Le cinéaste de Rebelle, Eye on Juliet et The Hummingbird Project ne peut pas dire que son confinement est synonyme de pause. Depuis le début de l’année, Kim Nguyen planche sur trois projets de scénarios de séries et de films. La Presse s’est entretenue avec lui.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

« Pour les scénaristes, le confinement ne change pas grand-chose, nous dit Kim Nguyen. Même qu’il y a une certaine panique dans les chaînes en ligne, parce qu’à un moment donné, tout le monde aura tout vu, il va falloir sortir de nouveaux contenus, de nouveaux films, Netflix est très preneur en ce moment. Il y a une pression sur les scénaristes. »

Il a déjà écrit (en anglais) le pilote du premier épisode d’une minisérie – six épisodes d’une heure – produite par les studios Red Arrow à Londres. Une série dramatique un brin surréaliste campée dans le Midwest américain, nous dit le scénariste et réalisateur, qui n’est pas encore autorisé à dévoiler tous les détails de ce projet.

« Heureusement que je suis parvenu à une entente avec eux, mais si ça s’était dealé une semaine ou deux plus tard, je n’aurais probablement pas été payé, nous dit-il. J’ai eu peur, parce que ce sont des revenus sur lesquels je compte pour les six à neuf prochains mois. »

Il vient d’ailleurs de terminer le « traitement » de la série, qui résume l’histoire de A à Z. D’ici les deux prochaines semaines, le pilote sera présenté entre autres à HBO, Netflix et Apple. Les dates de tournage sont évidemment incertaines, mais il pourrait débuter dès l’été prochain.

La COVID-19 présente toutefois un énorme défi dans l’écriture de ce projet, comme des deux autres scénarios qui l’occupent en ce moment.

« Est-ce qu’on est en 2019 ou en 2021 ? J’adapte continuellement le scénario, le niveau de précarité des personnages, comment les gens voyagent, etc. Parce que si tu places ton scénario en 2019, et que tu ne parles pas de la COVID, au moins en bribes, ça devient un film historique. Si t’écris en 2021, 2022, tu dois imaginer des choses et tenir pour acquis qu’il va falloir le retoucher jusqu’au jour 1 du tournage. »

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Scène du film The Hummingbird Project, de Kim Nguyen

En tout cas, la minisérie a la cote, nous dit Kim Nguyen, qui « adore » ce format plus concis, où l’on n’étire pas la sauce inutilement.

« Il y a beaucoup de compétition pour les réalisateurs de séries lourdes, mais si tu as un bon pilote avec du matériel de qualité pour une minisérie, il y a une soif pour ça. Et les diffuseurs de séries sont plus gutsy à certains égards, parce qu’ils veulent se démarquer, donc on a une belle liberté dans la forme, l’expérience stylistique. »

Un projet en cinq semaines

Le deuxième projet de Kim Nguyen, il se l’est lancé comme un défi de compositeur : accoucher d’un scénario de long métrage en cinq semaines.

« C’est un scénario vaguement autobiographique, basé sur des histoires de tournages qu’on m’a racontées. C’est l’histoire d’un réalisateur qui veut vérifier si une légende africaine est vraie. Il tombe dans la folie de faire un documentaire sur cette histoire tout en se questionnant si sa démarche est valide ou utile dans un contexte post-COVID. »

Pour se motiver à se rendre au bout de ce scénario dans les délais prescrits de cinq semaines, Kim Nguyen a partagé son défi avec le cinéaste Stéphane Lafleur, qui lui a envoyé un scénario lui aussi, même s’il travaille dessus depuis un peu plus longtemps. « Il a tellement une belle plume », nous dit Kim Nguyen.

« Maintenant, je vais tester mon scénario », nous dit-il, c’est-à-dire qu’il l’envoie à la fois à des gens qu’il connaît – comme Stéphane Lafleur, mais à d’autres amis et connaissances – et aussi à des lecteurs anonymes, « juste pour voir s’il y a des gaffes dans l’histoire ». « Je reste anonyme moi aussi, et ça me permet d’avoir du feedback. »

Un voyage dans le temps

Dernier projet : un film pour enfants baptisé Le plieur du temps, qu’il a élaboré avec le producteur Rock Demers.

« C’est un scénario un peu compliqué parce qu’il y avait des voyages dans le temps et des créatures fantastiques hors de ce monde, mais là, je vais essayer de trouver un financement de 3 à 4 millions, trouver un studio ou appartement, et créer ce monde avec la marionnetterie, des miniatures et de la rétroprojection. Ce sera comme un retour aux premières techniques du cinéma de George Méliès. »

Kim Nguyen fera équipe avec le directeur photo Christophe Collette, qui a travaillé avec lui sur Eye on Juliet, et qui sera responsable de tous les effets spéciaux. Il espère tourner au mois d’août, rapidement.

PHOTO SÉBASTIEN RAYMOND, FOURNIE PAR ITEM 7

Joe Cole, Kim Nguyen et Lina El Arabi sur le plateau de Eye on Juliet

Le plieur du temps raconte l’histoire de Thibault, jeune garçon doué de 15 ans, qui découvre une nouvelle conception du temps et de l’espace. « Avec le professeur Schrodinger, son mentor, il commence à tester sa théorie en envoyant une infime particule dans une autre époque. L’expérience est concluante, mais par accident, Thibault et le professeur Schrodinger créent un paradoxe spatio-temporel et se retrouvent dans un monde nouveau. »

Le confinement de Kim Nguyen n’a, à l’évidence, rien d’une pause.