C’était avant que nos aînés tombent sous l’impact d’un virus sans pitié. CHSLD, mon amour, présenté en première mondiale aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), est le portrait de la vie dans un centre d’hébergement. Avant que la pandémie ne vienne transformer ce tableau pour un temps, sinon à jamais.

Isabelle Morin Isabelle Morin
La Presse

Un voile de tristesse assombrit en permanence les yeux de Mme Lebut, perdue dans un silence et des pensées qui demeurent un mystère pour Yvon, l’auxiliaire qui l’accompagne pourtant dans les gestes les plus intimes du quotidien.

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Yvon et Mme Lebut

À quelques pas de là, une résidante est d’attaque pour aller à la taverne, tandis qu’une autre déverse ses contrariétés sur le personnel. Leur voisine, elle, a déjà enfilé ses habits professionnels pour une autre journée au « boulot », ignorant qu’elle ne s’y rend plus depuis des lunes.

Les lieux prennent parfois des airs de cirque. Mais avec une patience et un tact mis régulièrement à l’épreuve, Stéphanie s’introduit dans l’univers de chaque patient. En prend soin avec un dévouement qui déborde bien souvent de ses heures comme préposée aux bénéficiaires.

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Stéphanie accompagne Mme Brabant, qui est plongée dans un épisode d’anxiété.

C’est cette bienveillance que Danic Champoux [La course destination monde, Mom et moi, Séances] a voulu saisir pour en montrer le côté lumineux. Sans jugement et sans cynisme.

« Je trouve ça beau, cette attention dans les soins et cette empathie envers les bénéficiaires », indique le réalisateur, qui habite à côté du centre d’hébergement Émilie-Gamelin, où il a tourné son long métrage. « En entrant dans ces lieux, je savais très bien que j’en sortirais avec un film. »

Un regard compatissant

Le tournage, réalisé sur 10 mois, s’est terminé deux jours avant que l’Organisation mondiale de la santé déclare la pandémie mondiale.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRECHETTE, LA PRESSE

Le réalisateur de CHSLD, mon amour, Danic Champoux

On a tourné quelque chose qu’on ne verra plus. Des danses d’Halloween [comme celle montrée dans le documentaire parmi d’autres activités], ça va prendre quelques années avant qu’il y en ait encore. Là, ça doit être tough.

Danic Champoux, réalisateur de CHSLD, mon amour

Les CHSLD ont été plongés dans l’eau chaude comme jamais ces derniers mois. Le réalisateur précise toutefois qu’il n’a pas « grand sucre à casser sur leur dos ». « J’en ai vu, de la merde, depuis La course destination monde. Mais je n’ai pas vu beaucoup de sociétés qui s’occupent de leurs vieux de même. Bien sûr, j’aurais pu gratter pour voir si on ne peut pas faire mieux, mais il me semble que c’est un film qu’on a déjà vu. Je n’ai jamais senti que c’était ma job de les critiquer. »

CHSLD, mon amour s’emploie plutôt à observer son sujet avec sensibilité et discrétion, attentif à ses personnages qu’il accompagne à leur cadence dans un quotidien rythmé par des soins omniprésents et par une lenteur qu’imposent un corps diminué et un cerveau qui n’en fait plus qu’à sa tête.

C’est beau, la vie…

Assis en cercle dans ce centre d’hébergement et de soins de longue durée où ils finiront leurs jours, égarés dans leurs souvenirs, pour certains, les résidants d’Émilie-Gamelin écoutent Jean Ferrat. « Que c’est beau, c’est beau, la vie… », chantonnent-ils avec entrain ou nostalgie. La scène est émouvante dans son contraste : ce qu’elle nous donne à voir et à entendre. La force de la vie, d’un bord ; la mort qui attend à la porte d’à côté.

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Scène du film CHSLD, mon amour

« Une fois que tu acceptes que tu ne mourras pas sur un yacht, entouré de tes enfants et dans tes termes à toi, tu es peut-être moins effrayé par le vieillissement. La nature s’en fout de tes rêves. On va être malade. Et on risque de finir là et de placer nos conjoints et parents dans ces endroits », relève Danic Champoux.

Ces maisons de soins seront toujours des « mouroirs », convient-il, mais on s’y bat pour rester vivant. Au-delà de la démence. Au-delà de la souffrance. « Jamais je ne suis entré dans ces lieux avec l’impression de filmer des morts. lls ont des envies et il y a beaucoup de joie à travers tout ça. Nous, on allait vivre des moments de vie avec eux. »

FRAGMENTS DISTRIBUTION

La mère du réalisateur de CHSLD, François Delisle, dans ses derniers moments de vie en CHSLD.

Nos CHSLD, c’est un peu des hôtels deux étoiles, songe-t-il. Mais est-ce dans les priorités de la clientèle d’être entourée de marbre et d’arbres, ou d’avoir des patates mieux assaisonnées au dîner ? « Je ne pense pas, dit-il. Ce dont ils ont besoin, c’est de recevoir de bons soins et de l’attention. D’avoir des gens bienveillants autour d’eux — plus de Stéphanie et d’Yvon — à qui on donne les moyens — du temps, surtout — pour bien faire leur travail. »

CHSLD en clichés

Dans un autre documentaire qui s’intéresse aux CHSLD, également présenté aux RIDM dans la catégorie court métrage, François Delisle dresse un portrait intimiste et tendre des derniers moments de vie de sa mère en centre d’hébergement de longue durée. CHSLD prend la forme d’une séquence de photos, à laquelle se superposent les voix des différents intervenants, principalement celles du réalisateur et de sa mère.

IMAGE FOURNIE PAR LA MAISON DE PRODUCTION MAGASIN GÉNÉRAL

Affiche de CHSLD, mon amour, de Danic Champoux

Les versions intégrales de CHSLD, mon amour et de CHSLD seront présentées aux RIDM du 26 novembre au 2 décembre, dans la section « Repenser l’intimité ». CHSLD, mon amour sera ensuite offert en version courte sur Crave à partir du 4 décembre.

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