La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) va plus loin que la directive du gouvernement : elle recommande à ses membres de se placer en isolement volontaire s’ils sont revenus de l’étranger depuis la semaine de relâche — et non pas juste à ceux qui reviendront au cours des prochains jours ou semaines. Pas question de contaminer les patients, a martelé vendredi la présidente de la FMSQ, Diane Francœur.

Stéphanie Marin
La Presse canadienne

Jeudi, le premier ministre François Legault a imposé l’isolement obligatoire de 14 jours pour tous les employés de la fonction publique et le personnel de la santé qui, à compter du 12 mars, reviennent de l’étranger.

Si cette décision s’applique à tous les employés de l’État, ceux-ci ne présentent pas tous le même risque, juge Mme Francœur : un comptable qui travaille pour le ministère des Transports ne pose pas le même risque qu’un médecin qui travaille avec des patients « malades ou très malades ».

« Nous, on doit prendre des décisions qui tendent vers le risque zéro », a-t-elle déclaré en entrevue avec La Presse canadienne, vendredi.

C’est pour cela que la FMSQ a augmenté la directive gouvernementale d’un cran : l’isolement pour les médecins spécialistes doit commencer à partir du moment où ils rentrent au pays, donc, pour plusieurs d’entre eux, cela signifie depuis samedi ou dimanche, lorsqu’ils sont revenus de leurs vacances de la semaine de relâche.

« Nous, on est allés un peu plus loin », dit-elle : on ne peut pas se permettre que des médecins spécialistes puissent contaminer des patients malades.

Mme Francœur soutient que cette décision est basée sur « des évidences scientifiques » : on ne peut pas dire aux médecins revenus de l’étranger mercredi qu’ils ne sont pas dangereux et à ceux qui sont revenus jeudi qu’ils le sont, dit-elle.

« Les virus, ça ne regarde pas le calendrier. »

Mais ces professionnels en isolement ne « seront pas assis devant leur télévision », a-t-elle souligné. Certains peuvent continuer à travailler à distance en faisant de la téléconsultation, par exemple. Bien sûr, cela ne sera pas possible pour toutes les spécialités, reconnaît-elle : un accouchement ne se fera pas à distance.

De plus, la FMSQ a proposé au gouvernement les services de ses médecins « en quarantaine » pour épauler les infirmières d’Info-Santé (depuis devenue la ligne coronavirus 1 877 644-4545) qui répondent au téléphone et dirigent au besoin les patients vers les cliniques de dépistage désignées COVID-19. Les lignes étaient débordées au cours des derniers jours et les médecins spécialistes ont déjà toute la formation requise pour ce travail et donner un bon coup de main, dit-elle.

« On est dans une situation de pandémie, insiste-t-elle. Et il y a une job à faire : il faut protéger la population. »

Le gouvernement du Québec peut-il sévir contre ses médecins spécialistes ? Il serait mal avisé de dire : « vous avez manqué à vos obligations professionnelles » quand il a lui-même demandé aux travailleurs de la santé qui rentrent de l’étranger de ne pas aller au travail, juge la présidente : « Il faut être conséquent ».

Elle reconnaît que cette décision pourrait causer un manque de spécialistes à certains endroits. Mais la Fédération a l’habitude d’envoyer des médecins combler des besoins dans d’autres régions. « S’il manque de spécialistes (à un endroit), on va s’arranger. »

Pour l’instant, dit-elle, il n’y a pas signaux de fumée indiquant qu’il manque de médecins spécialistes dans une région.