Après avoir passé sa gamme au gant de crin en lui injectant une dose de style et de plaisir de conduite, Toyota s'autorise à ressusciter la Supra, un modèle susceptible de séduire esthètes et connaisseurs. Une voiture qui propose sa part de rêve et qui permettra à Akio Toyoda, et aux aficionados de ce modèle disparu de la chaîne d'assemblage il y a 17 ans, de se frotter à la concurrence.

ÉRIC LEFRANÇOIS LA PRESSE

« J'ai commencé ma formation de pilote avec une Toyota Supra sur le circuit de Nürburgring, a tenu à rappeler le président de Toyota, en conférence de presse au salon automobile de Detroit. Mes homologues de BMW, Mercedes-Benz, Volkswagen et General Motors, eux, roulaient là-bas avec leurs derniers modèles. Moi, j'étais le seul à m'y trouver au volant d'une voiture d'occasion... Voilà pourquoi c'était le moment d'entamer un nouveau chapitre de l'histoire de la Supra. »

À la différence près que cette fois, Toyota n'en sera pas le seul auteur. Pour des raisons de rentabilité, condition sine qua non imposée par Akio Toyoda, la renaissance de la Supra ne pouvait partir d'une feuille complètement blanche, d'où cet accord de coopération avec BMW qui cherchait alors à assurer une descendance à son roadster Z4.

Ce n'est pas la première fois que Toyota s'engage dans une telle collaboration. La Toyota 86, par exemple, a été le fruit d'un travail partagé avec Subaru (BR-Z). « L'association avec BMW était plus compliquée, reconnaît aujourd'hui Tetsuya Tada, ingénieur-chef du projet Supra, en entrevue. Contrairement à Subaru qui cultive, comme nous, sa propre culture d'entreprise, BMW se trouve dans un autre pays, sur un autre continent et communique dans une langue différente. La période d'apprentissage est forcément plus longue. »

Pas figé

Croire que la Supra est une Z4 japonaise serait un raccourci un peu simpliste, estime l'ingénieur-chef japonais.

« Nous partageons, il est vrai, plusieurs éléments structurels et mécaniques, mais une fois les spécifications figées, nous étions libres de les paramétrer et de les développer en fonction de nos cahiers de charge respectifs. Dès lors, il serait injuste de comparer ces deux modèles directement. »

- Tetsuya Tada

Du moins, dans leur configuration actuelle. Le développement de la Supra n'est visiblement pas figé. Une version mue par un quatre-cylindres est prévue pour le marché japonais, et Gazoo Racing, la filiale sportive du groupe japonais, travaille sur une version plus performante. Tetsuya Tada jongle même avec l'idée d'inscrire une boîte manuelle au catalogue de ce modèle qui, pour l'heure, entraîne ses roues arrière motrices par l'entremise d'une transmission automatique à double embrayage. « Tout dépendra de la demande », souligne M. Tada.

Les premiers essais chiffrés publiés par les deux constructeurs valident l'opinion de notre interlocuteur. En dépit de sa puissance plus élevée (382 ch comparativement à 335 pour la Toyota), la Z4 se révélerait pourtant moins rapide que la Supra, plus légère, et sans doute aussi moins alerte dans les passages difficiles en raison de sa rigidité restreinte par la présence d'un toit rétractable. Mais à ce stade-ci, tout cela n'est que pure conjecture.