Des garderies et services de garde ont été ouverts lundi pour accueillir les enfants de ceux qui travaillent dans le secteur de la santé et des autres services essentiels. Les places étaient disponibles par centaines de milliers dans la province, mais certains endroits sont néanmoins restés déserts.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

« Le taux d’occupation a été très bas. » Au terme de la première journée de ce service d’urgence, la directrice générale de l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) avait en main un « sondage éclair » fait auprès de ses membres.

« Il y avait quelques enfants par installation. Certaines installations et certains milieux familiaux n’avaient aucun enfant, mais de nouveaux enfants s’étaient présentés dans des CPE, par exemple, des enfants qui ne sont pas couverts par le réseau », a dit la directrice générale de l’AQCPE, Geneviève Bélisle.

Au centre de la petite enfance Au Petit Talon, seulement 10 enfants ont été accueillis dans deux installations, dont 4 étaient les enfants d’employés. Situé à deux pas de l’hôpital Jean-Talon, le CPE est pourtant affilié avec le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, qui y a plus d’une centaine de places réservées.

C’est donc 25 éducateurs qui ont travaillé lundi avec une dizaine d’enfants. Ils ont été affectés à d’autres tâches, notamment au déménagement d’objets et au nettoyage. « En CPE, on n’a jamais vraiment le temps de rien faire, donc on en profite », philosophe sa directrice générale, Audrey Desrosiers.

La situation était semblable dans un CPE de la région de Valleyfield. Une éducatrice qui a préféré ne pas être identifiée par crainte de représailles a indiqué à La Presse qu’il y avait environ un éducateur pour chaque enfant.

L’Association québécoise des CPE estime que c’est environ 300 000 places en garderie qui se sont libérées d’un coup dans son réseau quand le gouvernement a ordonné, dimanche, l’ouverture de tous les CPE, services de garde subventionnés, non subventionnés et en milieu familial.

Environ le dixième de ces places offertes sans frais pour les parents auraient trouvé preneurs lundi.

On savait qu’il y aurait trop de places. Ça va assez bien, mais considérant que certains milieux ne sont pas utilisés, la question c’est : qu’est-ce qui va arriver dans les prochaines heures ?

Geneviève Bélisle, directrice générale de l’Association québécoise des centres de la petite enfance

Le ministre de la Famille doit envoyer de nouvelles instructions prochainement en se fiant au taux de couverture dans les services de garde.

Certaines éducatrices qui craignent pour leur santé ou celle d’un de leurs proches pourraient être affectées à d’autres tâches, croit l’AQCPE. Une ligne téléphonique mise sur pied par l’Association lundi matin avait reçu une centaine d’appels à cet effet.

« Quand les gens sont plus craintifs, c’est vraiment lié à leur santé, au fait qu’ils ont dans leur famille des gens plus vulnérables. Il n’y a personne qui a dit ne pas vouloir aider, ce sont des gens qui ont des craintes. On a senti un beau mouvement de volontariat », a dit sa directrice générale.

Services de garde d’urgence dans les écoles

Les écoles ont quant à elles reçu des enfants d’âge scolaire dans des points de service spécialement désignés, lundi. À la Commission scolaire de Montréal, par exemple, 35 de ces services de garde d’urgence ont été ouverts. Ils peuvent accueillir un maximum de 200 enfants à la fois et sont eux aussi gratuits.

Lundi matin, 64 élèves s’étaient présentés dans l’un ou l’autre des 15 points ouverts par la Commission scolaire des Affluents, dans Lanaudière.

À la Commission scolaire des Patriotes, en Montérégie, 53 élèves se sont présentés lundi, et on en attend 93 mardi dans l’un ou l’autre des 14 services de garde.

« Est-ce qu’il y a des milieux où il n’y avait pas beaucoup d’enfants comparativement au nombre d’éducatrices ? La réponse, c’est oui, on va voir comment ils vont s’ajuster », a dit lundi le président du Syndicat de Champlain, Éric Gingras, qui représente les éducatrices de cette commission scolaire.

Il se réjouit de la réponse à l’appel lancé aux éducatrices. « Ç’a super bien été, beaucoup de gens se sont proposés pour venir nous aider », dit-il.