Le covoiturage a connu son heure de gloire dans les années 70, avant d'amorcer un long déclin en Amérique du Nord. Quarante ans plus tard, une nouvelle initiative tente de lui donner un second souffle au nord de Montréal. La Société de transport de Laval (STL) a annoncé, mercredi, la création d'un petit parc de voitures hybrides destiné aux «colocs de la route».

Gabriel Béland
Gabriel Béland LA PRESSE

«Les belles heures du covoiturage classique, ç'a été lorsqu'il y a eu la crise du pétrole, rappelle le directeur général de la Société de transport de Laval (STL), Pierre Giard. Ç'a ensuite stagné. Ce qu'on cherchait, c'est comment on peut avoir un peu d'imagination et trouver une nouvelle formule pour attirer les gens.»

La Société de transport a décidé d'offrir un nouveau système de «covoiturage électrique» clé en main. Elle mettra à la disposition des Lavallois 10 Chevrolet Volt dans un premier temps. Chacune d'entre elles pourra accueillir quatre passagers, et un espace avec borne de chargement sera réservé aux stations de métro Montmorency, Cartier ou à la gare de train de banlieue Sainte-Dorothée. Si tout va bien, le parc de covoiturage de la STL pourrait atteindre 300 voitures.

Recrutement

En quoi ce système se distingue-t-il du traditionnel covoiturage? D'abord parce que les voitures, achetées par l'Agence métropolitaine de transport, ne sont pas la propriété du conducteur. Ensuite, parce que les covoitureurs n'ont pas à organiser le service. C'est la STL qui se chargera de trouver les participants et de les remplacer si nécessaire.

«Pour des individus, c'est plus difficile d'organiser un système avec des gens qu'on connaît moins. Alors, il fallait trouver des incitatifs, détaille M. Giard. On s'est inspirés d'expériences américaines, où des sociétés de transport achètent des véhicules et les prêtent ou les louent à des covoitureurs. C'est plus simple et plus pratique.»

La STL est la première société de transport québécoise à lancer un parc réservé au covoiturage. Selon M. Giard, elle est aussi la première en Amérique du Nord à le faire avec des véhicules hybrides.

Les 40 participants du projet-pilote ont presque tous été recrutés. La STL a contacté des Lavallois qui s'étaient inscrits sur les listes d'attente pour le stationnement incitatif. On leur offrait de sauter la file, à condition de laisser leur voiture à la maison et de se lancer dans le covoiturage.

Pour participer, chaque navetteur doit payer 29$ par mois. Cette somme absorbe une part des coûts de fonctionnement du projet-pilote.

Selon M. Giard, un parc de covoiturage est plus économique que l'autobus pour la STL. «Dix voitures offrent à peu près la même capacité qu'un autobus, dit-il. À l'achat, ces 10 voitures vont coûter moins cher qu'un autobus hybride. À l'exploitation, c'est aussi moins cher, parce qu'on n'a pas besoin de payer le chauffeur: les covoitureurs se conduisent eux-mêmes.»

«C'est un projet intéressant pour une société de transport comme la nôtre, parce que ça ne coûte pas plus cher d'offrir ce service qui a l'air haut de gamme que de faire en sorte que les gens se déplacent en autobus.»

Conducteur désigné

Le conducteur désigné de chaque voiture devra se lever un peu plus tôt pour aller chercher ses trois «colocs» chaque matin. Il sera toutefois récompensé, puisqu'il pourra conserver la voiture le soir et le week-end. Il pourra alors rouler un maximum de 200 km par mois gratuitement.

Les Chevrolet Volt seront par ailleurs équipées d'un système GPS. Ainsi, les participants pourront savoir quand elle approche de leur maison. «Le covoitureur va pouvoir recevoir une alerte sur son téléphone ou son ordinateur qui avertit que la voiture est à 500 m, illustre M. Giard. C'est le message qu'il est temps d'aller s'habiller et de sortir.»

Très peu de données sont disponibles sur le covoiturage au Canada. On sait cependant qu'en 2006, 72% des véhicules en circulation au pays ne contenaient qu'un seul occupant.

Aux États-Unis, les données du Census Bureau soulignent la baisse ininterrompue du covoiturage depuis 30 ans. Quelque 20% des Américains utilisaient ce mode de transport pour se rendre au travail en 1980. Ils n'étaient plus que 10% en 2009.

Photo André Pichette, La Presse

Chaque voiture a un espace réservé avec borne de chargement aux stations de métro Montmorency, Cartier ou à la gare Sainte-Dorothée.