Trompées pendant plusieurs années par la tricherie de Volkswagen, les autorités américaines ont annoncé vendredi un renforcement immédiat des contrôles dans le pays afin de détecter chez d'autres constructeurs de voitures diesel la présence de moteurs truqués.

Mis à jour le 25 sept. 2015
Jeremy Tordjman AGENCE FRANCE-PRESSE

«Nous informons aujourd'hui les constructeurs automobiles que les tests vont désormais inclure des évaluations et tests additionnels destinés à détecter de possibles logiciels truqueurs», a déclaré Christopher Grundler, un des responsables de l'agence environnementale américaine (EPA) qui délivre les autorisations de mise en circulation.

Le dirigeant a certes refusé d'en dire beaucoup plus pour ne pas aiguiller les constructeurs: «Nous n'allons pas leur dire en quoi consistent ces tests, ils n'ont pas besoin de savoir», a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse téléphonique.

Mais il a toutefois laissé entendre que ces nouvelles évaluations incluraient davantage de tests dans les conditions normales d'utilisation et sur des voitures déjà «en circulation», en opposition aux évaluations menées en laboratoires sur de nouveaux modèles.

«(Les constructeurs) ont juste besoin de savoir que nous garderons davantage leurs voitures et que nous les conduirons plus longtemps», a détaillé M. Grundler, ajoutant que l'objectif était d'avoir une «plus forte présence» dans les contrôles sur les routes.

Ces tests additionnels peuvent «raisonnablement être attendus dans les conditions normales d'utilisation», précise la lettre de l'EPA envoyée aux constructeurs.

C'est précisément dans ce domaine que les contrôles des autorités américaines se sont révélés lacunaires, permettant à Volkswagen d'écouler pendant près de six ans près de 500 000 voitures émettant jusqu'à 40 fois plus de gaz polluants que les normes autorisées.

Pour y parvenir, le géant allemand, premier constructeur mondial, avait équipé ces voitures d'un logiciel capable de repérer quand un test en laboratoire était mené et d'activer un mécanisme qui en faussait le résultat.

La supercherie n'a été découverte en 2014 que grâce à des tests menés sur route par des chercheurs universitaires missionnés par l'organisation non-gouvernementale International Council on Clean Transportation.

Failles

Mise en cause pour ces failles, l'agence environnementale a tenté de se justifier vendredi en expliquant que les contrôles sur route ne concernaient pas les voitures diesel, qui représentent «moins de 1%» du parc automobile américain, et étaient jusque-là réservés aux gros camions.

«C'est là où se trouvent les émissions de diesel et parce que nous avons vu, au cours des dernières années, les industriels du secteur déployer des manoeuvres pour truquer les tests», a détaillé M. Grundler.

À la fin des années 90, les autorités américaines avaient engagé des poursuites contre les principaux constructeurs de camions après avoir mis au jour une tricherie reposant sur un principe simple: leurs émissions étaient conformes aux normes pendant les vingt minutes correspondant aux tests en laboratoires, mais les dépassaient amplement pendant de plus longs trajets sur route.

Ce scandale s'était soldé par le paiement d'une pénalité cumulée de 1 milliard de dollars. Volkswagen risque, lui, en théorie aujourd'hui une amende de 18 milliards de dollars.

En annonçant le renforcement de ses tests, l'agence environnementale a reconnu qu'elle avait des moyens limités mais a assuré qu'elle serait en mesure de garantir un contrôle rigoureux sur les émissions de gaz polluants.

«L'EPA a l'équipement, le personnel et le talent pour maintenir un système de supervision rigoureux», a assuré M. Grundler, ajoutant que son agence saurait s'adapter aux «changements» technologiques.

Selon lui, l'EPA va également évaluer minutieusement les solutions qui seront proposées par Volkswagen pour que leurs voitures déjà en circulation respectent les normes environnementales américaines. Le constructeur devrait prochainement procéder à des rappels.

«Les agences évalueront les solutions techniques développées par Volkswagen pour s'assurer que leurs émissions sur route s'améliorent et étudieront minutieusement l'impact pour les consommateurs», a affirmé M. Grundler, selon qui des solutions pourraient être trouvées «relativement rapidement» pour les modèles les plus récents.

Le responsable a également rappelé que Volkswagen n'avait pas reçu le «certificat de conformité» pour vendre ses modèles 2016 de voitures diesel aux États-Unis, dans l'attente de nouvelles garanties environnementales.

«Nous sommes en pleine discussion avec l'EPA et prévoyons toujours de commercialiser la Passat 2016 aux États-Unis d'ici la fin de l'année», a réagi auprès de l'AFP une porte-parole de Volkswagen aux États-Unis.