Déjouant pratiquement tous les pronostics, le film coréen Parasite est le tout premier film en langue étrangère à obtenir les plus grands honneurs aux Oscars : meilleur film, meilleure réalisation, meilleur scénario original, en plus du meilleur film international. Sinon, tous les autres favoris ont été plébiscités, laissant sur la touche un grand perdant : The Irishman.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Quand Parasite a reçu la Palme d’or du Festival de Cannes l’an dernier, peu d’observateurs auraient pu prévoir qu’un nouveau triomphe l’attendrait un an plus tard aux Oscars. Le film de Bong Joon-ho a fait mordre la poussière au favori, 1917 (Sam Mendes), pour mettre la main sur les trophées les plus prestigieux de la soirée (film, réalisation, scénario) et repartir avec quatre Oscars en poche (en incluant celui remis au meilleur film international), soit plus que toute autre production.

Lorsqu’il est monté sur la scène du Dolby Theatre pour la première fois, flanqué du scénariste Han Jin-won, le cinéaste Bong Joon-ho, alors lauréat de l’Oscar du meilleur scénario original, n’a pas manqué d’en souligner le caractère historique. « Quand on écrit un scénario, on ne le fait pas pour représenter un pays, mais c’est quand même la toute première fois qu’un Oscar est remis à un film de la Corée du Sud ! », a-t-il déclaré dans sa langue maternelle.

Plus tard, en allant chercher l’Oscar du meilleur film international, anciennement appelé « film en langue étrangère », le cinéaste, ovationné, a tenu à applaudir la nouvelle direction de l’Académie et s’est dit heureux d’en être le tout premier récipiendaire. « Maintenant, je me prépare à aller boire ! », a-t-il lancé.

Le sympathique cinéaste, de qui Hollywood est complètement tombé amoureux au cours du dernier mois, a toutefois dû réviser ses plans. Bong Joon-ho a en effet reçu aussi l’Oscar de la meilleure réalisation. Le cinéaste coréen n’en croyait presque pas ses yeux. « À l’école de cinéma, j’ai étudié les films de Martin Scorsese. Étant finaliste avec lui, jamais je n’aurais cru gagner. Et Quentin [Tarantino] met régulièrement mes films dans ses listes de favoris. Et Sam Mendes, et Todd Phillips. Si je pouvais, je prendrais une tronçonneuse et je scierais cet Oscar en cinq ! » Toute l’équipe, incrédule, est ensuite montée sur scène pour cueillir l’Oscar le plus convoité : celui du meilleur film.

« Je suis bouche bée », a déclaré l’une des productrices du film.

Des statuettes pour tout le monde !

1917, grand favori des preneurs aux livres, a dû concéder la victoire et repartir avec trois statuettes. Deux ans après avoir l’obtenu grâce à Blade Runner 2049, de Denis Villeneuve, l’as directeur photo Roger Deakins, qui avait été cité 12 fois auparavant, a mis la main sur la deuxième statuette dorée de son illustre carrière. C’était pleinement mérité. Le film immersif de Sam Mendes a aussi été célébré dans les catégories du mixage sonore et des effets visuels.

Joker aura finalement transformé en statuettes seulement deux de ses 11 citations. De façon prévisible, Joaquin Phoenix a mis la main sur l’Oscar du meilleur acteur, mais la compositrice islandaise Hildur Guðnadóttir, très émue, a aussi été célébrée grâce à la partition musicale qu’elle a composée pour le film de Todd Phillips. L’acteur, très grave, a profité de l’occasion pour se lancer dans un discours introspectif, lequel s’est conclu sur l’importance des deuxièmes chances, là où se révèle le meilleur de l’humanité. « Sans cette forme d’expression, je ne sais pas où je serais », a-t-il dit.

PHOTO MARIO ANZUONI, REUTERS

Renée Zellweger

De façon prévisible, Renée Zellweger a été sacrée meilleure actrice grâce à sa personnification de Judy Garland dans le film Judy. Seize ans après Cold Mountain, qui lui avait valu l’Oscar de l’actrice de soutien, la comédienne, de retour après une longue traversée du désert, a évoqué « l’une des expériences les plus significatives de [sa] vie ».

Brad Pitt et Laura Dern

De façon tout aussi attendue, Brad Pitt a mis la main sur une statuette dorée pour la première fois à titre d’acteur, six ans après en avoir obtenu une à titre de producteur grâce à 12 Years a Slave. Celui qui joue un cascadeur dans Once Upon a Time… in Hollywood a d’ailleurs envoyé « un peu d’amour » à ceux et celles qui exercent cette profession de l’ombre, non sans avoir d’abord fait écho à la situation politique de son pays. « On m’accorde 45 secondes, ce qui est 45 secondes de plus que le Sénat a accordé à John Bolton cette semaine ! », a-t-il lancé. Il a aussi tenu à saluer Quentin Tarantino et sa vision « originale, unique, sans laquelle l’industrie du cinéma serait beaucoup plus sèche », de même que son partenaire de jeu Leonardo Di Caprio. « Je suivrais ta trace n’importe quand, man. La vue est fantastique ! » Le film de Quentin Tarantino a aussi obtenu l’Oscar de la meilleure direction artistique.

PHOTO MARK RALSTON, AFP

Laura Dern

« On dit souvent qu’il vaut mieux ne jamais rencontrer ses héros, mais si vous êtes bénis, vous avez la chance de les avoir comme parents ! », a déclaré Laura Dern en saluant ses parents, aussi acteurs, Diane Ladd et Bruce Dern. La comédienne, favorite dans tous les pronostics, a été honorée dans la catégorie de la meilleure actrice de soutien grâce à son exceptionnelle composition dans Marriage Story, le film de Noah Baumbach dans lequel elle tient le rôle d’une avocate.

Aussi au tableau d’honneur

La comédie dramatique Jojo Rabbit, tirée du roman Caging Skies, de Christine Leunens, a pu figurer au tableau d’honneur grâce à sa distinction dans la catégorie du meilleur scénario adapté. Le Néo-Zélandais Taika Waititi, qui signe aussi la réalisation de son film en plus d’y jouer Hitler, a tenu à lancer un message aux enfants indigènes du monde. « Vous pouvez écrire, danser, et voir où cela peut vous mener. »

Little Women, de Greta Gerwig, l’a emporté dans la catégorie des meilleurs costumes. Bombshell, de Jay Roach, en a fait de même dans la catégorie des meilleurs maquillages et coiffures. Elton John et son complice de toujours Bernie Taupin ont de leur côté mis la main sur la meilleure chanson originale grâce à (I’m Gonna) Love Me Again, tirée du film Rocketman.

Ford v. Ferrari, de James Mangold, a de son côté enlevé l’Oscar du meilleur montage, ainsi que celui du meilleur montage sonore.

Dans une catégorie très relevée, dans laquelle J’ai perdu mon corps et Missing Link était en lice, Toy Story 4, une production Pixar, a obtenu l’Oscar du meilleur long métrage d’animation. American Factory, qui évoque la nouvelle réalité de l’industrie manufacturière aux États-Unis, a été sacré meilleur long métrage documentaire.

Par ailleurs, The Neighbors’ Window, de Marshall Curry, été préféré à Brotherhood, de la Québécoise Meryam Joobeur, dans la catégorie du court métrage. Hair Love (animation) et Learning to Skateboard in a Warzone (documentaire) ont aussi été distingués du côté des courts métrages.

The Irishman, film crépusculaire de Martin Scorsese, a été complètement blanchi et a été le seul des neuf films cités dans la catégorie du meilleur film à rentrer bredouille.

Le palmarès des Oscars dans les principales catégories

– Meilleur film : Parasite

– Meilleur réalisateur : Bong Joon-ho (Parasite)

– Meilleure actrice dans un rôle principal : Renée Zellweger (Judy)

– Meilleur acteur dans un rôle principal : Joaquin Phoenix (Joker)

– Meilleur film international : Parasite

– Meilleure actrice dans un second rôle : Laura Dern (Marriage Story)

– Meilleur acteur dans un second rôle : Brad Pitt (Once Upon a Time… in Hollywood)

– Meilleur film d’animation : Toy Story 4