Les grands moments de la cérémonie des Oscars, selon notre chroniqueur

Marc Cassivi Marc Cassivi
La Presse

Une ouverture à la diversité

La 92e cérémonie des Oscars s’est ouverte dimanche soir avec un flamboyant numéro strass et paillettes de l’excellente Janelle Monáe, tirant sur le kitsch assumé façon Broadway, qui mettait en lumière les finalistes à l’Oscar de la chanson originale. Un pot-pourri qui a commencé avec Won’t You Be My Neighbor ?, que Janelle Monáe, contrairement aux chanteuses du spectacle de la mi-temps du Super Bowl, chantait en direct… Billy Porter l’a ensuite accompagnée pour I’m Still Standing d’Elton John. Contrastant avec l’ensemble des finalistes de la soirée, il y avait beaucoup d’artistes « issus de la diversité » sur scène, comme si l’Académie voulait envoyer, dès le départ, un message aussi clair que peu subtil (et se racheter vis-à-vis de ses détracteurs). « Je suis fière d’être une artiste noire et queer qui raconte des histoires. Bon Mois de l’histoire des Noirs ! », a déclaré Janelle Monáe, après avoir félicité toutes les femmes finalistes de la soirée.

PHOTO MARIO ANZUONI, REUTERS

Steve Martin et Chris Rock 

Qui a besoin d’un animateur ?

Cette soirée des Oscars n’avait pas d’animateur, comme la précédente, mais un monologue d’ouverture inspiré, gracieuseté de deux ex-animateurs de la cérémonie. Steve Martin et Chris Rock ont offert de bonnes blagues sur le manque de diversité et la faible représentation féminine chez les finalistes cette année (sans être aussi caustiques que Ricky Gervais aux Golden Globes, bien sûr). « Pourquoi il n’y a plus d’animateur ? » a demandé Steve Martin. « Twitter ! » a répondu Chris Rock, en faisant référence à la démission de Kevin Hart l’an dernier, pour de vieux tweets homophobes. « Il a vu Marriage Story et il croit que c’est une comédie ! » a ironisé Chris Rock, s’amusant aux dépens de Jeff Bezos, PDG d’Amazon, dont le récent divorce a été très médiatisé. « On a eu beaucoup de plaisir à ne pas animer ce soir ! » a ajouté Martin. Ils ne furent pas les seuls. Les hilarantes Kristen Wiig et Maya Rudolph, ex-collègues de Saturday Night Live, ont égayé de leur tour de chant et de leurs pitreries sympathiques la présentation de catégories techniques. Avec des présentateurs aussi comiques, qui a besoin d’un animateur ?

PHOTO MARK RALSTON, AGENCE FRANCE-PRESSE

Eminem

Eminem fait réagir

Eminem n’était pas sur place, en 2002, lorsque Lose Yourself a remporté l’Oscar de la meilleure chanson originale pour le film 8 Mile, inspiré de sa vie. Il a fait chanter la salle du Dolby Theatre, dimanche, avec sa chanson la plus célèbre, devenue en deux décennies un hymne rap nostalgique. Présenté après un montage très efficace de chansons liées à des scènes inoubliables — dont celle de la proue du Titanic et My Heart Will Go On de Céline Dion —, le rappeur barbu a fait réagir comme aucun autre artiste musical de la soirée. Pour le meilleur et pour le pire. Certains dans la salle semblaient en effet perplexes. À commencer par la jeune chanteuse Billie Eilish, grande gagnante des Grammy, qui n’a cessé de grimacer pendant la soirée (notamment quand Kristen Wiig et Maya Rudolph ont chanté des extraits de vieilles chansons populaires). Il faut dire qu’elle n’avait que 3 mois lorsque Eminem a remporté son Oscar…

PHOTO ROBYN BECK, AGENCE FRANCE-PRESSE

Natalie Portman 

L’absence des femmes remarquée

Seulement 5 femmes ont été finalistes à l’Oscar de la meilleure réalisation en 92 ans de galas du cinéma hollywoodien. Il n’y en avait aucune cette année. « Il me semble qu’il manquait quelque chose dans la liste de l’Oscar de la meilleure réalisation », a dit Steve Martin en ouverture de la cérémonie. « Des vagins ? », a répondu Chris Rock. On comprend ce qu’il a voulu dire, même si son commentaire a pu sembler un brin réducteur… Plus subtile, la présentatrice Natalie Portman a fait broder en lettres dorées dans sa cape Dior les noms de réalisatrices qui auraient dû, selon elle, être nommées aux Oscars cette année — dont Céline Sciamma, Mati Diop, Greta Gerwig et Lulu Wang. « Toutes les femmes sont des super-héroïnes », a dit la comédienne pionnière des films d’action, accompagnée de Gal Gadot (Wonder Woman) et Brie Larson (Captain Marvel), en présentant la première femme à diriger l’orchestre des Oscars dans l’interprétation des meilleures trames sonores de l’année. « Parlez ! On a besoin d’entendre vos voix », a à son tour déclaré la lauréate Hildur Guonadóttir (pour le film Joker), en parlant des femmes.

PHOTO FREDERIC J. BROWN, AGENCE FRANCE-PRESSE

Joaquin Phoenix

Joaquin politique

La cérémonie des Oscars aura rarement été aussi peu politique. Il n’a pas été question une seule fois du président Donald Trump dimanche soir, sauf erreur. Joaquin Phoenix, Oscar du meilleur acteur, a livré le discours le plus politique, aussi éloquent qu’échevelé. L’acteur de Joker, qui milite pour le respect de l’environnement, a parlé d’inégalité des sexes, de racisme, des droits de la communauté LGBTQ, de lutte contre l’injustice ainsi que de véganisme (s’égarant un peu en parlant de vaches inséminées séparées de leurs veaux, dont on boit le lait dans le café…). « Il faut utiliser notre voix pour ceux qui n’en ont pas », a-t-il déclaré, regrettant que nous soyons tous « déconnectés du monde naturel ». « J’ai souvent été égoïste, il n’a pas toujours été facile de travailler avec moi, mais les gens qui sont dans la salle m’ont donné une deuxième chance, a-t-il ajouté. C’est là qu’on est à notre meilleur. Dans cette capacité à s’aider à grandir. » Ému (ou perdu dans ses pensées) et à court de mots, l’acteur a terminé son discours en citant les paroles d’une chanson (The Thing Called Love) écrite par son regretté frère River, alors qu’il n’avait que 17 ans : « Run to the rescue with love, and peace will follow » (Cours à la rescousse avec amour, et la paix suivra).

PHOTO MARK RALSTON, AGENCE FRANCE-PRESSE

Kwak Sin-æ, productrice de Parasite

Et la lumière fut

La foule l’a réclamé, et c’est arrivé ! Les lumières du Dolby Theatre avaient été éteintes afin d’interrompre le discours (traduit par une interprète) de la productrice sud-coréenne de Parasite, Kwak Sin-æ, lauréat de l’Oscar du meilleur film. Mais les spectateurs en voulaient davantage, et les organisateurs ont bien été obligés d’obtempérer. L’amour pour le cinéaste Bong Joon-ho était palpable à chacune de ses présences sur scène (il a en outre remporté les prix du meilleur scénario, du meilleur film international et du meilleur réalisateur). Bon joueur, le cinéaste d’Okja et de Snowpiercer en a profité pour saluer ses confrères Martin Scorsese, dont il a étudié l’œuvre à l’école de cinéma, et Quentin Tarantino, qui a été un grand défenseur et promoteur de ses films aux États-Unis. Le sympathique Bong, coup de cœur du Tout-Hollywood depuis quelques semaines, a ajouté au passage qu’il comptait boire jusqu’au petit matin pour célébrer sa victoire ! La fin incroyable d’un parcours formidable pour ce film de genre coréen, qui avait remporté la Palme d’or du Festival de Cannes en mai dernier.