Une mère ayant deux enfants à la maison qui offre de travailler le soir et le week-end. Une personne âgée espérant lutter contre la désinformation au sujet de la COVID-19. Une infirmière nouvellement retraitée appelant son hôpital pour proposer de revenir y travailler.

Morgan Lowrie
La Presse canadienne

Il ne s’agit là que de trois personnes parmi les milliers d’infirmières, de médecins et d’autres travailleurs du secteur de la santé actuels et retraités de partout au pays qui ont répondu à l’appel de leur gouvernement, reportant leur départ à la retraite et risquant éventuellement de mettre leur propre sécurité en danger pour se joindre à la lutte contre la COVID-19.

Tandis que le nombre de cas augmente rapidement, ce qui fait craindre une surcharge du système de santé, certaines provinces ont commencé à contacter des médecins et des infirmières récemment retraités pour leur demander de retourner au travail si la pandémie s’aggrave. La réponse a été un « oui » retentissant.

Le Québec a mis en place une adresse courriel au cours du week-end afin de permettre à toute personne ayant une expérience des soins de santé et qui souhaite contribuer à l’effort contre la COVID-19 à envoyer un message.

La réponse enthousiaste a incité le premier ministre François Legault à lancer avec émotion qu’il est « fier d’être un Québécois » et, mardi, il a indiqué que 10 000 personnes avaient envoyé leur CV.

Pendant ce temps, la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec a déclaré mardi dans un tweet que son téléphone portable ne cessait pas de sonner alors que des membres offraient leur aide.

Dans la province voisine, en Ontario, l’Association des infirmières et infirmiers autorisés a demandé à des bénévoles d’aider à répondre aux appels à la ligne d’information Télésanté. Plus de 3000 infirmières autorisées se sont manifestées lundi après-midi. La présidente Doris Grinspun a déclaré que certaines avaient récemment pris leur retraite, tandis que d’autres enseignent ou travaillent à temps partiel.

Plus à l’ouest, le Collège des médecins et chirurgiens de la Colombie-Britannique a envoyé un courriel à des centaines de médecins qui ont quitté leur poste au cours des deux dernières années pour leur demander de renouveler leur permis. Les autorités régionales continuent de traiter les demandes, a déclaré lundi un porte-parole.

« Si je peux aider, je le ferai »

Pour Sylvie Geoffroy de Sherbrooke, la décision de proposer son aide a été facile. L’infirmière âgée de 59 ans a quitté son emploi en novembre, espérant prendre un moment de répit avant de chercher un travail moins stressant. Mais au cours du week-end, elle a appelé son ancien hôpital et s’est dite prête à rentrer prêter main-forte.

« Avec la situation actuelle, non, je ne les laisserai pas tomber, a-t-elle expliqué lors d’un entretien téléphonique. Si je peux aider, je le ferai. »

Mme Geoffroy a soutenu que les infirmières comprennent mieux que quiconque à quelle vitesse le virus peut se propager. Elle a dit avoir l’impression que le système de santé se préparait au combat.

« Comme je l’ai dit à mes sœurs, je leur ai dit que je me reposais avant d’aller au front, parce que c’est ce que je ressens », a-t-elle déclaré.

C’est une histoire similaire pour Charline Malette, âgée de 31 ans, qui a deux jeunes enfants à la maison. Mme Malette a quitté son emploi d’infirmière auxiliaire dans le secteur public il y a quelques mois, à la recherche d’un meilleur équilibre travail-famille. Mais maintenant, même avec les enfants en congé scolaire forcé, la femme de Gatineau a décidé d’offrir son temps libre.

« J’ai toujours voulu aider les gens, et avec tout ce qui se passait, j’allais certainement offrir mon aide », a-t-elle résumé.

Contrairement à Mmes Geoffroy et Malette, Marie-Reine Séguin est à la retraite depuis belle lurette.

Mais l’ancienne infirmière aujourd’hui âgée de 74 ans, qui a pris sa retraite en 2005, a également offert ses services, troublée par la désinformation et la panique qu’elle voit circuler dans sa municipalité de Mont-Tremblant, dans les Laurentides.

Bien qu’elle n’ait pas pratiqué depuis un certain temps et qu’elle reconnaît qu’elle ne peut pas travailler dans un hôpital en raison de son âge, Mme Séguin estime qu’elle est a toutes les qualifications nécessaires pour donner un coup de main du côté la ligne d’information Info-Santé du gouvernement du Québec, ayant fait partie de l’équipe d’origine qui l’a lancée « aux alentours de 1986 », a-t-elle dit.

Elle a raconté qu’elle a décidé de mettre la main à la pâte lorsqu’elle a vu des acheteurs paniqués se ruer sur du papier toilette et partager des informations « absurdes » sur le virus.

« Je veux faire ce que je peux, offrir ce que je peux, a-t-elle déclaré. En tout cas, je ne peux pas voyager », a-t-elle ajouté en riant.

Pressions sur le système de santé

Les trois femmes s’inquiètent des pressions que la COVID-19 exercera sur le système de santé déjà surchargé, où les travailleurs de santé se plaignent depuis longtemps des heures supplémentaires obligatoires et de ressources insuffisantes.

Mmes Séguin et Malette ont toutes deux affirmé que c’est en raison des conditions de travail difficiles qu’elles avaient quitté leur emploi. Mme Geoffroy, pour sa part, a dit qu’elle connaît trois infirmières qui sont déjà en congé étant donné qu’elles doivent s’isoler.

Bien que les professionnels de la santé soient impatients d’aller au combat, le processus ne sera pas nécessairement instantané. Ceux qui n’ont pas renouvelé leurs permis devront le faire, et même ceux qui ont des licences valides auront besoin d’une formation pour leurs nouvelles tâches. Certaines provinces, comme le Québec, sont en négociation pour couvrir les coûts du renouvellement des permis, a indiqué Mme Geoffroy.

Mmes Malette, Geoffroy et Séguin sont toujours en attente de savoir si le gouvernement du Québec retiendra leurs services, et elles sont impatientes d’être mises à contribution. C’est un sentiment qui est partagé en Ontario, selon Mme Grinspun.

« Ils sont maintenant plus de 3000 qui sont prêts à tout moment. En fait, ils se demandent : “Pourquoi ne m’appellent-ils pas ?” », a-t-elle lancé.