«Je me sens trahi»: Bob Merlis a du mal à l'accepter mais il fait peut-être partie des quelque 500 000 Américains propriétaires d'une Volkswagen truquée par le constructeur pour fausser les tests antipollution.

Publié le 24 sept. 2015
Sébastien Vuagnat et Jérémy Tordjman AGENCE FRANCE-PRESSE

Au volant de sa Jetta Diesel achetée il y a deux ans, cet élégant sexagénaire californien ne décolère pas: «J'ai été attiré par son aspect environnemental, elle était "propre"», fulmine cet automobiliste fidèle de la marque allemande depuis près de 20 ans.

«Mais bon, il paraît que si "c'est trop beau pour être vrai" eh bien ce n'est pas vrai. C'est exactement ça: une voiture avec une super consommation, de belles performances, et qui respecte les standards environnementaux», lâche-t-il en conduisant dans les rues de Los Angeles.

Bob n'est pas seul: l'exaspération est à son comble chez les propriétaires américains de Volkswagen depuis la révélation des manoeuvres du constructeur allemand qui a équipé 482 000 voitures aux États-Unis d'un logiciel truqueur.

«Quand vous dépensez autant d'argent pour une voiture, car vous en avez besoin pour vous emmener au travail, où que ce soit, vous espérez une certaine qualité, et en fait non. C'est très décevant», souffle Marivi Badin, venue faire le plein de sa Volkswagen diesel dans une station-service de Los Angeles.

La question est particulièrement sensible en Californie, un des États américains les plus en pointe dans la lutte contre la pollution. Son agence de protection de l'environnement est d'ailleurs associée aux poursuites engagées contre le constructeur allemand, qui risque jusqu'à 18 milliards de dollars de pénalités aux États-Unis.

«C'est une farce»

«L'une des raisons pour lesquelles j'ai acheté cette voiture diesel, c'est pour sa consommation faible, et parce qu'elle était propre. Et le pire c'est qu'on vient de la faire vérifier! Et maintenant on découvre que tout cela était une farce, ça fait mal au coeur», lâche Mme Badin sous un ciel bleu tranchant.

À quelques mètres de là, la colère est la même. «Je vais demander un échange de ma voiture. Je ne peux pas conduire une voiture qui endommage l'environnement», dit Grace Balangue, une autre propriétaire de Volkswagen croisée dans une station-service.

Son argumentaire est implacable: selon les autorités américaines, les voitures incriminées rejettent dans l'atmosphère jusqu'à 40 fois plus de gaz polluants que ce qu'autorise la loi, notamment l'oxyde d'azote lié à de graves affections respiratoires.

«C'est vraiment très mauvais», résume Mme Balangue.

Certains avocats américains ont senti le bon filon. Tentant de canaliser cette colère et espérant de juteuses indemnisations, plusieurs d'entre eux exhortent ouvertement les automobilistes à déposer des plaintes collectives contre Volkswagen.

Dans une vidéo postée sur YouTube, l'avocat Dan Mensher n'y va pas par quatre chemins, profitant d'un droit à la publicité dont sont légalement privés ses confrères français. «Si vous êtes propriétaires d'un de ces véhicules, vous vous demandez sans doute: "que dois-je faire?"», dit-il avant de suggérer fortement une réponse.

«Si vous voulez savoir quels sont vos intérêts, contactez-nous», lâche-t-il.

Son confrère Steve Berman est tout aussi direct en fustigeant «le dernier fiasco de l'industrie automobile». «Nous allons lancer une plainte en action collective au nom de clients de Volkswagen et vous êtes invités à nous rejoindre», lance cet avocat de Seattle dont le cabinet a déjà déposé une vingtaine de plaintes.

Leur message a visiblement déjà été entendu et une quarantaine d'actions auraient déjà été engagées contre le constructeur allemand uniquement aux États-Unis.

Bob Merlis a bien l'intention de rejoindre les rangs des plaignants et de demander réparation à Volkswagen.

«Même s'ils parviennent à ajuster (nos voitures, ndlr) pour que les émissions respectent la loi, elles perdront alors en performance ou en consommation. Et là, ce ne sera toujours pas la voiture qu'on a nous a vantée à l'achat», affirme-t-il.