Après un lundi chaotique, la confusion a un peu commencé à s’estomper mardi dans les différents palais de justice du Québec.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

En revanche, la présence au palais de justice de Montréal d’un criminaliste à peine revenu de voyage, et qui ne s’est visiblement pas placé volontairement en quatorzaine, comme l’ont demandé les autorités de la santé publique, a provoqué un certain émoi et des inquiétudes chez ses collègues.

Si lundi les nombreuses audiences se sont déroulées dans une certaine désorganisation au Palais de justice de Montréal, elles ont été menées plus rondement hier disent, d’une même voix, les représentants des avocats de la Défense et du Directeur des poursuites criminelles et pénales.

C’est une situation exceptionnelle, il faut un temps d’adaptation. Tout le monde agit rapidement, du mieux qu’il peut. Vendredi, les palais étaient encore ouverts. Lundi, les rencontres se sont poursuivies pour adopter un mode de fonctionnement. Essayer de coordonner tout ça, avec tous les paliers du système de justice, les détenus, les prisons, les policiers, les avocats de la défense, la magistrature, c’est sûr que lundi ce n’était pas parfait. Mais aujourd’hui (mardi), il y a eu une évolution.

Me Lida Sara Nouraie, présidente de l’Association des avocats de la défense de Montréal

Les avocats de la défense ont notamment créé des groupes d’avocats de garde, qui assurent une présence dans les salles ouvertes et remettent en bloc toutes les causes qui ne sont pas urgentes. Les causes urgentes, comme par exemple les enquêtes sur remise en liberté, sont traitées.

De leur côté, les procureurs de la Poursuite reçoivent quotidiennement des directives de leur directrice et des procureurs-chefs, selon les décisions qui sont prises au fur et à mesure par les autorités gouvernementales et par les tribunaux.

« Il y a des procureurs dans les salles qui s’assurent de traiter les dossiers urgents et de reporter ceux non urgents. Nous voulons nous assurer de la santé et de la sécurité des gens et offrons une attention particulière aux témoins et victimes, afin de les informer et d’éviter qu’ils se déplacent inutilement », affirme Me Jean-Pascal Boucher, porte-parole du DPCP.

Lundi, Me Nouraie a communiqué avec le ministère de la Justice du Québec lui demandant que celui-ci imite l’Ontario, et publie les instructions à suivre dans chacun des paliers de tribunaux, ce qui aurait entre autres pour effet d’aider les accusés qui se défendent seuls, et qui sont plus nombreux en cour municipale et en Cour du Québec.

Nous évaluerons toutes les propositions qui vont nous aider à endiguer la propagation de la COVID-19, en collaboration avec la magistrature et les cours municipales.

Nicky Cayer, attachée de presse de la ministre de la Justice, Me Sonia LeBel

Les lecteurs (trices) peuvent visiter le site internet de l’Association des avocats de la défense de Montréal pour consulter les communiqués des différents paliers de tribunaux et des intervenants de la justice, et connaître notamment les dates jusqu’auxquelles les dossiers non urgents ont été repoussés.

Un bronzage qui fait blêmir

Par ailleurs, La Presse a reçu des messages hier d’avocats de la défense inquiets de la présence au palais de justice de Montréal d’un de leurs collègues, Me Louis Peter Morena, revenu au pays jeudi, après un voyage en Argentine.

Le criminaliste a été vu, bien bronzé, arpentant les corridors et salles du palais de justice vendredi, lundi et mardi matin, malgré la directive de la santé publique de se placer volontairement en quarantaine, après un voyage à l’étranger.

Un juge de la Cour du Québec a même interpellé Me Morena à ce sujet en pleine salle d’audience mardi matin.

« Des avocats inquiets ont communiqué avec l’association pour se plaindre », a confirmé à La Presse Me Francis Le Borgne, membre du conseil d’administration de l’Association des avocats de la défense de Montréal.

« C’est inquiétant et inacceptable. Je rentre ce soir d’un pays où il n’y a aucun cas et je me placerai volontairement en quarantaine », nous a écrit Me Danièle Roy, criminaliste et ancienne présidente de l’Association des avocats de la défense.

« Je suis en bonne santé. Je croyais que c’était une suggestion de rester à la maison. Si d’autres ont compris cela d’une autre manière, je vais respecter la directive, c’est tout. Je ne veux pas déranger tout le monde », a dit Me Morena lorsque joint par La Presse.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à
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