(Paris) Kirk Douglas avait une longue histoire avec le Festival de Cannes. Président de jury de caractère en 1980, il avait arraché aux autres jurés la Palme d’or pour Bob Fosse, s’enfermant ensuite dans son hôtel avant d’accepter un ex aequo avec Akira Kurosawa.

Agence France-Presse

La vedette américaine, qui parlait français, était venue en compétition à Cannes avec L’emprise du crime de Lewis Milestone (1947) et Histoires de détective (1952) de William Wyler. Il y avait aussi rencontré dans les années 50 sa deuxième femme, la Belge Anne Buydens, qui travaillait au bureau des comédiens et des personnalités du festival. Ils étaient mariés depuis 1954.

Mais Kirk Douglas avait aussi fait partie deux fois du jury, où il avait « feinté tout le monde », se souvient l’ancien président du Festival Gilles Jacob. D’abord en s’arrangeant, comme simple membre du jury, pour faire gagner MASH de son compatriote Robert Altman en 1970. Puis, comme président dix ans plus tard, en faisant voter pour Bob Fosse, un autre Américain.

« C’était un homme extrêmement intransigeant, un personnage entier », raconte M. Jacob à l’AFP. « Comme président du jury, en 1980, là aussi il était très directorial », poursuit celui qui a été délégué général adjoint puis délégué général du Festival, avant de le présider de 2001 à 2014.

En 1980, « il y avait une hésitation entre le film de Bob Fosse, All that jazz, et le film de Kurosawa Kagemucha », se rappelle Gilles Jacob. « Kirk, la veille au soir, a pratiquement arraché aux membres du jury que ce serait Bob Fosse la Palme d’or. Les autres étaient hésitants, ne voulaient pas l’énerver, puis après se sont ravisés et ont dit “non, on veut que ce soit Kagemusha, il faut revoter” ».

« Et lui, il est parti à son hôtel et n’a jamais voulu revenir, revoter et a dit “si c’est comme ça, je ne viendrai pas à la cérémonie”. Et donc Robert Favre Le Bret (président du festival de 1972 à 1984) était très embêté, et on a compris en fait que Kirk Douglas avait déjà téléphoné à Bob Fosse pour lui annoncer la bonne nouvelle. Il y a eu une espèce d’arbitrage, et finalement ça a été une Palme ex aequo ».

Kirk Douglas, présent à la cérémonie, s’était finalement fendu d’une petite réflexion à l’adresse de Bob Fosse, qui n’était pas revenu pour recevoir son prix. « Je crois que pour un grand prix comme ça, un télégramme ce n’est pas assez, on doit être ici pour l’accepter », avait-il lancé.

Le Festival de Cannes a salué jeudi la mémoire de la vedette sur Twitter en rappelant le « comédien légendaire » qu’il fut.

Kirk Douglas, qui avait joué Paris brûle-t-il ? de René Clément, regrettait de n’avoir pas davantage tourné avec des cinéastes français.

Il avait reçu en 1980 un César d’honneur (l’équivalent français d’un Oscar d’honneur) pour l’ensemble de sa carrière, et avait été décoré en 1985 des insignes de chevalier de la Légion d’honneur par le ministre Jack Lang.