Fort de 16 citations, plus que n’importe quel autre film dans toute l’histoire de ce gala consacré au cinéma québécois, qui en était à sa 21e présentation, 1991  aura finalement obtenu cinq trophées Iris, dont ceux remis au meilleur film de l’année, ainsi qu’à la meilleure réalisation. Seize ans après Québec-Montréal, Ricardo Trogi répète ainsi le prestigieux doublé, cette fois grâce au troisième volet de sa série autobiographique. 

MARC-ANDRÉ LUSSIER
La Presse

« On y parvient en faisant confiance à ce qu’on est profondément, en n’ayant pas peur de dire ce qu’on pense, même si ça n’a pas toujours l’air génial. Mais vous avez l’air d’aimer ça, alors si je suis con, vous l’êtes un peu aussi ! », a lancé Ricardo Trogi avec son humour habituel, entre autres déclarations.

Fait à noter, Sandrine Bisson a obtenu l’Iris de la meilleure interprétation féminine dans un rôle de soutien pour un rôle qu’elle avait déjà créé en 2009 dans 1981, soit celui de la mère de Ricardo, pour lequel elle avait obtenu le même prix.  1991, champion du box-office 2018, a aussi remporté le prix du public. Yvann Thibaudeau, lauréat de l’Iris du meilleur montage, avait plutôt eu l’honneur d’inscrire l’équipe du film au tableau d’honneur lors du Gala des Artisans.

« Ricardo est arrivé, pis il a mis le feu, pis je veux que ça dure jusqu’à l’âge de Béatrice Picard ! », a lancé Sandrine Bisson en laissant éclater sa joie.  

Six trophées pour La Bolduc

Avec ses six Iris, La Bolduc reste néanmoins le film ayant obtenu le plus grand nombre de trophées. À celui de la meilleure interprétation féminine, attribué sans grande surprise à Debbie Lynch-White, le drame biographique de François Bouvier, qui relate le parcours de celle qui a fait turluter le Canada français dans les années 30, ajoute ceux glanés lors du Gala Artisans : direction artistique (Raymond Dupuis), son (Claude Beaugrand, Michel B. Bordeleau, Luc Boudrias et Gilles Corbeil), maquillage (Nicole Lapierre), coiffure (Martin Lapointe) et costumes (Mariane Carter).

« Tabarnouche, vous devriez donner ce prix-là avant, ça fait deux heures que je ne vis plus !, a lancé Debbie Lynch-White sur le coup de 22 h. Très émue, l’actrice a salué le réalisateur François Bouvier, qui lui a fait confiance “après deux heures d’audition », et a aussi remercié le public qui a fait de La Bolduc un grand succès public. « C’est important de savoir d’où l’on vient, de savoir que des femmes fortes nous ont pavé la voie ».  

À tous ceux qui ne me lisent pas, cité 12 fois, repart de son côté avec trois trophées importants. Martin Dubreuil, qui s’est glissé dans la peau du poète Yves Boisvert, a été consacré grâce à sa composition, et Yan Giroux l’a emporté dans la toute nouvelle catégorie du meilleur premier long métrage, où pas moins de 18 films étaient en lice. En guise de cerise sur le gâteau, Yan Giroux a aussi obtenu le très convoité trophée Iris attribué au meilleur scénario (qu’il a coécrit avec Guillaume Corbeil).

Le cinéaste a tenu à rendre hommage au poète Yves Boisvert, qui a inspiré son film.  

« C’est un beau moment pour le faire, car c’est lui qui m’a donné la pulsion de créer. Plus de poésie dans nos écrans et dans nos vies ! », a-t-il imploré.

De son côté, Martin Dubreuil était heureux d’obtenir « le jarret du futur », en recevant son trophée. « Faire un film sur un poète pas très connu, c’est quand même audacieux ! », a-t-il dit en évoquant le courage des artisans et des producteurs.

Une colonie, souvent placé favori en raison des distinctions déjà reçues (prix du meilleur film aux Écrans canadiens notamment) est finalement reparti avec trois trophées.  

Tel qu’attendu, Émilie Bierre a été élue Révélation de l’année grâce à sa composition sensible et délicate dans ce premier long métrage de Geneviève Dulude-De Celles.  

« On dit qu’il y a beaucoup de films de jeunes cette année et il y a une belle relève. C’est bien que les personnages de jeunes soient des personnages d’êtres humains à part entière », a-t-elle déclaré.

La composition toute en discrétion de Robin Aubert a autant séduit les membres votants, car l’Iris de la meilleure interprétation masculine dans un rôle de soutien lui a été attribué, non sans créer une certaine surprise. L’iris de la meilleure distribution des rôles a aussi été décerné à Une colonie.  

Une première lauréate à la direction photo

Il convient aussi de souligner l’Iris de la meilleure direction photo attribué à Sara Mishara. Grâce à son travail sur La grande noirceur, de Maxime Giroux, celle qui fut déjà en lice cinq fois au fil des ans devient la première femme lauréate d’un trophée dans cette catégorie.  

« Cela a une signification particulière pour moi, dans la mesure où je reçois ce prix pour un film qui a été fabriqué de matière artisanale, a confié Sara Mishara à La Presse. Et puis, j’ai souvent l’occasion d’aller rencontrer des étudiantes en cinéma et je vois l’intérêt qu’elles portent vraiment pour la direction photo. Alors, si ce prix peut les encourager, tant mieux ! »

Avec une telle dispersion, il en reste forcément peu pour les autres. Outre La grande noirceur, les films inscrits au palmarès une seule fois sont La disparition des lucioles  (meilleure musique originale, Philippe Brault),  Dans la brume  (meilleurs effets visuels), ainsi que La chute de l’empire américain  (film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec).  

Parmi les films en lice pour le meilleur long métrage de l’année,  Genèse et Répertoire des villes disparues n’ont finalement obtenu aucun laurier.  

Innu Nikamu : Chanter la résistance, de Kevin Bacon Hervieux a reçu l’Iris du meilleur film documentaire ; Brotherhood, de Meryam Joober, celui du meilleur court métrage ; et Le sujet, de Patrick Bouchard, celui du meilleur court métrage d’animation.

L’Iris Hommage a par ailleurs été remis au grand directeur photo Pierre Mignot. Ce dernier a tenu à rendre hommage à Jean Beaudin et Jean-Claude Labrecque, deux grands du cinéma d’ici, disparus tout récemment, à qui le Gala était d’ailleurs dédié. « Mon grand ami Jean Beaudin, de qui j’ai beaucoup appris, a déclaré en réprimant un sanglot celui qui a notamment signé les images de J. A. Martin photographe et Cordélia. “Jean-Claude Labrecque, mémoire du Québec, c’est en partie grâce à vous si on me rend cet hommage », a-t-il aussi souligné.