Rébecca Frasquet AGENCE FRANCE-PRESSE

«C'est un seigneur, et un jeune homme, Clint Eastwood» qui retente sa chance en compétition pour la Palme d'or au 61e Festival de Cannes, cinq ans après être reparti bredouille avec le beau Mystic River, affirme dans un entretien à l'AFP, le délégué général Thierry Frémaux.

Q : Y a-t-il des régions dont l'offre de films était riche cette année?

R : L'Amérique latine, Argentine, Brésil et Mexique, confirme sa vitalité et les États-Unis sont en pleine santé, comme en 2007. L'Europe fait une proposition morcelée avec le retour de l'Italie, absente l'an dernier. Enfin, la surprise est venue de pays asiatiques peu habitués à la sélection cannoise tels que Singapour ou les Philippines.

Q : Clint Eastwood retourne en compétition malgré l'accueil difficile reçu par Mystic River en 2003, a-t-il été compliqué de le faire revenir?

R : Non. C'est même lui qui nous a fait signe à la mi-avril. Et c'est lui qui a demandé à être en compétition, avec le risque d'être absent au palmarès. C'est un seigneur, et un jeune homme, Clint Eastwood.

Q : Les blockbusters tels qu'Indiana Jones 4 ont-ils leur place à Cannes?

R : Oui. Un film est un film. C'est parce qu'il n'y a pas de «sur-film» qu'il n'y a pas de «sous-film». L'événementialité et le glamour font partie de l'histoire de Cannes autant que le cinéma d'auteur avec un principe intangible: une grosse production américaine côtoie sur la Croisette un jeune réalisateur philippin. Les films se protègent entre eux. Par ailleurs, ce blockbuster est réalisé par Steven Spieberg, l'un des grands réalisateurs de son temps.

Q : Vous avez la réputation de choisir les films bien plus tard que Gilles Jacob, pourquoi attendre le dernier moment?

R : Pour obtenir la meilleure sélection possible! Avec les années, les méthodes ont changé et l'ère de la post-production numérique a bouleversé la donne. Il faut être dans l'extrême réactivité et le sang froid. Avoir attendu nous permet de présenter Clint Eastwood, Steven Soderbergh, Charlie Kaufmann, James Gray, Walter Salles, Lucrecia Martel. Ce n'est que quelques heures avant une annonce elle-même reculée d'une semaine que les confirmations nous sont parvenues. Gilles Jacob procèderait aujourd'hui exactement comme moi.

Q : Tous les films seront-ils projetés dans leur version définitive, et avez-vous pressé certains auteurs de terminer pour être à Cannes?

R : Comme chaque année, la préparation du Festival est une course contre le temps. Nous voyons rarement les films terminés, le montage est incomplet, la musique provisoire, le son précaire, le tout sans trucages ni générique mais avec la sélection, tout s'accélère. Et tous les films seront prêts.

Q : La concurrence pour les films est-elle rude, avec les autres festivals?

R : Chaque festival essaie de présenter la meilleure sélection possible. Berlin est avant Cannes, Venise est après. Et il y a aussi Sundance, Locarno, San Sebastian, Toronto, Rotterdam, Rome. Lesquels se font beaucoup plus concurrence entre eux car certains producteurs jouent de cette offre abondante. Mais Cannes reste à part. Nous recevons 1700 films, nous avons bien assez pour présenter une sélection.

Q : Y a-t-il émulation ou concurrence frontale entre sélection officielle et sections parallèles, Semaine de la Critique et Quinzaine des réalisateurs?

R : Les sections parallèles complètent la sélection officielle. Il arrive souvent que des cinéastes s'y soient distingués avant d'arriver en compétition: à leurs débuts, Wong Kar-wai ou Guillermo del Toro sont par exemple allés à la Semaine de la Critique. Vu de l'étranger, tout ça c'est Cannes. Si les sections parallèles s'installaient ailleurs et en plein hiver, leur pouvoir d'attraction serait diminué.