Les efforts politiques déployés par les provinces canadiennes pour stimuler les ventes de voitures électriques ont un impact sur l'atteinte des objectifs fixés pour contrer le réchauffement de la planète. Et à bien y regarder, les provinces n'en font pas assez pour l'électrification des transports. Et donc pour l'avenir de la planète.

Sébastien Templier LA PRESSE

C'est ce que révèle en substance le rapport que vient de publier une équipe de chercheurs de la faculté de l'environnement de l'Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique. Si le monde veut limiter le réchauffement planétaire à 2 °C, il faudra entre autres que, d'ici 2040, 40 % des véhicules neufs vendus soient électriques.

Le professeur John Axsen. Photo: Université Simon-Fraser

À partir de cette recommandation de l'Agence internationale de l'énergie, l'équipe du professeur Jonn Axsen a évalué les politiques en vigueur et à venir des provinces et du gouvernement fédéral en faveur des véhicules électriques. Et le constat est sans appel : au rythme où ces politiques sont déployées, pas une province canadienne ne parviendra à cette proportion de ventes en 2040. Pas même le Québec, qui est pourtant celui qui déploie le plus d'efforts dans l'électrification des transports.

La « photographie » de la situation prise par les chercheurs montre que six provinces seront très loin d'atteindre ne serait-ce que le seuil de 5 % de parts de marché de ces véhicules en 2040 ! La Colombie-Britannique et l'Ontario verront les véhicules électriques atteindre 10 % de parts de marché cette année-là. Au Québec, chef de file, cette proportion sera de 24 %.

Si l'on ajoute aux législations provinciales la taxe de 10 $ par tonne d'émissions de carbone imposée dès 2018 par Ottawa à tout émetteur de polluants, l'effet sur les ventes de véhicules verts sera positif, selon les chercheurs. Mais encore insuffisant. Leur proportion sera alors d'environ 27 % au Québec, de 15 % en Ontario, d'à peine 12 % en Colombie-Britannique et de moins de 8 % environ dans les autres provinces.

Les chercheurs ne broient pas que du noir. Ils estiment que des mesures fortes peuvent encore permettre d'atteindre cette barre de 40 % de parts de marché en 2040 dans la plupart des provinces. Ils citent en exemple le projet de loi Zéro émission adopté récemment au Québec et qui oblige les constructeurs à vendre une part définie de véhicules électriques sous peine de sanctions. « C'est le genre de politique qui pourrait faire une grande différence si elle était appliquée partout sur le territoire national », dit Jonn Axsen.

Inaction du fédéral

L'équipe de ce professeur propose également que les aides financières à l'achat soient importantes et pérennes, comme en Ontario et en Norvège, que la taxation de l'essence et du carbone soit significativement forte et que les municipalités contribuent au déploiement de l'infrastructure de recharge et définissent des règles d'intégration de celle-ci dans les bâtiments.

Autant de gestes que devrait poser lui aussi le gouvernement fédéral canadien, inactif dans tous ces domaines. « On pense qu'Ottawa pourrait aider à montrer la voie et à mettre en oeuvre des politiques efficaces telles que celles identifiées dans notre rapport, nous confie Suzanne Goldberg, professeure adjointe directrice de la recherche. L'action du gouvernement fédéral pourrait améliorer les ventes de véhicules électriques à travers le pays. »

Les auteurs du rapport demandent en dernier lieu de légiférer l'offre. Et visent les constructeurs automobiles et les concessionnaires. « Notre rapport suggère aussi d'adopter des législations qui améliorent la variété, la disponibilité et l'accessibilité des véhicules électriques », confirme Suzanne Goldberg.