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Des disciples de Marc Lépine font fuir un réalisateur

Photo tirée de l'affiche du film La domination...

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Photo tirée de l'affiche du film La domination masculine.

Invité par les RIDM à présenter La domination masculine, un documentaire pour lequel il a notamment interviewé plusieurs masculinistes québécois, le réalisateur belge Patric Jean a choisi d'annuler son voyage au Québec, a-t-on appris hier.

«Les raisons, elles sont très simples: depuis quelques semaines, on parle de mon film sur des blogues masculinistes. C'est normal, si ce n'est qu'on commence aussi à parler de milices armées. Les auteurs parlent apparemment à mots couverts de ce qui pourrait m'arriver si je venais ici», nous a-t-il expliqué.

L'un des blogues porte le nom de Marc Lépine. Il se présente comme un site de réflexion, mais certaines entrées n'hésitent pas à glorifier le tueur de Polytechnique. On peut y lire que le 6 décembre est le jour de la «Saint-Marc» («St-Marc's Day»): «Ce jour a été établi pour le souvenir de la première contre-attaque contre les féminazies (sic) dans la guerre contre les hommes», écrit l'auteur du blogue.

«Tout est possible: ces types sont suicidaires, ils se comparent à Marc Lépine et il y a des appels au passage à l'acte», croit Patric Jean qui se dit aussi «inquiet» pour le Québec actuellement. «J'espère me tromper, mais je ne serais pas surpris de voir quelque chose de grave arriver.»

La Sûreté du Québec n'a pas souhaité commenter ce cas. «On surveille le cyberespace. Si on voit qu'une infraction criminelle est commise, c'est certain qu'on va agir», a expliqué son porte-parole, Grégory Gomez Del Prado. Du côté des RIDM, on se dit certain que la projection suivie d'un débat via Skype avec le réalisateur se passera bien, même si un surplus de sécurité a été prévu.

Trois mois de tournage

La domination masculine a été en partie tourné en France et en Belgique, mais aussi au Québec.

«Vous avez 20 ans d'avance ici, par exemple sur des questions comme la violence conjugale. Il y a des choses exemplaires au Québec et la place des femmes dans la société fait que la réaction est plus violente, plus visible», explique Patric Jean, en référence aux masculinistes.

Le réalisateur, bien connu en France pour ses précédents films La raison du plus fort et D'un mur à l'autre, s'est donc fait passer, auprès de masculinistes québécois joints sur l'internet, pour l'un des leurs. Il leur a proposé d'expliquer leurs idées face à la caméra pour diffuser ensuite leurs propos auprès de masculinistes européens. Le tournage s'est étendu sur trois mois.

Parmi ces interviewés on retrouve, selon Jean, les thématiques chères aux masculinistes: le discours essentialiste selon lequel les pulsions biologiques des hommes ne peuvent être contraintes; la justification de la pédophilie, voire l'idée selon laquelle la pédophilie est un complot de la mère pour exclure le père de la famille.

«Il y a de tout parmi les masculinistes, dit le cinéaste, mais ce sont souvent des hommes quittés par une femme, qui n'ont pas accepté la rupture. Ils sont misogynes, à droite, un peu racistes, un peu homophobes. Ils ont tous un même profil psychologique: ils ont l'impression qu'ils n'occupent pas la place qu'ils devraient avoir dans la société. Au lieu de s'en prendre à leurs limites, ils s'en prennent aux femmes.»

Dans le film, l'un d'entre eux soutient qu'il faut «permettre à l'homme d'adapter l'environnement à eux et de dire aux femmes: adaptez-vous». Un autre s'étonne encore du libre choix des femmes à disposer de leur corps. Enfin, l'idée selon laquelle ce sont les hommes les premières victimes des violences conjugales est aussi défendue.

Le film évoque aussi le cas de personnalités européennes, parmi lesquelles Eric Zemmour, auteur d'un livre intitulé Le premier sexe. Patric Jean estime toutefois qu'il est très difficile de déterminer le nombre d'hommes appartenant à ces nébuleuses.

«J'ai envie de dire que leur idéologie est partagée partout: allez dans n'importe quel bistrot du coin et vous entendrez des choses comme «les femmes ne savent pas conduire». Mais les masculinistes font de leur misogynie un combat politique», poursuit-il.

Plus que les spécificités de la société québécoise, La domination masculine dénonce tous les stéréotypes sexuels encore à l'oeuvre dans les sociétés occidentales.

- Avec la collaboration de Caroline Touzin

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La domination masculine est présenté ce soir, à 20 h, au Cinéma ONF. La projection est suivie d'une période de questions. Le film sortira le 25 novembre en France.




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