Anabelle Nicoud LA PRESSE

Les joues rougies par le froid, emmitouflée dans un gros manteau d'hiver, Sandrine Kiberlain ne le cache pas aux journalistes: c'est grâce à son personnage, Romaine, que la comédienne a appris à patiner. Qu'elle ressemble, de son propre aveu, à Bambi sur ses patins ne fait qu'ajouter en authenticité à son personnage, une Française échouée au Québec par hasard.

Dans Romaine par moins 30, une comédie signée Agnès Obadia, Sandrine Kiberlain joue une jeune femme dont les maladresses prêtent à rire. Le couple formé par Romaine et son compagnon Justin (Pascal Elbé) implose lors d'un vol entre Paris et Montréal. À la sortie de l'aéroport, Romaine, perdue dans Montréal, ira jusqu'en Abitibi chercher le bonheur.

«Romaine se retrouve seule. Mais il y a toujours ce fil conducteur qui est Justin, a expliqué Sandrine Kiberlain lors d'une conférence de presse organisée hier. La façon dont Agnès tourne et écrit donne quelque chose d'atypique, de drôle. Romaine est elle-même une fille atypique.»

Le personnage de Romaine

Cela fait longtemps que Romaine existe. Agnès Obadia, comédienne, scénariste et réalisatrice a déjà tourné les aventures de cette jeune femme hors normes dans un court métrage puis un long en 1997: Romaine. Cette fois-ci, elle a confié son personnage à Sandrine Kiberlain, vue chez Miller (Betty Fischer), Rappeneau (Cyrano de Bergerac) et Laëtitia Masson (En avoir ou pas).

«Je trimbale ce personnage depuis un moment, explique-t-elle. Quand je suis arrivée ici (pendant la crise du verglas en 1998), j'ai eu envie de perdre ce personnage dans la neige. J'ai vu la manière dont les gens s'entraidaient dans ce moment. Je trouvais ça magique, je me suis dit que c'était assez chouette.»

Larguée en plein hiver mont-réalais, Romaine rencontre des personnages assez colorés, interprétés par Élina Löwesohn (Un long dimanche de fiançailles), Louis Morissette (C.A.), Maxim Roy (Histoire de famille) ou encore Pierre-Luc Brillant (Borderline). «Ça crée des situations comiques, avec des personnages décalés. Ce qui m'intéresse, c'est de perdre Romaine, de l'amener dans un monde désorganisé», dit la réalisatrice.

C'est la première fois que Louis Morissette travaille, pendant plusieurs jours, sur des textes qui ne sont pas de son cru. «Je ne suis pas l'auteur, je suis juste l'acteur: c'est une autre dynamique que j'ai bien appréciée», explique-t-il. Le défi était cette fois de taille puisqu'il s'agissait d'interpréter l'homme qui séduit (un peu) Romaine.

«Au début, j'avais quelques craintes. Je me disais, Sandrine est une grosse pointure, et on va devoir jouer des scènes d'intimité. Si tu ne t'entends pas avec la comédienne, la journée peut être très longue dans ces cas», dit-il. Louis Morissette ne s'est pas privé de faire, comme à son habitude, «des niaiseries». «La seule différence (avec les Français), c'est qu'il faut que j'ar-ti-cule et que je parle len-te-ment», rit Louis Morissette.

Pierre-Luc Brillant, qui a déjà tourné avec le Français d'origine Noël Mitrani, constate quant à lui une différence dans le rapport avec le réalisateur. Les Français «aiment les jeux plats, sans aucune aspérité. Les acteurs québécois sont beaucoup plus théâtraux», note-t-il.

Avec Romaine par moins 30, le comédien français Pascal Elbé (Père et fils) s'offre un nouveau voyage dans cette province qu'il affectionne tant. «J'aime être ici, j'ai 15 ans ici, j'aime le cinéma québécois, ça me ressource». Propriétaire d'un appartement à Montréal, Pascal Elbé espère bien pouvoir venir tourner un jour son propre film au Québec.

Le Québec, justement, devrait être représenté de façon assez réaliste dans Romaine par moins 30. Louis Bélanger (Gaz Bar Blues) a prêté main-forte à Agnès Obadia pour l'adaptation du scénario, qui a été faite l'hiver dernier. Romaine par mois 30 est une coproduction entre la France et le Canada. Le film prendra l'affiche ici à Noël.