Il y a un an jour pour jour, le Cinéma Moderne a ouvert ses portes, boulevard Saint-Laurent, et présenté ses deux premières projections, Estiu 1993 et Borg vs McEnroe. Un an plus tard, sa cofondatrice et directrice générale, Roxanne Sayegh, a toutes les raisons d’être satisfaite.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

« Oui, il y avait des risques et certaines personnes ont douté. Mais j’ai le sentiment qu’après un an, on peut dire qu’on a réussi notre pari, lance Roxanne Sayegh, directrice générale du Cinéma Moderne, qui fête aujourd’hui son premier anniversaire. Le public est au rendez-vous, la communauté a suivi et les distributeurs aussi. »

Afin que ce pari soit réussi, il fallait être patient et mettre du temps. Ce qu’a fait Mme Sayegh, ancienne directrice des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM).

En 2015, trois ans avant l’ouverture, elle a lancé un sondage d’intérêt à la ronde. Puis, en 2017, elle a fait la rencontre d’Alexandre Domingue, président-fondateur de la maison de postproduction et de location d’équipement cinématographique Post-Moderne.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Roxanne Sayegh et Alexandre Domingue, cofondateurs du Cinéma Moderne

C’est ensemble que les deux ont fondé le Cinéma Moderne au rez-de-chaussée du 5150, boulevard Saint-Laurent, où Post-Moderne possédait déjà des bureaux à l’étage. Il a fallu de longs travaux pour transformer les locaux d’un ancien salon de bronzage en un cinéma de 54 places avec des équipements technologiques parmi les plus récents.

Selon les statistiques que tient méticuleusement le cinéma, le public est au rendez-vous, avec une moyenne de 34-35 spectateurs par séance, soit plus de 50 % d’occupation, alors que la moyenne des cinq dernières années est de 10 % dans l’ensemble des salles du Québec, selon le bulletin Optique Culture publié par l’Observatoire de la culture et des communications du Québec.

Notre objectif était une moyenne de 20 personnes par séance. On a reçu quelque 35 000 spectateurs dans un peu plus de 1000 séances.

Roxanne Sayegh, cofondatrice du Cinéma Moderne

« Les gens sont au rendez-vous ! Certains me demandent même à quand l’ouverture d’une succursale. Je leur réponds de me laisser respirer », dit pour sa part Alexandre Domingue en riant.

Conseillère de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, où se trouve le cinéma, Marie Plourde qualifie son arrivée de « merveilleuse résurrection du cinéma de quartier ».

« Lorsque Roxanne est venue présenter son projet, nous nous sommes dit que c’était un long shot, admet-elle. L’Ex-Centris venait de fermer et ce n’était pas une belle période pour le cinéma de quartier. Roxanne allait avoir à se battre avec l’énergie du désespoir et elle l’a fait ! Et ce fut une rencontre parfaite avec les gens du quartier, qui ont adopté l’endroit. »

Tout n’est pas gagné

Un sondage maison, auquel 2500 personnes ont répondu, indique effectivement que 50 % des spectateurs vivent à moins de trois kilomètres, un bon indicateur du succès auprès des résidants du quartier. Environ 80 % des visiteurs font par ailleurs leur achat de billet en ligne et 90 % apprécient le fait d’avoir un siège numéroté réservé.

Pour les dirigeants, il est clair qu’une programmation dynamique et variée est l’outil pour attirer le public et le retenir. Aux nouveaux films indépendants diffusés, s’ajoutent la projection de grands classiques, des festivals, des invités (plus d’une centaine), des rétrospectives, des événements familiaux, etc.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Une fois toutes les quinzaines, le Cinéma Moderne organise une soirée de quiz sur le cinéma qui semble bien populaire.

« Les gens sont intéressés par une expérience qui sort de l’ordinaire, dit Mme Sayegh. Par exemple, nous organiserons ce mois-ci un tour guidé du quartier de Mordecai Richler avec l’organisme Mémoire du Mile End et nous le compléterons avec la présentation du film L’apprentissage de Duddy Kravitz en présence de Micheline Lanctôt, [l’une des vedettes du film]. On manifeste la volonté de s’ancrer dans le quartier et les gens apprécient. »

Roxanne Sayegh sait toutefois que le Cinéma Moderne devra garder le cap et chercher à se réinventer. Elle indique qu’un tiers du budget de fonctionnement provient des fonds publics et que la première année s’est conclue avec un budget équilibré. « Certaines subventions nous seront versées durant quelques années, ajoute-t-elle. D’autres nous seront accessibles après deux ans de fonctionnement. Il nous faudra apprendre à diversifier nos revenus. »

Elle espère développer de nouvelles collaborations et de nouveaux partenariats et offrir des programmes de « cartes blanches » à des personnalités.

S’il y a une chose qui rend Roxanne Sayegh fière, c’est de voir qu’en plus d’elle, qui est en congé de maternité, le Cinéma Moderne emploie cinq personnes. « C’est super si on se compare à il y a un an. »