N'en déplaise à l'administration Obama, qui pousse très fort pour l'hybride, bien des experts pensent que les nouveaux moteurs diesel vont être aussi importants, sinon plus, que l'hybride pour réduire la dépendance envers le pétrole et la pollution.

Denis Arcand LA PRESSE

Toute l'industrie automobile européenne travaille en ce moment à raffiner les performances des diesels. Et les ingénieurs ne se concentrent pas seulement sur la propreté et l'économie des véhicules destinés à M. et Mme Tout-le-monde. Ils ont donné il y a longtemps des mandats de recherche et développement diesel à leurs écuries de course, car les ventes des constructeurs automobiles carburent encore au rêve et à l'imaginaire (d'où l'adage: «Ce qui gagne dimanche se vend bien lundi»). Et la technologie des voitures de course percole doucement vers le bas, vers les modèles de série qui roulent au diesel.

 

Voici que Peugeot, Audi et Volkswagen vont se retrouver aux prochaines 24 heures de Nurburgring. Audi aura ses TT diesel, Peugeot y sera avec deux versions diesel de son nouveau coupé sport RCZ, avec moteur HDi FAP, alors que Volks courra avec des Jetta TDI. Ils les ont inscrites dans la catégorie D1T, à moteurs diesel entre 1700 et 2000 cm3.

 

Ce qui est intéressant ici, c'est que cet affrontement technique et sportif se fera avec des voitures modifiées de haute performance, certes, mais beaucoup plus près d'une voiture de série que les espèces d'avions de chasse high tech diesel sur roues qui avaient permis l'an dernier à Peugeot de battre les Audi (également des diesel tout aussi futuristes) aux 24 heures du Mans.

 

À part quelques pièces, les RCZ seront essentiellement faites «des pièces du véhicule de série», note la compagnie.

 

De la piste de course à la rue principale

 

Rappelons qu'en juin 2009, Peugeot a mis un terme à cinq années de domination allemande aux 24 heures du Mans, en mettant deux diesels 908 HDi-FAP sur les deux premières marches du podium. L'Audi R15 était sur la marche du bas, également grâce au diesel. Les Lola à essence n'ont eu aucune chance, battues non seulement au chapitre de la puissance et du couple, mais aussi, tout bêtement... parce qu'elles devaient arrêter plus souvent aux puits que les diesel. Même à 250 km/h, le diesel est plus économique.

 

On voit que la tendance vers le diesel, lancée par Audi avec les R10 durant la dernière décennie, fait tache d'huile. Et le diesel domine la Série Le Mans depuis quelques années déjà.

 

Peut-être que ça finira par changer l'image négative qu'ont les Américains de ce type de moteur... s'ils regardent un peu ce qui se passe ailleurs. Rappelons qu'une des mesures d'économie adoptées en catastrophe par GM, lors de sa faillite et sa restructuration, il y a 15 mois, a été l'abandon du programme de développement d'un gros V8 diesel destiné à Cadillac et aux VUS.

 

Un gros laboratoire pour tous les carburants

 

Pour ne pas décourager les partisans de l'hybride, il y a de la place pour tous les carburants alternatifs, même en course automobile. Des innovations pour la piste pourraient ainsi migrer vers des applications non sportives dans des voitures hybrides de série. D'ailleurs, puisqu'on a évoqué l'exemple de Peugeot et d'Audi, il est possible que Peugeot utilise en course la version hybride électrique de sa voiture de course de grande endurance 908, dévoilée aux 1000 km de Silverstone en 2008. Peugeot l'avait mise de côté pour se concentrer, en 2009, sur son diesel 908 HDi-FAP de la série Le Mans. Mais on reverra l'hybride en course, peut-être dès 2011.

 

L'an dernier, toujours au Mans, les R15 diesel d'Audi étaient d'ailleurs équipées d'une batterie lithium-ion légère et puissante pour alimenter son vorace système électrique.

 

Par ailleurs, le magazine Wired nous rappelle «qu'il y a tellement de voitures utilisant des carburants alternatifs, de nos jours, qu'on ne peut plus, justement, qualifier ces carburants d'alternatifs».

 



«L'écurie Gumpert a couru avec une hybride de 800 chevaux-vapeur aux 24 heures de Nurburgring en 2008 et sa concurrente suisse Green GT travaille sur une voiture de course électrique roulant à 275 km/h», sans parler de la Volkswagen Scirocco au gaz naturel comprimé, qui devrait d'ailleurs être au Nurburgring cette année.

 

Cela dit, en toute honnêteté pour les Américains, ils travaillent fort sur l'éthanol comme carburant de course. Une Corvette brûle du E85 fait avec des copeaux de bois en Série American Le Mans, qui est un véritable laboratoire de carburants alternatifs. L'écurie Panoz prépare même une auto mue par un moteur Chevrolet qu'elle bricole pour qu'il fonctionne avec un carburant à base d'algues.

Sources : PSA Peugeot Citroën; Wired; AutoblogGreen; Autoweek.

Photo Volkswagen

Volkswagen devrait être des 24 Heures du Nurbürgring avec sa Scirocco à gaz naturel comprimé.