actuellement, il n’y a pas de vaccin pour prévenir la COVID-19, mais plusieurs laboratoires y travaillent. Il pourrait donc y en avoir un éventuellement. Dans un contexte de pandémie, la possibilité de potentiellement compter sur près de 1900 pharmacies communautaires pour supporter la vaccination, c’est primordial », a souligné la ministre de la Santé Danielle McCann à l’Assemblée nationale, mardi, dans la foulée du dépôt de son projet de loi 31, modifiant la Loi sur la pharmacie.

Le projet de loi était dans les cartons du gouvernement Legault depuis la fin de l’automne, mais faisait encore l’objet de négociations avec les pharmaciens. Même s’il restait encore quelques détails à ficeler, la ministre de la Santé Danielle McCann a décidé de le déposer officiellement à l’Assemblée nationale en raison de la crise de la COVID-19.

À compter d’aujourd’hui, les pharmaciens obtiennent aussi le droit d’effectuer des prélèvements en administrant un instrument dans le larynx et de prescrire du salbutamol, un médicament contre l’asthme, lors d’une situation d’urgence.

Ces nouvelles mesures s’ajoutent à une entente conclue plus tôt cette semaine entre l’Ordre des pharmaciens et le Collège des médecins permettant jusqu’à nouvel ordre aux pharmaciens de renouveler des ordonnances au-delà que la période prévue par la loi.

Les pharmaciens lancent un message aux aînés

Le président de l’Ordre des pharmaciens, Bertrand Bolduc, qualifie les changements entraînés par l’adoption du projet de loi comme « un grand jour pour la pharmacie ». Dans le contexte de la COVID-19, il salue le fait que les pharmaciens auront maintenant une plus grande autonomie.

Ce dernier avait aussi un message important à lancer aux aînés qui continuent de se présenter en pharmacie en dépit de la demande du premier ministre François Legault que les personnes de 70 ans et plus restent à domicile : « C’est dur, mais il faut qu’ils restent chez eux ! »

Selon plusieurs de ses membres, les personnes âgées continuent à venir faire leur tour par habitude ou par ennui. Les gens âgés de plus de 70 ans sont les plus à risque de souffrir de complications graves ou mortelles de la COVID-19. Bertrand Bolduc leur recommande de plutôt avoir recours au service de livraison de médicaments.

L’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) a eu le même écho de ses membres. Pierre-Marc Gervais, qui est directeur des opérations en pharmacie pour le regroupement, affirme qu’il semble difficile pour certaines personnes âgées de briser leurs habitudes. Il explique que les salles d’attente dans les pharmacies servent parfois de lieu de socialisation pour les personnes du 3e âge. « Ce n’est pas parce qu’on ne les aime pas ou parce qu’on ne veut pas les voir, c’est pour les protéger », dit-il.

Plus de mesures de protection

Afin de protéger leur personnel, certaines pharmacies ont déjà commencé à limiter le nombre de personnes permises en même temps entre leurs murs. D’autres ont installé des plexiglas aux comptoirs. « Si vous avez des symptômes, ne vous présentez pas à la pharmacie », dit Bertrand Bolduc.  

L’AQPP demande aux Québécois de contacter leur pharmacien à l’avance, soit par téléphone ou en ligne, afin qu’il prépare leur ordonnance et qu’ils conviennent d’une heure de rendez-vous pour la récupérer.

Les personnes en isolement volontaire ou en quarantaine ne devraient en aucun cas se présenter en magasin. Elles peuvent faire livrer leurs médicaments, mais devraient mentionner leur état lors de la commande. Les livraisons ont d’ailleurs véritablement bondi au cours des derniers jours. Pour protéger les livreurs, les signatures à la réception ne sont plus nécessaires.