Sonia Sarfati LA PRESSE

Un homme et une femme dans une maison. Trois étrangers masqués à l'extérieur. Qui veulent du mal au jeune couple. Apparemment sans raison. Explorations des pourquoi et des qui de The Strangers.

Bryan Bertino est né au Texas. Maison au milieu de nulle part. Un soir, ses parents sont sortis, le laissant seul avec sa jeune soeur. La nuit était tombée quand quelqu'un a cogné à la porte. La fillette a répondu. Une voix a demandé si untel demeurait là. Non. Départ de l'inconnu. Le lendemain, la nouvelle a fait le tour de la ville. Des étrangers étaient allés de maison en maison, cambriolant celles où personne n'avait répondu.

«J'avais une douzaine d'années. Je venais de lire Helter Skelter, qui raconte les meurtres commis par la «famille» Manson», fait le réalisateur et scénariste Bryan Bertino, 30 ans et l'air d'en avoir 10 de moins. «L'origine de The Strangers se trouve là.» Dans l'idée de ce qui aurait pu se passer si l'inverse s'était produit, si les étrangers avaient cherché des maisons où il y avait quelqu'un. Et dans la violence commise sans motif, au hasard, faisant pour victimes des gens qui se seraient trouvés au mauvais endroit, au mauvais moment.

The Strangers, c'est ça. Un couple, Kristen et James (Liv Tyler et Scott Speedman), arrive dans une maison de campagne. C'est le milieu de la nuit. Bientôt, une femme frappe à la porte. «Tamara est là?» Il n'y a pas de Tamara à l'intérieur. Il y a par contre d'autres inconnus à l'extérieur. Une deuxième femme. Un homme. Masqués. Qui vont terrifier, et plus, les deux jeunes gens.

Une nouvelle version de Funny Games de Michael Haneke? Pas vraiment: «Dans The Strangers, la peur est provoquée par ce qui est à l'extérieur des portes. Dans Funny Games, Haneke amène les tueurs dans la maison, les victimes et les spectateurs sont avec eux. Tout est dans la différence de point de vue», explique le réalisateur au sourire facile mais qui possède une part d'ombre, comme le prouvent les deux prénoms tatoués sur ses avant-bras: celui de sa mère et celui de son frère. «Ils sont morts. C'est ma manière de me souvenir d'eux tous les jours.»

Bref, il y tenait, au point de vue de The Strangers. Heureusement pour lui, les producteurs du film aussi. Au cours des deux années où le scénario a été «dormant», le jeune auteur a reçu des coups de fil du studio. Que voulait-il dire par là? Que pensait-il de cela? «Et puis, un jour, une rencontre de 45 minutes est devenue une réunion de deux heures et demie. À la fin, on m'a demandé si je n'avais pas envie de réaliser le film», fait celui qui carbure aux films d'horreur des années 70.

Un conte de fées pour accoucher d'une histoire d'horreur. Pas mal, non? D'autant plus que le rêve s'est poursuivi au moment du casting. Bryan Bertino désirait, dans les rôles principaux, des acteurs «accessibles», dont les gens se sentent proches. Il désirait aussi des comédiens qui ne soient pas identifiés au genre «horreur». Bref, il voulait Liv Tyler et Scott Speedman. Qui ont accepté l'invitation dès la lecture du scénario. «C'est très très bien écrit, affirme la comédienne. Et puis, ça me permet de revisiter un genre dont j'étais très friande quand j'étais très jeune. J'étais obsédée par ces films-là.»

Pas un problème pour elle, donc, que de faire les devoirs que le réalisateur a donnés à ses troupes: revoir Rosemay's Baby, The Texas Chainsaw Massacre (l'original) et le premier Halloween pour se mettre dans le bain... qui n'est pas que de sang. En fait, The Strangers donne plus dans la terreur psychologique que dans l'horreur graphique. «Et c'est ce qui a fait la principale difficulté du tournage, note Scott Speedman. Maintenir ce niveau de peur pendant des heures et des heures.»

Avec, en guise d'adversaires, deux femmes et un homme masqués. Dollface, Pin-Up Girl et The Man in the Mask. Ainsi nommés par le réalisateur en fonction des masques qui camouflent leurs visages et qui auraient pu être achetés à la pharmacie du coin. Toujours, tout le temps, ce sentiment de proximité. Qui prend le spectateur à la gorge. Derrière ces masques, de vrais acteurs. «Je ne voulais pas de cascadeurs ou de doublures. Il me fallait des comédiens qui apportent quelque chose aux personnages, même si on ne voit pas leur visage et qu'ils ne parlent à peu près pas. Gemma Ward, Laura Margolis et Kip Weeks parviennent à faire ça.»

Ce n'est pas un voeu pieux d'un jeune réalisateur. Ça fonctionne. Mieux vaut ne pas être frileux pour rencontrer ces Strangers: ils donnent froid dans le dos.