(Cannes) « Badabadada, badabada… » : le public a entonné en cœur la célèbre chanson d’Un homme et une femme samedi soir au Festival de Cannes pour saluer Claude Lelouch et ses acteurs Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée, venus présenter une suite de ce film mythique, dans un moment plein d’émotion.

Sophie LAUBIE
Agence France-Presse

Avant cette ritournelle reprise a capella par la salle, de longues minutes d’applaudissements nourris avaient accompagné la fin de la projection des Plus belles années d’une vie, pendant lesquelles l’émotion du réalisateur et de ses acteurs était palpable.

« Merci, merci, merci, merci. Je ne sais pas comment dire merci. En tous les cas, merci Jean-Louis, merci Anouk. C’est grâce à vous que ce miracle a eu lieu, et on a eu beaucoup de chance de pouvoir le filmer », a réagi Claude Lelouch, la voix tremblante, après ce tonnerre d’applaudissements.

« Je voudrais remercier tous les gens qui m’ont dit non, parce que ça m’a permis de trouver ceux qui m’ont dit oui », a-t-il encore dit, avant de redescendre les marches sous la pluie au bras d’Anouk Aimée.

Auparavant, le cinéaste de 81 ans et son actrice de 87 ans avaient foulé le tapis rouge pour venir rejoindre Jean-Louis Trintignant, 88 ans, très affaibli, qui les attendait en haut de l’escalier, où toute l’équipe du film a pu se réunir.  

A leurs côtés se trouvaient également ceux qui jouaient leurs enfants en 1966-Antoine Sire et Souad Amidou-aujourd’hui quinquagénaires et qui reprennent leur rôle dans la suite-ainsi que les actrices Monica Bellucci et Marianne Denicourt.

« On a le sentiment d’avoir fait le tour du monde des émotions et d’être revenus là où on est nés », a souligné le réalisateur en bas des marches.

« Unique »

Présenté hors compétition sur la Croisette, Les Plus belles années d’une vie raconte les retrouvailles des deux personnages principaux d’Un homme et une femme, Palme d’or 1966 et consacré par deux Oscars, celui du meilleur film étranger et celui du meilleur scénario.

Tourné en dix jours, ce film plein de nostalgie-dont la musique a été à nouveau composée par Francis Lai, déjà aux manettes il y a 53 ans (et décédé en novembre 2018), et par le chanteur Calogero-, raconte les retrouvailles des deux personnages de cette histoire d’amour passionnée.

En 1986, Claude Lelouch avait déjà réalisé une première suite à son film le plus célèbre, Un Homme et une Femme : 20 ans déjà, également montrée hors compétition à Cannes, et réunissant ses deux acteurs de 1966.  

L’idée de reprendre encore une fois le flambeau lui a été soufflée par « le temps qui passe », a-t-il expliqué à l’AFP. « Ce genre de film est unique dans l’histoire du cinéma. C’est la première fois qu’un metteur en scène peut retrouver ses deux comédiens, 53 ans après ».

Aller-retour entre les images d’aujourd’hui et celles d’hier, Les Plus belles années d’une vie, en salles mercredi en France, met en scène l’ancien pilote automobile, incarné par Jean-Louis Trintignant, qui vit désormais dans une maison de retraite.  

Il perd la mémoire mais se rappelle encore celle qui fut « son meilleur souvenir ». Ils vont se retrouver en Normandie, sur les traces de leur amour passé.

« Deuxième naissance »

Avant de monter les marches, Claude Lelouch avait avoué à l’AFP qu’il aurait « le trac » de le faire pour ce film, son 49e.  

Le cinéaste prolifique connaît bien le festival, où il est venu trois fois en compétition et huit fois hors compétition.

Son histoire avec Cannes avait commencé avec Un homme et une femme, sélectionné in extremis en 1966. Son succès avait été totalement inattendu pour Claude Lelouch, alors âgé de 28 ans, qui avait fait jusque-là six longs métrages qui n’avaient pas marché.

« J’ai fait ce film un peu comme un dernier film, donc on a pris tous les risques », a-t-il raconté.

Le succès de ce film, « ça m’a permis d’être un cinéaste indépendant, libre », a-t-il poursuivi. « Cannes c’est un peu mon père et ma mère. C’est ma deuxième naissance ».