(Molsheim) Les plus rapides et les plus chères au monde : la marque automobile française Bugatti reste fidèle à son credo de bolides d’un luxe extrême, assemblés à la main dans son atelier alsacien, tout en envisageant d’élargir sa clientèle.

Marie JULIEN
Agence France-Presse

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Il n'y a pas de chaîne de montage à l'usine Bugatti. Les voitures sont fabriquées une à la fois.

A Molsheim, à l’ouest de Strasbourg, les « happy few » s’offrant une voiture de sport à au moins 3,8 millions de dollars canadiens (avant taxes) sont accueillis dans le château acheté il y a un siècle par Ettore Bugatti. Le calme de l’endroit est seulement perturbé par le vrombissement d’un moteur de 1500 chevaux, au moins le double de la puissance d’une Porsche ou d’une Ferrari.

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Travailler comme assembleur chez Bugatti, « c’est un peu le Saint-Graal de l’automobile », selon un employé. Ci-haut, un mécanicien s'occupe au prémontage d’un moteur de 16 cylindres.

« Si c’est comparable, ce n’est plus une Bugatti », vante son PDG Stephan Winkelmann, reprenant les mots du fondateur de la marque, qui ouvre ses portes à la presse pour ses 110 ans. Plus d’un siècle de luxe et de performance automobile, mais aussi d’histoire chaotique, interrompue pendant des dizaines d’années.

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Stephan Winkelmann, le PDG de Bugatti, devant une Bugatti Divo.

Né en Italie, le jeune Ettore Bugatti commence à construire ses propres voitures à Molsheim en 1909. L’entre-deux-guerres verra naître les mythiques Type 35, reine des circuits automobiles, la Type 57 SC Atlantic et la Royale.

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Une Bugatti Type 35.

Mais la mort en voiture de son fils Jean, successeur désigné, en 1939, et la Seconde guerre mondiale, qui obligera Ettore Bugatti à fuir à Bordeaux, hâtent le déclin de la marque. Bugatti parviendra à récupérer son usine de Molsheim après la guerre, mais mourra en 1947.

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Un employé à la finition fait reluire une Bugatti Chiron

La renaissance n’aura lieu que dans les années 1990 d’abord sous l’impulsion d’un entrepreneur italien, puis avec le groupe Volkswagen qui rachète en 1998 à la fois Bentley, Lamborghini et Bugatti.

Le patriarche du géant automobile allemand, Ferdinand Piëch, donne une feuille de route précise à ses ingénieurs : créer une voiture ayant l’accélération d’une Formule 1, une puissance de plus de 1000 chevaux, pouvant rouler à 400 km/h… tout en étant élégante et confortable pour aller à l’opéra.

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Un employé de Bugatti à l'oeuvre sur une voiture.

Pour l’heure, Bugatti ne construit qu’un modèle après l’autre : tout d’abord la Veyron, vendue à 450 exemplaires, et désormais la Chiron, dont les 500 unités prévues vont sortir une par une de l’atelier de Molsheim, redevenu le camp de base du constructeur. Un atelier blanc peu bruyant, où 25 paires de mains assemblent minutieusement les pièces fabriquées dans différents pays d’Europe.

Une voiture électrique en 2024 ?

« Il n’y a aucun métier qui ressemble à ce qu’on fait, aucune voiture comme ça », explique fièrement Loïc, mécanicien de 32 ans, affairé à installer, avec une collègue sellière, l’équipement intérieur d’une Chiron couleur prune.

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Un heureux homme essaie une Bugatti Chiron près du siège social et de l'usine Bugatti à Molsheim, dans l'est de la France.

« C’est un peu le Saint-Graal de l’automobile », renchérit Alexandre Leyder, 24 ans, embauché il y a deux mois et occupé au prémontage d’un moteur de 16 cylindres.

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Le bouchon du réservoir d'essence d'une Bugatti.

Huit semaines environ sont nécessaires pour assembler une voiture, qui sera testée par d’anciens pilotes de course, dont Andy Wallace, vainqueur des 24 Heures du Mans, et scrutée six heures sous une lumière spéciale pour détecter la moindre mini-imperfection de carrosserie, complètement invisible pour un œil novice.

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Une Bugatti dans la salle de montre du constructeur automobile à Molsheim, en France.

Au fond de l’atelier, cinq bolides aux lignes courbes caractéristiques de Bugatti sont cachés sous des toiles, leurs acheteurs devant en avoir la primeur après avoir patienté au moins deux ans entre l’achat et la livraison.

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Le remarquable bouchon de radiateur d'une Bugatti Royale, un modèle qui fut produit entre 1927 et 1933. La voiture est exposée chez Bugatti à Molsheim, en France.

Bugatti reste surtout une affaire de collectionneurs, plus que de kilomètres avalés. Outre quelques célébrités du football ou du cinéma, les propriétaires de Bugatti sont à 80 % de riches entrepreneurs roulant peu avec leur bolide. A peine 2000 kilomètres annuels pour celles actuellement en circulation, certaines sont uniquement admirées dans un garage.

Un modèle un peu moins exclusif ?

Mais désormais, après 76 voitures fabriquées en 2018, Bugatti se sent prêt à produire bien davantage à Molsheim et à se lancer, en parallèle de la Chiron, dans la construction d’un deuxième modèle. « Ce serait une voiture que vous pourriez utiliser quotidiennement », envisage Stephan Winkelmann à l’horizon 2024. Avec un prix « toujours de luxe », mais moindre, et éventuellement quatre places.

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L'étrier de frein d'une Bugatti Veyron.

« Un véhicule à batterie électrique est une des options auxquelles je suis très favorable », indique le PDG, ajoutant dans la foulée : « Mais aucune décision n’est prise », sous-entendu du côté de Volkswagen.  

En attendant, le luxe reste à son paroxysme. Au salon automobile de Genève en mars, Bugatti a dévoilé « La voiture noire », un exemplaire unique d’une valeur de 11,5 millions d’euros (hors taxes). Son acheteur est inconnu. La rumeur évoque Ferdinand Piëch, 82 ans, désormais retiré de Volkswagen.