Patrice Robitaille et Nour Belkhiria sont les têtes d’affiche du premier long métrage de Catherine Therrien, en tournage. Les deux acteurs y sont entourés d’Anne-Élisabeth Bossé, Rose-Marie Perreault, Pierre Curzi et Gabriel Sabourin. Le scénario, écrit par Louis Godbout (Mont Foster) et le romancier Normand Corbeil, a enthousiasmé Denys Arcand à tel point que, pour la toute première fois, il a demandé à la productrice Denise Robert s’il n’y aurait pas intérêt de son côté…

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Il arrive souvent à Denys Arcand de recevoir des scénarios, envoyés par des auteurs souhaitant simplement obtenir son avis sur leur travail. Dans le cas de celui de La révision (un titre de travail pour l’instant), le célèbre cinéaste québécois est allé un peu plus loin.

« J’étais en train de développer un autre film avec Catherine [Therrien], que nous devions tourner cet automne, mais ce scénario-là n’était pas tout à fait prêt, raconte Denise Robert, productrice et conjointe de Denys Arcand. Denys m’est arrivé avec le scénario de La révision en me demandant de le lire et de lui dire ce que j’en pensais. Il n’avait jamais fait ça auparavant. Et de mon côté, je ne l’implique jamais dans mes autres projets non plus. Cette fois, c’était différent parce qu’il a eu un vrai coup de cœur pour cette histoire. Et moi aussi. »

Un échange intellectuel

Le réalisateur de La chute de l’empire américain agit ainsi à titre de consultant pour ce film campé dans un cadre scolaire. Patrice Robitaille incarne Étienne, professeur de philosophie au cégep, très apprécié de ses élèves, dont les valeurs sont remises en question au contact de Nacira, étudiante très appliquée, de confession musulmane. Cette dernière est interprétée par Nour Belkhiria, dont la performance dans Antigone, de Sophie Deraspe, lui a valu aux Écrans canadiens le prix attribué à la meilleure interprétation féminine dans un rôle de soutien.

PHOTO FOURNIE PAR CINÉMAGINAIRE

Nour Belkhiria est la covedette de La révision, premier long métrage de Catherine Therrien.

« Le récit aborde la question identitaire et remet aussi en question un système d’éducation clientéliste où l’on garantit la réussite. Ça donne une discussion qui suscite la réflexion », explique la réalisatrice. Ayant déjà quelques courts métrages de fiction à son actif, ainsi que la réalisation de la web-série Fourchette, entre autres, Catherine Therrien a quitté l’équipe de réalisation de la populaire série District 31 pour se consacrer au cinéma.

« La direction d’acteurs est l’aspect qui me stimule le plus dans mon travail, confie-t-elle. Sur le plateau d’un long métrage, on dispose d’un peu plus de temps pour s’y consacrer. Je me sens extrêmement privilégiée d’avoir la chance de travailler avec une telle distribution. Ce sont tous des gens inspirants. Il était aussi important pour moi de mettre une touche personnelle en portant à l’écran un scénario que je n’ai pas écrit, tout en respectant la vision des auteurs. »

Une question de regard

Les thèmes qu’aborde La révision touchent d’autant plus la réalisatrice qu’elle était elle-même une étudiante que l’école stimulait, ayant notamment eu la chance de côtoyer des enseignants ayant eu une présence significative dans sa vie. La productrice Denise Robert affirme par ailleurs que sa volonté de travailler avec Catherine Therrien remonte à un bon moment déjà.

« J’ai vu ses mises en scène, sa direction d’acteurs dans District 31, ses autres productions aussi, rappelle-t-elle. Il s’adonne qu’elle travaillait dans une salle de montage au moment où nous tournions Menteur [d’Émile Gaudreault] pas très loin. Elle m’a alors fait parvenir un scénario, que nous développons. J’aime l’énergie de Catherine, sa façon de filmer, j’aime son regard, son point de vue. Je la sentais vraiment prête à se lancer dans le cinéma. C’est tout naturellement que je lui ai fait lire le scénario de La révision. J’avais l’impression que le sujet lui parlerait. »

Cette première expérience de tournage d’un long métrage pour la réalisatrice ne relève cependant pas de l’évidence, dans la mesure où elle s’effectue dans un contexte sanitaire inédit.

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La révision est le premier long métrage que signe la réalisatrice Catherine Therrien.

Il est certain que tout cela nécessite quelques prouesses de mise en scène, mais tout se fait dans les règles de l’art, dans un climat d’extrême prudence.

Catherine Therrien

Appuyé par Téléfilm Canada et doté d’un budget initialement estimé à 1,4 million de dollars, le projet doit aussi tenir compte des coûts supplémentaires liés aux nouvelles règles sanitaires, lesquels sont couverts par un programme d’aide de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC).

Le tournage de La révision doit prendre fin au début du mois de septembre. Produit par la société Cinémaginaire et distribué par les Films Séville, le long métrage de Catherine Therrien prendra l’affiche en 2021, possiblement au printemps.