(Los Angeles) Étant l’un des producteurs principaux de The Power of the Dog, Roger Frappier pourrait monter sur la scène du Dolby Theatre dimanche si le long métrage de Jane Campion remportait l’Oscar du meilleur film. Mais quoi qu’il arrive, le producteur québécois est déjà comblé.

Publié le 26 mars
Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Alors que la course aux Oscars prend fin, Roger Frappier ne pourrait se sentir mieux. À la tête de l’équipe de production de The Power of the Dog, cité 12 fois (soit plus que n’importe quel autre long métrage), le producteur se fait philosophe en gardant à l’esprit que le voyage est aussi beau et important que l’arrivée.

« Bien sûr, ce serait le fun de gagner, mais en même temps, je suis convaincu que si jamais ce n’est pas le cas, la déception ne durera que cinq minutes. Elle sera profonde, mais de courte durée », a déclaré à La Presse celui qui a déjà fréquenté les Oscars à l’époque du Déclin de l’empire américain et de Jésus de Montréal, œuvres de Denys Arcand toutes deux finalistes dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère.

Tournure vertigineuse

Le plus récent « voyage » de Roger Frappier a commencé il y a 10 ans dans un hôtel à Paris. Pour tromper l’insomnie, il avait lu un bouquin de la collection 10/18, dont il ne savait strictement rien. Quelques heures plus tard, à la fin de la lecture, le coup de foudre pour Le pouvoir du chien, roman que Thomas Savage a publié en 1967, fut si grand qu’en son for intérieur, le producteur québécois était déjà animé d’une intime conviction : lui seul porterait un jour le projet de transposer ce livre au grand écran.

PHOTO FOURNIE PAR NETFLIX

Benedict Cumberbatch dans The Power of the Dog. Le film de Jane Campion est cité 12 fois aux Oscars.

Depuis le lancement de l’adaptation cinématographique qu’en a faite Jane Campion, en septembre l’an dernier, le voyage n’aurait pu prendre une tournure plus vertigineuse.

« Ça fait sept mois que nous sommes sur la route, rappelle-t-il. Après Venise, nous sommes allés à Telluride, Toronto, Montréal, New York, Londres, Paris, Lyon, Los Angeles. Partout, le film a été superbement accueilli. The Power of the Dog est le long métrage le plus nommé sur la planète cette année, et Jane a gagné tous les prix offerts en réalisation. Alors peu importe ce qui arrive dimanche, ce ne sera pas la fin, mais un aboutissement. »

Concurrent inattendu

De grand favori quasi imbattable qu’il était au début de la saison des récompenses, The Power of the Dog se fait maintenant chauffer par un candidat plus inattendu. Et pourrait bien finalement se faire damer le pion dans la dernière ligne droite.

« C’est clair que CODA a effectué une remontée, reconnaît le producteur. Au début, on pensait pourtant que Belfast serait notre principal concurrent. J’entends dire que King Richard aurait peut-être aussi des chances. Comme le système de votation pour la catégorie du meilleur film est préférentiel, il se pourrait que The Power of the Dog soit choisi à la première position par le plus grand nombre de votants, mais qu’un autre film ressorte quand même gagnant, selon les ordres de classement des autres.

Si le vote était nominal comme dans toutes les autres catégories, je crois que nos chances seraient excellentes. Mais là, tout est ouvert, et on ne peut rien prédire. Les jeux sont faits, rien ne va plus !

Roger Frappier

Rappelons à cet égard que les membres de l’Académie – ils sont plus de 9000 à pouvoir exercer leur droit de vote – doivent dresser la liste des 10 films finalistes par ordre de préférence, alors qu’ils votent simplement pour leur candidat favori dans les autres catégories.

Quelque chose d’extraordinaire

Installé à Los Angeles depuis deux mois, Roger Frappier a pu assister à de nombreuses réceptions et a été témoin de panels ayant pris la forme de véritables classes de maître. La rencontre organisée par la Directors Guild of America (DGA) avec les cinq cinéastes finalistes pour le DGA Award – Jane Campion, Paul Thomas Anderson, Kenneth Branagh, Steven Spielberg et Denis Villeneuve – restera pour lui un grand souvenir.

PHOTO JORDAN STRAUSS, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Jane Campion et Roger Frappier lors de la cérémonie des Critics Choice Awards, le 13 mars dernier.

« Une chose extraordinaire s’est passée depuis que je suis ici : l’amitié et la camaraderie entre les producteurs, fait-il valoir. Nous vivons pratiquement ensemble depuis deux mois. Il n’y a plus de compétition féroce entre nous, étant donné la façon dont on se côtoie dans toutes les réceptions, qui ont lieu pratiquement tous les jours, tous les soirs et toutes les fins de semaine. »

N’ayant jamais pu imaginer pouvoir vivre un jour le genre de campagne internationale orchestrée pour The Power of the Dog, Roger Frappier voit en cette aventure exaltante le couronnement d’une carrière.

« Il est certain que je vois maintenant le cinéma et ma façon de travailler sur un autre niveau. Comme mes trois derniers projets ont été refusés au Québec, le fait d’être ici m’aide à ouvrir des portes sur l’international et à poursuivre. J’aime encore mon métier et j’ai la volonté de continuer à y travailler. »