Comme pour 8 millions de Québécois, les choses ont bien changé pour les ambulancières paramédicales Émilie Daoust et Laurie Vesnoc, et leurs 1000 collègues d’Urgences-Santé, depuis une semaine.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Chaque fois qu’elles répondent à un appel, les deux jeunes femmes de 25 ans pensent à leurs proches, qu’elles pourraient contaminer.

Le 9 mars, elles sont intervenues auprès d’un homme fiévreux, en difficultés respiratoires, allongé et portant un masque d’oxygène dans une clinique. L’historique de l’appel disait qu’il revenait d’un voyage en Amérique du Sud, une région pas encore considérée comme suspecte à ce moment.

Elles ont méticuleusement revêtu leur équipement de protection et l’ont transporté à l’Hôpital général juif, où l’on a par la suite confirmé une contamination à la COVID-19.

La période de 14 jours depuis cette intervention n’est pas encore finie. Elles n’ont pas été mises en quatorzaine et ne sont pas restreintes dans leurs activités. Elles croisent les doigts, espérant que tout soit normal, mais demeurent optimistes.

« Quand on rentre travailler, on a un petit moment d’anxiété. On ne sait jamais sur quel cas on va s’en aller. De savoir qu’on peut être exposées tous les jours, ça change notre approche envers les gens. Mais si on fait ce travail-là, c’est parce qu’on a accepté les risques à s’exposer à toutes sortes de contaminations et de virus. Quand on voit l’ampleur que ça prend, on se questionne, mais nous sommes bien protégées et encadrées. Ça ne nous inquiète pas et on va continuer à faire notre travail comme d’habitude, crise ou pas », affirme Émilie Daoust.

C’est sûr que l’on se met volontairement à risque en exerçant ce métier-là, mais on est quand même bien encadrés en matière de prévention. Je suis satisfaite et je ne regrette pas mon choix de métier.

Laurie Vesnoc, ambulancière paramédicale

Urgences-Santé a reçu 17 appels de cas suspectés — et non confirmés — de COVID-19 en janvier, 22 en février et 172 durant les deux premières semaines de mars seulement. 

Cela s’explique notamment par le fait que les répartiteurs posent davantage de questions aux gens qui communiquent avec le 911. Lorsqu’Émilie Daoust et Laurie Vesnoc ont répondu à l’appel du 9 mars, l’Amérique du Sud ne faisait pas partie des régions ou pays précisés par les répartiteurs. Aujourd’hui, on demande simplement si le malade a voyagé hors du Canada.

C’est ce qu’on appelle le protocole. Il a été mis en place à la fin de janvier pour réduire les risques face à des cas possibles de COVID-19.

Avec prudence

Lorsque les répartiteurs de la centrale 911 reçoivent un appel destiné à Urgences-Santé, ce sont les répartiteurs médicaux d’urgence (RMU) de la société paramédicale publique qui prennent l’appel. Ils posent alors une série de questions à la personne qui a composé le 911.

« Avez-vous voyagé à l’extérieur du Canada récemment ? Avez-vous de la difficulté à respirer ? Faites-vous de la fièvre ? Depuis combien de temps ? Avez-vous de la toux ? Avez-vous été en contact avec des gens revenus de voyage récemment ? », énumère Stéphane Smith, porte-parole d’Urgences-Santé, ajoutant que les questions évoluent constamment avec la progression de la pandémie.

Les ambulanciers paramédicaux qui répondent à l’appel reçoivent alors un message sur le terminal de leur ambulance indiquant que la situation pourrait être à risque.

Une fois en présence du patient, ils demeurent à une distance minimale de deux mètres de celui-ci, pour être en mesure de le voir, et lui posent d’autres questions. 

En général, une intervention est nécessaire. Si le patient présente des symptômes compatibles avec la COVID-19, les ambulanciers enfileront masque, lunettes, gants et jaquette pour intervenir, stabiliser son état si cela est nécessaire, puis effectuer le transport vers un centre hospitalier. Tout accompagnateur du patient doit porter un masque. Durant le transport, les employés du centre hospitalier sont avisés par les ambulanciers pour qu’ils se préparent à la réception du malade. 

Après que les ambulanciers ont déposé le patient, ils vont jeter dans des bacs spécialement conçus jaquettes, masques et gants, et vont envoyer les lunettes à la désinfection.

Ils vont ensuite se rhabiller de la même façon, désinfecter l’ambulance avec un produit et jeter de nouveau les mêmes pièces d’équipement dans des bacs.

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Stéphane Smith, porte-parole d’Urgences-Santé

Une situation comme celle-là est exceptionnelle. On n’a jamais vécu cela et on n’en revivra probablement jamais une.

Stéphane Smith, porte-parole d’Urgences-Santé

« L’important, c’est de prendre soin de nos intervenants de première ligne qui vont au front. Ce sont des professionnels et ils sont formés pour faire face à des situations à risque. Mais ce sont des humains et ils ont aussi des inquiétudes. Quand tu as des enfants à la maison, tu ne veux pas rapporter le virus. Il faut tout faire pour continuer à offrir le service à la population de Montréal et de Laval », affirme M. Smith.

Les hôpitaux avisent Urgences-Santé lorsque les ambulanciers paramédicaux leur ont bel et bien amené un patient atteint de la COVID-19. C’est la Direction de santé publique qui compile les chiffres. 

Urgences-Santé a mis sur pied une ligne interne pour les ambulanciers paramédicaux, afin de les rassurer. Les employés de bureau qui peuvent effectuer du télétravail ont été invités à le faire. 

Depuis la pandémie, lorsqu’elles sont dans leur ambulance, en attente, en pause ou pendant leur heure de repas, Émilie Daoust et Laurie Vesnoc sont interpellées par bon nombre de gens qui leur demandent des masques, mais elles ne peuvent en donner. Des passants leur demandent des conseils ou leur témoignent leur gratitude, un baume en ces moments difficiles. « Ils sont rassurés que malgré la pandémie, on est au travail et on va faire le maximum pour les aider », conclut Émilie Daoust. 

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse

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Émilie Daoust arbore l’équipement de protection d’un ambulancier paramédical en cas d’intervention avec une personne possiblement infectée à la COVID-19.

L’équipement de protection

Le masque N95, qui couvre le nez et la bouche, est adapté à la forme du visage de l’ambulancier. Il est ajusté sur la peau, et les hommes doivent se raser pour qu’il soit bien étanche. Depuis lundi, un nouveau masque avec cartouche a commencé à être distribué aux ambulanciers paramédicaux. Les lunettes sont, en cas de besoin, adaptées à la vue des ambulanciers qui ont des problèmes de vision. Le masque et les lunettes sont nécessaires pour empêcher qu’ils reçoivent des gouttelettes dans les yeux, le nez et la bouche. La jaquette recouvre couvre l’uniforme. Les gants en latex ou en nitrile empêchent le contact avec les mains.