Grâce à l'équipe derrière les deux courts métrages québécois en lice, Marguerite de Marianne Farley et Fauve de Jérémy Comte, notre journaliste a pu obtenir l'une des places très convoitées à l'intérieur du Dolby Theatre. Voici, en images et en textes, la journée des Québécois aux Oscars.

VÉRONIQUE LAUZON LA PRESSE

Midi

«Je n'aurais jamais cru qu'il y avait autant de travail à faire pour être nommée aux Oscars...», dit Marianne Farley. Elle explique que, depuis septembre dernier, son équipe a travaillé fort pour que Marguerite se taille une place à la cérémonie. «Et je le vois, une nomination aux Oscars, ça change une carrière. Je le vois, il y a déjà une ouverture aux États-Unis que je n'avais pas avant», dit Marianne Farley, qui travaille actuellement sur son premier long métrage. Toute la semaine, elle a couru les évènements pré-Oscars. «Ça m'a préparée tranquillement à ce soir. Parce que c'est tellement gros, les Oscars! Ça peut faire peur! Mais plus la semaine avançait, plus je me disais que j'allais finalement être capable de faire le tapis rouge à côté d'Angelina Jolie!»

14 h

L'équipe des Québécois débarque de ses limousines, devant le Dolby Theatre. «C'est complètement fou! C'est un rêve de ti-cul pour nous tous», résume Jean-Christophe J. Lamontagne, distributeur des deux courts métrages québécois nommés. Ils auraient pu arriver à pied, mais comme il le dit: «Ça va peut-être juste nous arriver une fois d'être aux Oscars, alors on fait ça en limousine, avec du champagne!» Tous les nommés, de toutes les catégories, ont l'occasion de faire le même trajet sur le tapis rouge. Pas de sous-catégorie ici! L'Académie a averti l'équipe que ça devrait leur prendre une heure pour traverser le tapis rouge le plus convoité du milieu du cinéma.

14 h 30

En tout et partout, le tapis rouge dure trois heures. Oui, trois heures! Plus long que la majorité des films nommés. C'est dans la dernière heure que les stars internationales se pointent surtout le bout du nez. Ceux qui ne sont pas sélectionnés mais qui ont tout de même un billet foulent le même tapis rouge, mais séparés des nommés par des cordons. Le réalisateur Jérémy Comte est très nerveux. Son film a gagné plus de 70 prix et il a été présenté dans plus de 130 festivals. Il sait qu'il a des chances de l'emporter. «Être ici, c'est rentrer dans un monde exclusif», dit le réalisateur.

14 h 45

Trois des cinq films nommés dans la catégorie du meilleur court métrage d'animation sont réalisés par des Canadiens. Bao de Domi Shi, Weekends de Trevor Jimenez et Animal Behaviour d'Alison Snowden et David Fine. D'après ce dernier, les Canadiens ont acquis une expertise en film d'animation grâce à l'Office national du film (ONF). D'ailleurs, avec leur film, l'ONF a célébré sa 75e sélection aux Oscars. Le couple de Vancouver foule le tapis rouge 24 ans après avoir remporté son premier Oscar pour le court métrage d'animation Bob's Birthday. «Lorsque tu gagnes un Oscar, ça te permet d'avoir plus d'attention sur toi, et c'est plus facile de faire d'autres projets. Mais il ne faut pas oublier que les occasions viennent avec de bonnes idées. Ce n'est pas parce que tu as un Oscar que c'est terminé et que tu peux juste attendre les offres», a dit Alison Snowden, qui portait la même robe que lorsqu'elle a gagné il y a près d'un quart de siècle.

Photo fournie par les productions

Marie-Hélène Panisset, productrice de Marguerite, et Jean-Christophe J. Lamontagne, distributeur des deux courts métrages.

16 h

Vous pensez que les Oscars ne sont pas hip? Vous vous trompez! Aussitôt passé le tapis rouge, le champagne coule à flots et des DJ jouent du Beyoncé et du Drake bien fort. Bienvenue aux Oscars! Tout près de Tina Fey, d'Amy Poehler et de Maya Rudolph, nous retrouvons nos Québécois, accompagnés des membres de leur famille et de plusieurs des artisans des deux films. Il y a de la fébrilité dans l'air! Marianne Farley est avec sa productrice Marie-Hélène Panisset. Cette dernière n'en revient pas d'être ici: «En novembre, mon fils de 11 ans m'a demandé si je pensais un jour me rendre aux Oscars et je lui ai dit que c'était impossible.» Une voix de plus en plus exaspérée ordonne aux gens de prendre place dans le théâtre. «Right now!», répète-t-elle, un peu dans le vide. Que le spectacle commence!

18 h

Dans le théâtre, nos Québécois sont séparés en petits groupes; il y en a au troisième balcon et d'autres au parterre. Pour ces derniers, c'est à la dernière minute qu'ils ont appris où ils seraient assis précisément. Mais peu importe où nous nous trouvons dans la salle, l'énergie est dans le tapis! Ça hurle pour chaque gagnant et ça rit très fort aux blagues des présentateurs. Le fait que ce ne soit jamais le même animateur crée d'ailleurs un effet de surprise très apprécié dans la salle. Contrairement à ce que nous vivons (souvent) en regardant l'événement sur notre téléviseur, la cérémonie passe à la vitesse de l'éclair.

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

L'équipe des Québécois débarque de ses limousines, devant le Dolby Theatre.

19 h 15

Et que se passe-t-il pendant les pauses publicitaires? Les gens parlent, mangent du salé et du sucré (que les nutritionnistes n'approuveraient pas) et boivent de l'alcool. Tout est gratuit, c'est Oscar qui offre! Il faut toutefois ajouter qu'au troisième balcon (où nous nous trouvons), il n'y a pas la pression d'être filmé, croustilles entre les dents. En fait, on se sent presque dans un stade au Super Bowl, un peu mieux habillé quand même... Les gens sont au bout de leur chaise et ils attendent les bons coups, que leurs équipes gagnent, etc. Le spectacle de la mi-temps est clairement le duo de Lady Gaga et Bradley Cooper. D'ailleurs, pendant la pause qui suit leur prestation, ils reviennent dans la salle en passant par la scène. Spontanément, le public recommence à les applaudir chaudement et longuement. Les deux acteurs sont fiers et ne le cachent pas.

Photo Véronique Lauzon, La Presse

20 h 30

Nos nommés n'ont pas gagné. Et, allez savoir pourquoi, il y a eu un changement dans l'ordre des catégories qui était indiqué au programme. Ça faisait déjà 15 minutes que des membres de l'équipe de Marguerite assis aussi au troisième balcon (Mathieu Bélanger, Julie Rouleau et Benoît Beaulieu) étaient nerveux comme ce n'est pas possible, parce que leur catégorie approchait. Et puis, elle n'est pas arrivée. D'autres catégories ont été présentées, et l'attente est un peu devenue insupportable. Finalement, lorsque ce fut leur tour, c'est un autre court métrage qui a été nommé vainqueur. Le hasard a fait qu'une partie de l'équipe de Skin était près de nous. Ça criait de bonheur... et c'était difficile de ne pas se dire que ç'aurait pu être «nous». Par texto, Jean-Christophe J. Lamontagne nous a écrit: «C'est sûr qu'on aurait préféré un autre résultat, mais au final, deux films québécois étaient en nomination aux Oscars. La victoire est réelle et le combat loin d'être terminé.» Après la victoire de Green Book, le rideau est tombé. Peu importe qu'ils soient perdants ou gagnants, ces cinéphiles sortent lentement du théâtre pour reprendre place dans leur limousine. Tout le monde semble se connaître ici. On dirait presque «un petit milieu». Un beau milieu. Nos Québécois, comme la majorité des personnes, vont à une fête. C'est l'heure du champagne et de célébrer en l'honneur du cinéma.

Photo Véronique Lauzon, La Presse