Ces dernières années ont été émaillées par de nombreux rappels majeurs qui chaque fois ont mis en exergue les limites de la prise en charge des véhicules visés. Dernier constat en date, des dizaines de millions de voitures rappelées mais non réparées circulent au quotidien sur les routes nord-américaines.

Publié le 24 févr. 2016
Sébastien Templier LA PRESSE

DES PROPORTIONS TOUJOURS INQUIÉTANTES

Une nouvelle fois, la proportion élevée de voitures rappelées non prises en charge vient d'être soulignée. Cette fois-ci, c'est Carfax, aux États-Unis, qui, après avoir épluché ses bases de données, a constaté que plus de 47 millions de véhicules sous le coup d'un rappel circulaient toujours sans qu'aucune réparation ait été effectuée. Réparations jugées d'autant plus nécessaires qu'elles impliquent un problème de sécurité. Cela représente très exactement 1 véhicule sur 5,4 aux États-Unis. Et cette proportion serait en hausse de 27%, selon le plus grand fournisseur de données sur l'historique des véhicules en circulation.

CE N'EST PAS UNE PREMIÈRE

Cette proportion, observée au sud de la frontière, n'est pas récente. Déjà, au printemps dernier, un peu plus de quatre automobilistes sur dix disaient lever le nez sur un rappel touchant leur véhicule, selon une étude d'Autotrader, site américain de vente en ligne d'automobiles. Plus proche de nous, Carproof a révélé l'été dernier qu'un véhicule sur dix en circulation au Manitoba n'était pas pris en charge comme l'ordonnait un rappel. Au Québec, la proportion serait d'un véhicule sur cinq, estime Carproof. Le pendant canadien de Carfax a également souligné qu'un véhicule d'occasion sur cinq vendu en ligne en Alberta était dans le même cas. Des proportions qualifiées d'«alarmantes» par Carproof, qui les considère comme «un problème de sécurité publique».

DES CONSOMMATEURS ALERTÉS, MAIS FAUTIFS

L'origine de ce problème est que les automobilistes concernés boudent les rappels qui touchent leurs véhicules. Lorsqu'un véhicule est rappelé, le constructeur en avise par courrier le propriétaire, qui doit prendre rendez-vous avec son concessionnaire - ou le concessionnaire le plus proche - pour faire changer la pièce ou réparer la défectuosité, le tout gratuitement. Mais bien des propriétaires ne font pas la démarche. Et rien ne les oblige à la faire. Au-delà de cette négligence, il est aussi courant que les constructeurs aient perdu la trace des propriétaires qui ont déménagé ou des véhicules qui ont été tout simplement revendus. «L'obligation de veiller à ce que les travaux de rappel soient réalisés revient au propriétaire du véhicule», confirme Natasha Gauthier, porte-parole de Transports Canada.

SIÈGES POUR ENFANTS : ENCORE PIRE

Rejoindre les consommateurs en cas de rappel d'un siège pour enfant est encore plus épineux. À l'achat d'un siège, le client doit normalement remplir une carte d'enregistrement du produit sur laquelle il indique ses coordonnées. Il doit ensuite simplement la poster - le port est prépayé - à destination du fabricant pour que celui-ci puisse l'alerter en cas de rappel. Or, rares sont les clients qui se donnent la peine d'envoyer cette carte fort utile. Le commerçant devrait le faire? Rien ne l'y oblige légalement.

QUELLE SOLUTION?

Aux États-Unis comme au Canada, les rappels sont disponibles en ligne en tout temps, gratuitement, respectivement auprès de la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA) et de Transports Canada. Depuis 18 mois, les consommateurs et concessionnaires américains disposent d'un nouveau moteur de recherche sur le site de la NHTSA, qui permet de vérifier, à partir du numéro de série, si un véhicule a été rappelé, mais pas réparé - cet outil n'existe pas au Canada. Aux États-Unis, les constructeurs doivent avoir un tel moteur de recherche sur leur site web, ce qui n'est pas une obligation au Canada. Résultat, seule la moitié des marques au Canada donnent accès aux rappels.

UN MANQUE

Dans ce système, le constructeur avise, Transports Canada publie. Manifestement, toutes ces informations disponibles ne suffisent pas pour assurer une prise en charge de tous les véhicules visés. Les services provinciaux comme la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) fournissent pourtant les immatriculations au Conseil canadien des administrateurs en transport motorisé (CCATM). La base de données de celui-ci est accessible aux constructeurs automobiles. Il faut croire qu'ils ne le consultent pas suffisamment pour retracer les brebis égarées.