Après l’inquiétude et les mouvements de panique qui ont marqué les derniers jours, la population déserte en grand nombre les lieux publics et commerciaux. Une tournée effectuée samedi dans des endroits normalement très fréquentés le week-end nous a permis de constater que la COVID-19 fait fuir les foules.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Au magasin IKEA de Boucherville, la scène était particulièrement frappante. Des allées aérées s’offraient aux clients venus faire des achats. Vida Gatabi faisait partie de ceux-là en compagnie de trois membres de sa famille. Les quatre femmes portaient toutes des gants de caoutchouc. « On tenait à venir et on savait qu’on allait toucher à toutes sortes de choses, nous a-t-elle expliqué. On préfère ne pas prendre de risques. »

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Même s’ils ont osé se mélanger au public, plusieurs clients du IKEA nous ont confié être néanmoins rongés par l’inquiétude.

Un groupe d’employés, chargés de diriger les clients à l’entrée du magasin, se tournaient littéralement les pouces. « C’est vraiment très calme pour un samedi, nous a dit l’un d’eux. On n’a jamais vu ça. » Non loin d’eux, une employée s’affairait à désinfecter des dizaines de chariots. Une autre passait un linge humide sur les rampes d’escalier.

Même s’ils ont osé se mélanger au public, plusieurs clients nous ont confié être néanmoins rongés par l’inquiétude. « Je suis venue faire quelques achats, mais je fais extrêmement attention, a raconté Rose Brouillette, une résidante de Saint-Esprit. Je suis prudente dans tout. Ma belle-sœur vient d’arriver du Maroc. Nous allons attendre une quinzaine de jours avant d’aller la visiter. »

Au Costco du Carrefour de la Rive-Sud, l’ambiance n’avait rien à voir avec celle qu’on a connue plus tôt dans la semaine.

J’étais là vendredi et je peux vous dire que c’était la folie furieuse. Mais là, aujourd’hui, c’est complètement autre chose. J’ai rarement vu un samedi aussi calme.

Une employée, sous le couvert de l’anonymat

Malgré un plus petit nombre de clients, une grande activité continuait de régner dans la section du papier hygiénique, un produit devenu le curieux symbole de cette crise. Nous avons vu cet article dans la plupart des paniers des clients qui quittaient le magasin. Croisé dans le stationnement, un couple de Mont-Saint-Hilaire avait justement fait provision de ce produit tant prisé.

« Ce n’est pas pour nous, c’est pour notre fils, nous ont dit Louise Girard et Raymond Malette. Il travaille beaucoup et n’a pas le temps de magasiner. Nous sommes venus le ravitailler. »

Une ambiance à la Walking Dead

Les samedis sont normalement de grosses journées pour les marchands des Promenades St-Bruno. Mais cette semaine, quelques rares clients arpentaient les larges corridors de l’imposant centre commercial.

« Attendez, ce n’est rien, c’était pire vendredi, nous a dit Adrian, un employé du kiosque de téléphonie WOW !, en affichant des images tournées sur son téléphone. Regardez ça ! Il n’y avait pas un chat. On aurait dit la série The Walking Dead. C’était incroyable. »

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Les samedis sont normalement de grosses journées pour les marchands des Promenades St-Bruno. Mais cette semaine, quelques rares clients arpentaient les larges corridors de l’imposant centre commercial.

Adrian et ses deux collègues, Franky et Sandhu, commencent à vivre une certaine inquiétude. « C’est sûr, ça va être difficile pour nous, ont-ils dit. Une bonne partie de notre salaire est lié au pourcentage de nos ventes. Ce n’est pas avec des journées comme celle-là qu’on va vivre. »

À la boutique Reitmans, trois jeunes employées discutaient autour de la caisse. Il n’y avait aucune cliente dans le magasin. « C’est vraiment mort, a dit l’une des vendeuses. L’été, c’est très tranquille. Ben aujourd’hui, c’est pire que l’été. »

Tremblant ferme ses pistes

Les stations de ski subissent elles aussi les effets de la COVID-19. À Ski Saint-Bruno, c’était la désolation pour le propriétaire. « Je dirais que l’achalandage a chuté de 80 % aujourd’hui, nous a confié Michel Couture. Ça a commencé jeudi. Puis vendredi, il y a eu la pluie. Mais là, les conditions sont excellentes et les skieurs ne sont pas là. »

Mais c’est dans les Laurentides qu’est tombée la surprise du jour : en début de soirée, la station Tremblant a annoncé sur sa page Facebook sa fermeture, dès ce dimanche.

« Après mûre réflexion et délibération de notre devoir face à l’épidémie de COVID-19 (Coronavirus), et dans ce que nous croyons être dans le meilleur intérêt de nos invités, employés et communautés locales, Tremblant suspendra ses opérations à partir du dimanche matin, 15 mars, jusqu’à nouvel ordre. Toutes les activités de remontées mécaniques, de restauration et de vente au détail et de location seront fermées. »

Plus tôt en journée, à Ski Bromont, l’employée travaillant à l’accueil nous a dit qu’il y avait « moins de gens » que d’habitude. Malgré les mesures préventives adoptées par le centre, les skieurs ont été moins nombreux à profiter de la journée ensoleillée de samedi. Au Sommet Saint-Sauveur et au Mont Sutton, on a refusé de nous dire si les clients se faisaient moins nombreux depuis quelques jours, préférant nous adresser à l’Association des stations de ski du Québec (ASSQ).

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Outre les magasins et les lieux publics, les stations de ski subissent elles aussi les effets de la COVID-19.

Josée Cusson, directrice des communications de l’organisme, avait rappelé La Presse, samedi après-midi, après une réunion téléphonique « intense » avec les membres de l’ASSQ. « Il faut d’abord séparer le Québec en deux, a-t-elle tenu à préciser. Il y a les centres de l’Est et ceux du Sud-Ouest. Selon les conditions météo des derniers jours, la situation est différente entre ces deux zones. Mais il y a aussi, sans doute, l’impact de la COVID-19 », a-t-elle ajouté.