Une entreprise de Mirabel, spécialisée en vols nolisés, est débordée depuis que le premier ministre Justin Trudeau a demandé aux Canadiens de rentrer au pays. Chez Nolinor aviation, lundi, le téléphone ne dérougissait pas.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

« On a eu beaucoup de demandes depuis vendredi dernier, de la part de gens pratiquement laissés à eux-mêmes qui font face à des fermetures imminentes de frontières. Et depuis la dernière heure, ça n’arrête pas », explique le président de l’entreprise, Marco Prudhomme.

« On a des gens pris au Mexique, en Floride, qui veulent revenir et qui ne sont pas capables d’acheter des billets […] Le Guatemala s’apprête à fermer sa frontière et on est en train de travailler pour aller chercher des élèves d’une commission scolaire », ajoute-t-il.

« On essaye de répondre à la demande du mieux qu’on peut. On a ajouté une quinzaine de vols au cours des derniers jours et on est en train de débloquer de la capacité », explique M. Prudhomme. Nolinor offre des vols sur Learjet 45 (8 passagers) ainsi que sur sa propre flotte de Boeing 737-200 (119 passagers).

La clientèle qui se tourne vers l’entreprise en dernier recours est variée : sociétés, organismes publics, particuliers qui se regroupent pour partager les frais. Lundi, trois petits groupes de deux à trois personnes se sont réunis pour noliser un vol en Learjet. Coût de l’opération : de 30 000 $ à 35 000 $ pour huit Québécois qui reviennent de Floride.

« Ce ne sont pas nécessairement des gens fortunés, ce sont juste des gens mal pris, qui réalisent que rester pris pour une période indéterminée à destination peut leur coûter les yeux de la tête », dit M. Prudhomme.

Coincés

« Rentrer chez nous ! C’est tout ce qu’on voudrait, mais on ne peut pas », lance le Montréalais Ian Yaworski, coincé au Maroc. Son copain Philippe Meunier et lui devaient rentrer jeudi, mais leur vol avec deux compagnies aériennes différentes a été annulé.

Le couple a travaillé trois semaines dans le milieu culturel en Espagne en février, puis il s’est accordé des vacances au Maroc. Des vacances qui viennent de prendre un virage inattendu. Et angoissant.

Tous les vols vers l’Amérique du Nord sont remplis. Pendant quelques instants, une compagnie locale a affiché des vols vers Paris, mais les sièges ont trouvé preneurs, à gros prix, en moins de 15 minutes.

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

Philippe Meunier

Notre premier ministre presse les Canadiens de revenir au pays, mais ce n’est simplement pas possible.

Philippe Meunier, Québécois coincé au Maroc

M. Meunier affirme par ailleurs que plusieurs Québécois sont dans la même situation que lui à l’aéroport de Casablanca. Un groupe Facebook de Canadiens tentant de quitter le pays du nord de l’Afrique a d’ailleurs été créé et compte plus de 155 membres.

Une pétition circule également sur l’internet afin de demander au gouvernement canadien « de mobiliser tous les moyens nécessaires pour organiser le rapatriement immédiat du plus grand nombre possible de Canadiens » coincés dans des pays étrangers. Un peu plus de 1000 personnes avaient signé la pétition, lundi soir.

Au Pérou, Xavier Berthiaume et sa copine ont quant à eux devancé leur vol de retour vers le Québec à samedi prochain, soit deux semaines plus tôt que prévu, quand ils ont entendu l’appel du premier ministre Justin Trudeau exhortant les Canadiens à rentrer au pays. Or, le couple est bloqué à Cuzco, ville en plein cœur des montagnes, car le pays a annoncé des mesures draconiennes comme la fin des déplacements et, surtout, la fermeture de ses frontières pour les 15 prochains jours.

« On n’est vraiment pas à l’endroit où l’on voudrait être. Tout ce qu’on voudrait, c’est de rentrer au pays. On n’a absolument aucune envie de rester enfermés dans une chambre d’hôtel pendant deux semaines », déclare le voyageur. « Il faudrait que le gouvernement canadien demande au Pérou de laisser les gens rentrer chez eux. »

Un vol à 8000 $

Roch Chiasson, lui, croise les doigts pour que sa fille Alexane ait pu attraper le vol qui devait la ramener de l’Australie vers le Canada, pendant la nuit. Samedi dernier, le père a vu le prix des billets d’avion en provenance de Sydney osciller d’un extrême à l’autre.

« Les prix montaient, montaient, montaient, ça n’avait pas de sens. Puis ça descendait et remontait. J’ai même vu un vol à 8000 $ qui passait par Vancouver. » M. Chiasson a payé pour un vol devant partir le mardi, mais celui-ci a été annulé la veille de son départ. Il ignore s’il sera remboursé. Il a racheté un autre billet pour un vol qui devait partir la nuit dernière.

« J’ai lu à certains endroits que je serais remboursé. Mais les numéros de téléphone ne fonctionnent pas. Personne ne répond ou ça dit carrément que le système est débordé. »

La journaliste retraitée de La Presse Michelle Ouimet devait pour sa part séjourner à Paris jusqu’à la fin du mois de mai. Son amoureux et elle tentent de revenir plus tôt, mais leurs démarches s’avèrent complexes.

Au téléphone, ils ont attendu près de deux heures, avant de lâcher prise, pour parler à un employé d’Air Transat. Puis, après qu’ils eurent rempli un formulaire en ligne, la compagnie aérienne leur a répondu qu’elle communiquerait avec eux peu avant la date prévue de leur départ, en mai.

« C’est facile si tu sors de l’argent », dit la journaliste, puisqu’il reste seulement quelques sièges, à fort prix, vers Montréal.

D’ailleurs, l’Europe doit décider ce mardi si elle ferme ses frontières aux voyageurs étrangers. Cette mesure doit être approuvée par les 27 chefs d’État de l’Union et elle serait en vigueur pendant 30 jours.