(Ottawa) Les ports canadiens ne permettront pas aux bateaux de croisière avec plus de 500 passagers à bord d’accoster dans les ports du Canada jusqu’au 1er juillet. Et il y aura bientôt moins d’aéroports pour accueillir les vols internationaux.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le ministre des Transports Marc Garneau, en a fait l’annonce en conférence de presse à Ottawa, vendredi, entouré de plusieurs ministres ainsi que de l’administratrice en chef de la santé publique, la Dre Theresa Tam.

Cette dernière a quant à elle annoncé une mise à jour des conseils aux voyageurs.

« Nous recommandons de reporter ou d’annuler tout voyage non essentiel à l’extérieur du Canada », a-t-elle indiqué. Elle a précisé qu’en date de vendredi, 157 Canadiens étaient atteints de la COVID-19, et que plus de 15 000 tests avaient été réalisés jusqu’à présent.

Les voyageurs qui reviennent de pays où la pandémie a frappé durement, comme l’Iran ou l’Italie, sont fortement invités à se placer en isolement pendant quatorze jours, a poursuivi la Dre Tam en conférence de presse.

Au Canada, un nombre plus limité d’aéroports pourront accueillir les vols en provenance de l’étranger, a par ailleurs déclaré le ministre Garneau. On ignore, pour l’heure, quels sont ces aéroports, et combien d’entre eux continueront à recevoir les vols internationaux.

« On est en train de discuter avec nos aéroports et nos lignes aériennes. Il y a certaines modalités qui doivent être mises en place, mais on le fait de telle façon qu’on va pouvoir mettre ça en place le plus rapidement possible, a-t-il argué. À ce moment-là, on pourra annoncer quels aéroports, et à partir de quand. »

Cette mesure permettra un contrôle plus serré dans les aéroports dont les tarmacs continueront à être fréquentés par les aéronefs en provenance de l’étranger. « Ça va concentrer les voyageurs venant d’autres pays dans certains aéroports où les ressources seront amplement en place pour s’occuper de ces passagers », a exposé le ministre Garneau.

Les États-Unis, qui ont fermé leur frontière aux passagers en provenance d’Europe, jugeront-ils cela suffisant ? « On prend nos décisions ici au Canada en se basant sur la science et ce qui est le plus sécuritaire pour les citoyens de notre pays », a-t-il offert.

La vice-première ministre Chrystia Freeland a tenu à compléter la réponse de son collègue en précisant que les relations canado-américaines étaient très cordiales. Pour preuve, « on a réussi à parler à tous les gens importants qui ont pris les décisions, et ça signifie qu’on a une discussion très ouverte, très proche, avec nos voisins américains », s’est-elle félicitée au micro.

Jeudi, la numéro deux du gouvernement libéral s’est entretenue le secrétaire d’État Mike Pompeo, tandis que le premier ministre Justin Trudeau a pour sa part échangé avec le président américain Donald Trump.

« Sauver des vies »

La ministre de la Santé, Patty Hajdu, a signalé que vu la situation dans laquelle plonge cette pandémie mondiale, chaque jour risquait d’apporter de nouvelles mesures, qui parfois viendront « perturber » le quotidien des citoyens, mais qui sont nécessaires.

Elle a ensuite interpellé directement les Canadiens, les exhortant à suivre les conseils de la santé publique, et de rester à la maison s’ils se sentent malades : « Les gestes que vous poserez dès aujourd’hui vont sauver des vies ».

Un autre coup dur pour le tourisme

L’interdiction des navires de croisières de plus de 500 personnes constitue un nouveau coup dur pour l’industrie touristique québécoise. Au port de Québec, le plus fréquenté par les croisiéristes au Québec, le passage de 18 navires est visé par l’interdiction, sur un total de 150 prévus en 2020 « Ça équivaut à 3 millions de dépenses en moins dans la région de Québec », calcule Mario Girard, président directeur général de l’administration portuaire de Québec. Mais une prolongation de l’interdiction à l’automne entraînerait des pertes très importantes. « Mai et juin ne sont pas de gros mois : le plus fort de la saison va de la mi-août et à la fin octobre. » Plus de 230 000 passagers ont fait escale à Québec l’an dernier.

L’annonce de Justin Trudeau privera aussi le port de Montéal du passage de sept navires de croisières totalisant 20 000 passagers. « On va suivre la situation de près et espérer que l’interdiction ne se prolongera pas : on accueille 70 % des passagers en septembre et en octobre, dit Yves Gilson, directeur du marketing du Port de Montréal. Si ça [l’interdiction] déborde en automne, cela aura un gros impact ». Et pas seulement pour le port, mais aussi les hôtels et les restaurants de Montréal : près de 3 passagers sur 4 qui embarquent ou débarquent à Montréal y restent 1 à 2 nuits avant le départ.

Trudeau assigné à résidence

Le premier ministre Justin Trudeau est en quarantaine préventive pour une période de 14 jours, après que sa femme Sophie Grégoire-Trudeau eut contracté la COVID-19. Elle avait commencé à ressentir des symptômes à son retour d’un déplacement à Londres, au Royaume-Uni.

En matinée, il a publié sur son compte Twitter une photo de lui au travail à la maison. L’image a été croquée par sa fille Ella-Grace, a plus tard précisé le photographe officiel de Justin Trudeau, Adam Scotti.

« Une journée occupée à travailler de la maison. Des rencontres avec mon cabinet, les premiers ministres des provinces et territoires, les dirigeants autochtones nationaux, et bien plus encore. Vous demeurez ma priorité. On se parle bientôt », a-t-il écrit.

La crise de la COVID-19 avait forcé l’annulation de la rencontre à laquelle il avait convié ses homologues provinciaux et territoriaux, jeudi et vendredi, à Ottawa.

L’accord de libre-échange ratifié

Avant de plier bagage, les députés ont par ailleurs adopté le projet de loi pour ratifier l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), et le Sénat devait emboîter le pas plus tard, vendredi.

Le Canada est le seul des trois signataires nord-américains à ne pas avoir encore ratifié l’accord commercial, pierre angulaire du programme commercial du président américain Donald Trump.

Cette ratification pourrait aider le Canada dans ses discussions avec les États-Unis, qui interdit maintenant d’entrée les ressortissants étrangers qui ont récemment visité l’Europe.

Certains craignent maintenant que cette mesure exerce une pression sur la frontière canado-américaine et menace le flux des échanges commerciaux entre les deux pays.

Une fois que le Sénat aura approuvé le projet de loi, il obtiendra la sanction royale de la gouverneure générale Julie Payette, ce qui devrait survenir dès vendredi, selon ce qu’a indiqué la vice-première ministre Chrystia Freeland.

– Avec Violaine Ballivy, La Presse

– Avec La Presse canadienne