Chaque jour, deux personnes meurent sur les routes du Québec et une victime d'accident est recensée toutes les 11 minutes. En rappelant ces chiffres «qui donnent des frissons», la ministre des Transports du Québec, Julie Boulet, a voulu souligner l'urgence de la situation.

Nadielle Kutlu
Nadielle Kutlu

Chaque jour, deux personnes meurent sur les routes du Québec et une victime d'accident est recensée toutes les 11 minutes. En rappelant ces chiffres «qui donnent des frissons», la ministre des Transports du Québec, Julie Boulet, a voulu souligner l'urgence de la situation.

Afin de diminuer le nombre de victimes, elle a annoncé hier des mesures pour restreindre l'usage des téléphones cellulaires au volant, implanter des cours de conduite obligatoires, introduire un projet pilote de radars photo, imposer des sanctions plus sévères lorsque la vitesse ou l'alcool sont en cause. Notamment en abaissant de 0,08 à 0,05 le taux d'alcoolémie permis.

En tout, le gouvernement se lance dans six projets de loi pour contrer l'insécurité routière. Pour ce faire, le ministère des Transports a puisé à même les 23 recommandations du premier rapport de la Table québécoise de la sécurité routière (TQSR). L'étude, échelonnée sur un an et demi, a mobilisé 41 personnes de différents milieux. Les députés se pencheront sur ces dossiers cet automne. Les mesures devraient être adoptées d'ici la fin de l'année.

Julie Boulet espère que ces initiatives baisseront de 100 le nombre de décès par an d'ici 2009. L'an dernier, 717 personnes ont perdu la vie sur les routes du Québec. «C'est une augmentation de 9% comparativement à la moyenne des cinq dernières années», souligne-t-elle.

Interdire les cellulaires

La ministre entend interdire les téléphones cellulaires au volant. Les conducteurs pris en pleine conversation téléphonique écoperont de trois points d'inaptitude et d'une amende de 80$ à 100$.

Selon un sondage réalisé en 2005 par la Société de l'assurance automobile du Québec, 58% des détenteurs de cellulaire reconnaissent avoir conduit en parlant au téléphone. Un comportement qui double pratiquement les risques d'avoir un accident, indique la ministre Boulet.

Pour l'instant, seul le cellulaire traditionnel est ciblé. Les conducteurs pourront continuer à utiliser le mode mains libres. «Il est beaucoup plus facile pour un policier de repérer un conducteur qui parle avec un cellulaire traditionnel», explique la ministre. Elle ajoute aussi que pour plusieurs travailleurs, le téléphone portable demeure un outil de travail.

Pour les nouveaux conducteurs, la ministre souhaite rendre obligatoires les cours de conduite pratiques, actuellement facultatifs. Les cours théoriques sont déjà obligatoires.

Vers des radars photo

Un projet-pilote de cinémomètres photo et de caméras aux feux rouges sera implanté dans trois régions du Québec, à 15 endroits. Le Ministère cible des routes où la vitesse sévit. «Les emplacements seront divulgués à l'automne 2007», a-t-elle mentionné. Les appareils seront en place en janvier 2008.

Les conducteurs seront avisés de la présence des appareils, car le but «n'est pas de piéger les automobilistes». L'argent des contraventions sera réinvesti dans des mesures de sécurité routières et auprès d'organismes d'aide aux victimes de la route. Il faudra attendre 2009 pour savoir si les appareils se retrouveront partout au Québec.

Vitesse et alcool

Lors d'excès de vitesse, les amendes et les points d'inaptitude doubleront pour un dépassement de 40, 50 et 60 km/h, selon les zones indiquées. Le permis sera immédiatement retiré pendant sept jours et durant un mois s'il s'agit d'une récidive.

Le Ministère entend aussi limiter la vitesse à 105 km/h pour les camions lourds. Une mesure déjà prévue dans le Plan d'action 2006-2012 de lutte contre les changements climatiques lancé l'an dernier.

Quant aux conducteurs qui auront une alcoolémie de plus 0,08 au volant, la suspension de leur permis passera de 30 à 90 jours. Et, nouvel élément: les personnes avec une alcoolémie au volant de 0,05 à 0,08 verront leur permis suspendu pendant 24 heures.

23 recommandations

Sur l'ensemble des recommandations de la Table québécoise de la sécurité routière, les 10 premières visent l'alcool et la vitesse. «Ce n'est pas un hasard», a souligné le président de la TQSR, Jean-Marie De Koninck. Car ces deux facteurs sont la cause d'au moins la moitié des décès de la route. «Chaque 5 km/h au-dessus de la limite de vitesse permise double le risque d'accidents», soutient-il, se basant sur une étude.

Concernant l'alcool au volant, il souhaite, entre autres, rendre obligatoire une formation pour les serveurs des bars et restaurants sur les dangers de la conduite en état d'ébriété. Jean-Marie De Koninck demande aussi à Transports Canada de se pencher sur l'implantation d'un antidémarreur éthylométrique lors de la construction de véhicules.

Ceinture de sécurité

Le rapport du TQSR recommande aussi d'accroître le contrôle policier pour le port de la ceinture de sécurité. Le Québec était bon premier au Canada en 2002-2003 avec 93,3% des passagers de la banquette avant qui attachaient leur ceinture. On se retrouve aujourd'hui en cinquième position avec un taux 91% pour l'ensemble des passagers. «Si tous les occupants bouclaient leur ceinture de sécurité, on pourrait annuellement éviter 65 décès et 180 blessés graves.»

Le rapport met aussi l'accent sur les jeunes conducteurs impliqués dans des accidents. En 2006, les jeunes de 16 à 24 représentaient 10% des détenteurs de permis de conduire. Mais ils représentent 24% des conducteurs impliqués dans les accidents avec dommages corporels.

SÉCURITÉ ROUTIÈRE: 23 RECOMMANDATIONS

Vitesse au volant

1. Accroître le niveau de sensibilisation à l'égard des dangers et des conséquences de la vitesse au volant.

2. Encadrer les publicités des constructeurs de véhicules motorisés de façon à s'assurer que leurs messages ne valorisent pas les comportements à risque.

3. Introduire des sanctions plus sévères pour les grands excès de vitesse et la récidive.

4. Mettre en place un projet-pilote sur le radar photographique.

Alcool au volant

5. Demander aux procureurs de la Couronne de faire des recommandations de peines plus sévères dans les cas de récidivistes de l'alcool et lors des demandes de remise en liberté.

6. Augmenter la perception du risque d'être intercepté.

7. Accroître la sensibilisation de la population sur les dangers et les conséquences de la conduite avec les capacités affaiblies.

8. Rendre obligatoire la formation des serveurs sur les dangers et les conséquences de la conduite avec les capacités affaiblies.

9. Accroître la sévérité des sanctions liées à la conduite avec les capacités affaiblies.

10. Demander à Transports Canada d'étudier la possibilité d'inscrire l'antidémarreur éthylométrique dans les normes de sécurité pour la construction des véhicules routiers vendus au Canada.

Cellulaire au volant

11. Favoriser l'introduction d'une nouvelle législation visant à contrôler l'usage du cellulaire au volant.

Ceinture de sécurité

12. Accroître la sensibilisation et les contrôles policiers pour faire augmenter le taux de port de la ceinture de sécurité.

Usagers vulnérables

13. Accroître les mesures visant à assurer une place prépondérante aux piétons et aux cyclistes dans un nouveau partage de la route.

14. Renforcer les règles d'accès graduel à la conduite en préservant la mobilité des nouveaux conducteurs, mais en étant plus sévère à l'égard des conducteurs fautifs.

Environnement routier

15. Procéder à l'identification et à la correction des lieux où la concentration d'accidents est anormalement élevée.

16. Mettre en place un projet-pilote de caméras aux feux rouges en tenant compte des modalités établies en partenariat pour s'assurer que sa mise en oeuvre considère l'ensemble des enjeux et préoccupations exprimés par les membres de la Table québécoise de sécurité routière.

17. Améliorer les caractéristiques des accotements et des abords de route (en milieu peu bâti).

18. Accentuer les actions visant à conserver en bon état les équipements et autres éléments de sécurité routière.

19. Réaliser des audits de sécurité routière lors de la conception de projets majeurs.

Partenariat avec le milieu municipal

20. Partager avec les municipalités des connaissances et des outils d'intervention en sécurité routière.

21. Prévoir des mécanismes de concertation adaptés aux réalités locales ou régionales.

22. Prévoir une aide financière pour les actions de sécurité routière menées par les municipalités.

Véhicules lourds

23. Appuyer les actions de la table de concertation gouvernement-industrie sur la sécurité des véhicules lourds.

LA ROUTE EN CHIFFRES

717: Le nombre de morts sur les routes en 2006

2001: L'année où il y a eu le moins de morts sur les routes au Québec: 610 décès

50 000: Le nombre de victimes de la route chaque année

50: Le nombre de pays ou d'États qui interdisent le cellulaire au volant (excluant le mains libres)

600 000: Le nombre de contraventions pour excès de vitesse par année depuis 2001.